‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 14 sur 312 · RÉQUISITOIRE CONTRE LA MORALE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

RÉQUISITOIRE CONTRE LA MORALE CHRÉTIENNE

et l'ensemble des dogmes qui en sont les fondements nécessaires (i). »

L'auteur même de ce passage, tout en se défendant d'écrire par passion et de faire œuvre de calomnie, n'en dresse pas moins un réquisitoire contre la morale chrétienne (2). Il n'est qu'un écho des reproches plus ou moins fondés que les rationalistes de nos jours lui opposent au nom de l'autonomie humaine, de la science et du progrès social. De telle sorte que la morale chrétienne se trouve condamnée sans appel au tribunal « de la conscience moderne ; » elle a fait son temps et rempli sa fonction ; mais comme elle ne répond plus à l'état d'esprit, aux besoins nouveaux et aux aspirations incoercibles de la société contemporaine, elle doit céder la place et disparaître. Serait-ce donc que l'âme (( moderne » ne ressemblerait plus à l'âme « ancienne, )) que l'homme aurait changé de nature et

I. SeaiU.es ^ Les affirmations de la conscience moderne, Paris, 1908, p. 49. 5i, 52. — 2 . En voici un léger aperçu. « Les idées de civilisation et de progrès, étroitement liées par nous à la morale, au développement intégral de l'individu et de la cité, restent étrangères à l'idéal chrétien. » Séailles, Op. cit., p. 69. « L'idée de progrès est désormais l'un des éléments de notre conscience et de notre foi morale. » Ibid., p. 60. « Dans l'ordre politique et social. Faction du christianisme est en quelque sorte négative ; s'il réussit à organiser le couvent, il n'a pas de principes selon lesquels organiser la société laïque. » Ibid., p. 61. « La morale chrétienne, avec sa théorie de l'épreuve et de l'expiation, avec sa séparation radicale de la nature et de Tesprit, avec son rêve de cité céleste, avec ses sanctions éternelles, ne répond plus à notre conception de la destinée humaine. » Ibid., p. 62. « Le christianisme n'a pas réalisé la justice sociale, parce qu'il ne croit ni à sa possibilité ni à sa valeur. » Ibid., p. 67. « Nous n'admettons plus que les prescriptions de la morale soient les commandements d'un législateur divin. » Jbid., p. 69. (( L'homme est un être autonome ; il ne subit pas une discipline extérieure que sanctionnent des châtiments redoutables, il se fait sa loi. )> Ibid., p. 69,

que la société du xx^ siècle différerait essentiellement de celle du xvii% du xiii^ ou du VIII*'? Non, évidemment, car les essences restent les mêmes ; mais ce sont des transformations, des changements de surface et purement accidentels, tels qu'il s'en est toujours produit et s'en produira toujours dans Thumanité, mais qui n'atteignent en rien le fond permanent et identique de l'homme. Quelles sont donc, parmi les aspirations nouvelles de l'âme « moderne, » celles qu'on vante et qui réclameraient, avec une orientation nouvelle, une nouvelle morale ?

IL Objections d'ordre général. — i. La morale chrétienne n'est pas scientifique ; elle a le tort de s'appuyer sur un enseignement dogmatique, dont la science n'accepte plus les principes et les articles, parce qu'ils sont invérifiables et inacceptables pour l'esprit ; elle doit donc disparaître avec le dogme catholique. « Ayons donc le courage de le dire, la science ne nie pas seulement les vieux dogmes, c'est la morale chrétienne elle-même, c'est sa conception de la vie qu'elle contredit et qu'elle tend de plus en plus à affaiblir dans les âmes, par cette contradiction même. A l'esprit chrétien s'oppose un esprit nouveau (i). » Et cet esprit nouveau, c'est l'esprit laïque, l'esprit « scientifique, » qui ne juge que de ce qu'il voit, par la méthode positive. En effet, (.(. nous n'admettons plus que la loi morale soit une consigne imposée du dehors, un décret arbitraire proposé par un être qui n'a pas à se justifier devant nous, que nous ne pouvons pas comprendre, auquel nous sommes contraints d'obéir (2). )> « Nous ne consentons plus à fonder la morale sur l'inconnu, sur Dieu, sur la vie future, sur ce que nous ne pou-

I. Séailles, Les affirmations, op,cii. p. 43. — 2. Ibid,, p. 119.

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