‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 135 sur 312 · I. Ce qui est prescrit · texte numérisé non relu

I. Ce qui est prescrit

I. Respect du nom de Dieu. — i. Nature de ce respect. Rien n'est plus délicat que le sentiment de l'honneur que l'on éprouve envers quelqu'un, que ce soit par admiration, par reconnaissance ou par amour ; et ce n'est pas seulement à Tégard de sa personne qu'on le manifeste, c'est encore à l'égard de tout ce qui le touche de près et jusqu^au nom qu'il porte. A plus forte raison doit-il en être ainsi pour Dieu, tant les liens qui nous rattachent à lui sont nombreux et puissants : l'hommage exceptionnel que nous lui devons implique nécessairement un respect religieux envers son saint nom. Chaque fois que nous entendons ce nom vénéré ou que nous le prononçons, chaque fois que nous le lisons ou que nous l'écrivons, nous devrions nous rappeler cette demande de l'Oraison dominicale : « Que votre nom soit sanctifié ! » Et, à défaut de nos lèvres,

i. ^x., XX, 7. — 2. Çat, Hom>i ?' Ul» loccit^, n, 5,

RESPECT DU NOM DE DIEU Si']

notre cœur devrait redire : SU nomen Dornini benedictum !

« Or, il ne s^agit pas simplement de considérer dans ce nom les lettres et les syllabes qui le composent, c'està-dire le mot en lui-même, mais de songer à la valeur du terme qui exprime la majesté toute-puissante et éternelle d'un seul Dieu en trois personnes. Gela montre [facilement combien vaine était la superstition de ces 'Juifs, qui écrivaient bien le nom de Dieu, mais qui I n'osaient pas le prononcer, comme si sa valeur lui venait des lettres qui le composent et nullement de ce qu'il i signifie. Quoiqu'il ait été dit au singulier : « Tu ne pren- \dras pas le nom de Jéhovah, » cela ne doit pas s'entendre uniquement de ce nom, mais de tous ceux que l'on donne .habituellement à Dieu ; car on l'appelle également Seigneur, Tout-Puissant, Seigneur des armées, Roi des rois, Fort, etc., et tous ces noms méritent également notre vénération (i). »

2, Comment on honore le nom de Dieu. « Un chrétien, dont la bouche doit toujours célébrer les louanges de Dieu, ne doit pas ignorer une chose aussi utile et aussi nécessaire au salut (2). Or, bien qu'il y ait de multiples Iraisons de louer ce nom divin, voici les plus importantes jet les plus essentielles. On loue Dieu tout d'abord, quand \on confesse hardiment en public qu'il est notre Dieu et jSeigneur et quand, reconnaissant le Christ pour l'auteur ie notre salut, on le proclame tel. — On le loue encore quand on étudie religieusement et soigneusement la pa- '^ole où il a déposé ses volontés, quand on s'applique assi-

I. Cal. Rom., P. 111, loc. cit., n. 6-7. — 2. « Toute la iltérature sacrée est pleine du nom de Dieu transformé •Il objet de culte. Ouvrez le Psautier, ce code de la )rière, où la foi d'Israël et son espérance, son repentir et ies douleurs, sa conscience et son cœur prêtent tour à tour jeurs accents aux plus sublimes épanchements de l'âme hu- 'inaine, vous retrouverez à chaque page des invocations jetées |.u nom divin avec une véritable passion de confiance et d'anour. » D'Hulst, Conf. de N. Z)., Carême de 1898, Paris, 1906, ). ii5.

3l8 LE CATÉCHISME ROMAIN

dûment à la méditer, quand on est avide de s'en instruire, soit en la lisant, soit en l'écoutant, selon qu'il convient au rôle et aux fonctions de chacun. — On le vénère et on le loue lorsque, par devoir ou par piété, on célèbre ses louanges et on lui rend de particulières actions de grâces pour tout, pour la prospérité et pour l'adversité. Le prophète a dit: (( Mon âme, bénis Jéhovah, et n oublie pas ses nombreux bienfaits (i). » Dans combien de psaumes, David, cédant aux élans de son admirable piété, exalte les louanges de Dieu dans les chants les plus suaves ! Nous avons, d'autre part, dans la personne de Job, un exemple admirable de patience : au milieu des calamités les plus grandes et les plus horribles, il ne cessa jamais de louer Dieu avec un cœur élevé et invincible. Si donc nous sommes aux prises avec les douleurs de l'esprit et du corps, si nous sommes accablés par les misères et l'adversité, mettons aussitôt nos soins et nos forces à louer Dieu, en répétant avec Job : « Que le nom du Seigneur soit béni (2) ! »

« Nous n'honorons pas moins le nom de Dieu en implorant le secours de Dieu avec confiance pour qu'il nous délivre de nos maux ou pour qu'il nous accorde la constance et la force de les supporter courageusement. C'est là ce que veut le Seigneur : a Invoque-moi, dit-il, au jour de la détresse, Je te délivrerai, et tu me glorifieras (3). » L'Ecriture, d'ailleurs, dans une foule de passages, mais surtout dans les psaumes xxvi, xliii et cxviii, nous fournit de beaux exemples de cette invocation.

« Nous l'honorons encore, en le prenant à témoin pour faire croire à notre parole. Et ceci diffère beaucoup de ce qui précède ; car les moyens indiqués jusqu'ici sont si bons et si désirables que ce qu'il peut y avoir de préférable et de plus heureux pour l'homme c'est de s'exercer jour et nuit à y recourir avec empressement.

« Je veux bénir Jéhovah en tout temps ;

Sa louange sera toujours dans ma bouche (4)- »

1. Ps., en, 2. — 2. Job., I, 21. — 3. Ps., xLix, i5. — 4- Ps-, xxxin, 2; Cat. Rom,, P. 111, loc. cit., n. 8-9.

LE SERMENT SlQ

II. Serment. — i. Rôle du serment. Les relations sociales ont éminemment besoin de sécurité et de stabilité. A chaque instant, les hommes sont obligés de faire accepter sans hésitation la valeur de leur témoignage ou de leurs promesses ; d'autres, dans l'intérêt du bien public, doivent s'entourer de garanties pour arriver à la découverte de la vérité et obtenir autant que possible la réalisation des engagements pris. Mais comment y arriver avec des êtres faillibles et changeants? Et où trouver, contre des défaillances ou des caprices, toujours possibles, trop souvent réels, une caution suffisante? L'homme, en pareil cas, ne pourrait-il pas s'abriter sous une autorité supérieure, celle même de Dieu, pour donner à son propre témoignage et à ses engagements la garantie qu'ils n'ont pas par eux-mêmes ? Oui, sans doute ; et c'est pourquoi le serment intervient si souvent dans la vie civile et religieuse. C'est l'appel fait à Dieu et offert, à titre de caution divine, comme la preuve de la vérité de ce que l'on affirme, de la certitude de ce que l'on promet. Parla, aux devoirs qu'imposent toujours la vérité et la justice, s'ajoute un devoir nouveau, dicté par la vertu de religion ; et ainsi témoignages et engagements humains acquièrent une force et un droit nouveaux, appuyés sur l'autorité même de Dieu.

2. Signification du mot. Telle est bien la signification des mots latins juramentum, jusjurandam : addition d'un droit surnaturel et divin à un droit naturel et humain. L'homme alors donne à ses actes un caractère religieux et sacré ; il fait un sacramentum, c'est-à-dire un serment, qui le lie vis-à-vis de Dieu, mais dont profite celui auquel il donne sa parole ou engage sa promesse.

3. Nécessité d'en bien traiter. Comme, d'une part, rien n'intervient avec autant de fréquence et de

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légèreté dans le commerce des hommes, « au point qu'il n'est presque personne qui vende, achète ou trafique sans recourir à la religion du serment et sans prendre mille fois témérairement le saint nom de Dieu, même pour les choses les plus futiles et les plus frivoles (i) ; » et comme, d'autre part, rien ne requiert autant de réserve, de prudence et de sagesse que le serment, il importe, pour en légitimer et en régler l'emploi, d'en bien connaître la nature, les espèces et les conditions essentielles.

4. Nature du serment. « Jurer n'est pas autre chose que prendre Dieu à témoin, quelle que soit la formule employée : car dire : Dieu m'est témoin ou par Dieu, c'est tout un. 11 y a serment quand, pour nous faire croire, nous jurons par les créatures, par exemple par les saints Evangiles, par la croix, parles reliques ou par le nom des saints, et autres choses de ce genre. Car ce ne sont pas ces objets pris en eux-mêmes qui donnent au serment sa force et son autorité, mais c'est Dieu dont la majesté divine brille dans ses créatures. D'où il suit que jurer par l'Evangile, c'est jurer par Dieu même, dont la vérité est contenue et exprimée dans l'Evangile. De même quand on jure par les saints, car ils sont les temples de Dieu, ils ont cru à la vérité évangélique et l'ont pleinement respectée, ils l'ont portée chez les gentils et aux nations les plus éloignées. 11 faut en dire autant du serment fait avec imprécation, comme dans ce passage de saint Paul : (( Pour moi, je prends Dieu à témoin sur mon âme (2). » Car c'est se livrer par cet engagement au jugement de Dieu comme au vengeur du mensonge (3). »

5. Différentes espèces. « 11 y a deux espèces de serment: le serment assertoire ou par affirmation, quand on certifie une chose présente ou passée, comme quand l'Apôtre écrit aux Galates ; a En tout ce que je vous écris /à, je l'atteste devant Dieu, je ne mens pas (4) ; » le serment

I. Cal. Rom,, P. III, toc. cit,, n. 3. — 2. 11 Cor., i, 23. — 3. Cat. Rom., P. III, loc. cit,, n. 12-14» — 4. Gai, 1, 20.

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