‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 138 sur 312 · LÉGITIMITÉ DU SERMENT · texte numérisé non relu

LÉGITIMITÉ DU SERMENT

messes. Si donc quelqu'un promet avec serment une chose injuste et deshonnête, il pèche en jurant et, en tenant sa promesse, il ajouterait un nouveau crime. L'Evangile nous en fournit un exemple dans la personne du roi Hérode qui, après s'être lié par un serment téméraire, donna à une danseuse, pour prix de sa danse, la tête de Jean Baptiste. Tel fut encore le serment de ces juifs dont il est dit aux Actes des Apôtres qu'ils firent vœu de ne goûter d'aucune nourriture qu'ils n'eussent tué saint Paul (i). »

-y. Légitimité du serment. « Nul doute, après ces explications, qu'on ne puisse jurer en sûreté de conscience quand on observe toutes ces recommandations et qu'on entoure son serment de cette triple condition comme d'une sauvegarde. 11 est facile de le prouver par plusieurs arguments, car la loi du Seigneur, qui est sainte et sans tache, s'exprime ainsi : « Ta craindras Jéhovah, ton Dieu, tu te serviras et tu jureras par son nom (2). » David a écrit : a Quiconque jure par lui se glorifiera (3). )) On voit, en outre, dans les saintes Lettres, les lumières mêmes de l'Eglise, les très saints Apôtres, user plus d'une fois du serment. La chose est manifeste dans les épîtres

' de saint Paul. Les anges eux-mêmes jurent parfois ; car saint Jean, dans l'Apocalypse, écrit qu'un ange jura par

1 Celui qui vit aux siècles des siècles (4). Il y a plus : Dieu lui-même, le maître des anges, jure aussi. Dans plusieurs

! passages de l'Ancien Testament, il confirme ses promesses par serment ; témoins celles qu'il fit à x\braham et à David. David dit, en effet :

« Le Seigneur l'a juré, il ne s'en repentira point:

Tu es prêtre pour toujours,

A la manière de Melchisédech (5). »

« Les raisons qui rendent le serment louable sont loin d'être obscures pour qui l'examine attentivement dans

I. Cal. Rom., P. III, loc, cit., n. 16-21. — 3. Deut., vi, i3. — 3. Ps., Lxii, 12. — 4. Apoc, X, 6. — 5. Ps., cix, 4.

son ensemble et en considère l'origine et la fin. Le serment est né (i) de la foi qui porte les hommes à croire que Dieu est la source de toute vérité, qu'il ne peut ni être trompé ni tromper les autres, que tout est nu et découvert devant ses yeux, qu'il veille avec une admirable providence sur toutes les choses humaines et qu'il • gouverne le monde entier. C'est sous l'empire de ces sentiments qu'ils invoquent Dieu comnje un témoin de la vérité. Il serait donc criminel et impie de ne pas avoir confiance en lui.

(( Quant à sa fin, le serment a pour but de prouver la justice et l'innocence contestée, de mettre un terme aux procès et aux différends. Ainsi l'enseigne l'Apôtre dans son épître aux Hébreux (2). Et ce sentiment n'est nullement combattu par ces paroles de Notre Seigneur : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : « Tu ne te parjureras point, mais tu f acquitteras envers le Seigneur de tes serments. » Et moi, je vous dis de ne faire aucune sorte de serments : ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu ; ni par la terre, parce que cest V escabeau de ses pieds ; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand Roi. Ne jure pas non plus par ta tête, parce que seul tu ne peux en t^endre un cheveu blanc ou noir. Mais que votre langage soit : Cela est, cela nest pas. Ce qui se dit de plus vient du malin (3). » On ne saurait dire, en effet, que ces paroles condamnent le serment en général et d'une manière absolue, puisque nous venons de voir plus haut que les Apôtres et le Seigneur lui-même ont juré fréquemment. Jésus-Christ voulait combattre simplement l'opinion coupable des juifs qui se figuraient que, dans le serment, il ne fallait éviter que le mensonge, et qui dès lors juraient et exigeaient le serment à chaque instant pour des choses

1. Plus haut, loc. cit., n. 11, le Catéchisme Romain fait remonter Torigine historique du serment parmi les hommes à l'époque troublée où la malice humaine était devenue générale et où, au milieu de tant de perfidie et d'iniquité, personne n'admettait plus facilement la parole d'autrui. Il en marque ici l'origine religieuse. — 2. Hebr., iv, 17. — 3. Mailh,, Y, 33-37.

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