‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 139 sur 312 · LEGITIMITE DU SERMENT · texte numérisé non relu

LEGITIMITE DU SERMENT

très frivoles et sans importance. C'est cette coutume que le Sauveur blâme et réprouve, et voilà pourquoi il enseigne qu'il faut s'abstenir complètement de jurer à moins que la nécessité ne l'exige.

{( D'ailleurs, le serment a été institué à cause de la faiblesse humaine, et, à ce point de vue, il vient réellement du mal. Car il accuse ou l'inconstance de celui qui jure, ou l'obstination de celui qui fait jurer, puisqu'il ne veut pas admettre d'autre moyen de conviction. Mais le serment trouve sa justification dans la nécessité. Et quand le Sauveur dit : « Que voire langage soil : cela est, cela n'est pas, » il nous montre que ce qu'il défend c'est l'habitude de jurer dans les entretiens familiers et pour des choses qui n'en valent pas la peine ; c'est surtout nous avertir de n'être pas trop faciles et trop enclins à jurer (i). »

8. Usage modéré da serment. « Bien que le serment soit bon en lui-même, son usage fréquent ne serait pas louable ; car il n'a été institué que pour remédier à la faiblessehumaine etpour faire accepter ce quenous affirmons. Or, de même que les remèdes pour le corps ne doivent pas être utilisés sans nécessité et que leur emploi trop fréquent serait pernicieux, de même il n'est pas utile de jurer sans cause grave et légitime ; y recourir trop souvent, au lieu d'être un avantage, entraînerait de grands dangers (2). n « C'est ce qu'il faut enseigner soigneusement et faire retenir aux fidèles ; car l'autorité des Livres jsacrés. le témoignage des saints Pères prouvent que de la trop grande facilité à jurer découlent des maux presque (innombrables. Il est dit dans l'Ecclésiastique ; « N'accoii- \iume pas ta bouche à faire des serments, c'est la cause de 'beaucoup de chutes... L'homme qui fait "beaucoup de serments multiplie V iniquité. Et le malheur ne s'éloignera nas de sa maison (3). »

I. Cat. Rom., P. III, toc. cit., n. 22-24. — 2. Cat. Rom., P. il. toc. cit., n. 10. — 3. Cat. Rom., P. III, toc. cit., n. 26 ; Cf. ^. Basile, In Ps. xiv, à ces mots : Qui jurât proximo suo; saint Vugustin, De mendaçio,

9. Usage obligatoire du serment. Dans un Etat bien réglé et pleinement respectueux du droit naturel et du droit surnaturel, tout fonctionnaire, à quelque degré de la hiérarchie qu'il soit appelé, est tenu de prêter préalablement serment. A plus forte raison en est-il ainsi dans cette société par excellence qu'est l'Eglise : tout clerc promu à un honneur, à une charge, à un titre, doit faire sa profession de foi et prêter serment sur l'Evangile.

Dans les tribunaux civils et ecclésiastiques, l'usage du serment est obligatoire. Le juge a le droit de le déférer, et le témoin ne peut pas s'y soustraire sous peine d'être écarté comme suspect.

De tels usages s'expliquent et se justifient aisément. Dans l'Eglise comme dans l'Etat, le serment est justement exigé comme un principe d'ordre, de dignité et de sécurité. Dans les tribunaux ecclésiastiques comme dans les tribunaux civils, il est le moyen par excellence d'éviter le mensonge, d'assurer la connaissance de la vérité et par là de faciliter le bon fonctionnement de la justice (i).

I . Impossible à la justice humaine de se passer du concours de Dieu ; on l'a essayé pourtant en France, en laïcisant le serment « Ceux qui croient en Dieu, dit-on, seront libres de le faire intervenir (le serment devant Dieu) ; ceux qui n'y croient pas le remplaceront. Et par quoi le remplaceront-ils ? Par l'homme lui-même, à ce qu'il paraît. On jurera sur sa conscience, sur son honneur, et ce sera tout. Mais, malheureux 1 ce tout n'est rien. Ne voyez-vous pas que c'est l'abolition même du serment ? Quoi ! L'humanité avait senti depuis l'origine, elle avait reconnu à toutes les époques l'insuffisance, dans certains cas, de l'affirmation humaine ; pour y suppléer, elle avait invoqué la véracité divine et la sanction dont elle menace le mensonge des hommes. Et vous voulez enlever ce mystérieux étai, pour y substituer quoi ? Cette chose branlante qu'il s'agissait précisément d'étayer ? Déférer le serment en la forme nouvelle qu'on préconise, c'est dire à l'homme : Votre parole ne me suffit pas ; je vous demande d'affirmer

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