LE VOEU
III. Vœu. — L'homme peut donc en appeler à Dieu par le. serment pour servir de caution à la vérité de son témoignage et de garantie à la fidélité de ses engagements vis-à-vis de ses semblables. Peutil également s'engager et s'obliger envers Dieu au delà de ce que lui imposent la loi naturelle et la loi positive.^ Ne serait-ce pas de sa part une illusion, une imprudente témérité, un sacrifice déraisonnable.^ D'aucuns le pensent et condamnent les vœux, parce que Dieu, disent-ils, ne saurait agréer de la part de l'homme un hommage exagéré de sa piété et parce que l'homme, qui suffit à peine à l'accompfissement intégral de ses devoirs ordinaires, ne saurait sans imprudence aliéner le peu de liberté qui lui reste et ajouter de nouvelles obligations à celles qui lui incombent déjà. Mais c'est là se faire de Dieu et de l'homme une idée inacceptable. Car Dieu, loin d'être insensible à l'amour de ses créatures, ne peut que l'encourager, l'accepter et le bénir, quand cet amour est entouré des conditions nécessaires d'humilité, de prudence et de sagesse ; et l'homme, loin d'être limité dans l'expression et les manifestations de sa piété, est assuré, quoi qu'il fasse en l'honneur de Dieu, de 'n'en jamais faire assez. Il peut donc parfois trouver dans sa générosité, aidée par la grâce, de quoi dépasser la fidélité exacte à tout ce que la loi lui prescrit. La marge est assez large, en effet, au delà et au-dessus des obligations
qu'elle doit me suffire... L'homme qui a le malheur de ne I pas croire en Dieu, ne jurera pas ; mais alors il ne pourra i être ni témoin ni juré. Placé entre l'insuffisance de sa parole I et l'impossibilité du serment, il n'est pas apte aux fonctions j sacrées qui protègent l'ordre social. Mais exiger le serment I et en exclure l'élément divin, c'est vouloir tout ensemble s'en ' prévaloir et l'anéantir. » D'Hulst, Conf. de N. D,, Carême 1898,
Paris, 1906, p. i38-i3o.
communes, où il a toute liberté de s'engager, à la condition de ne le faire qu'à bon escient et avec Tagrément indispensable de l'autorité compétente qui, tenant la place de Dieu et chargée d'assurer le salut des hommes, est à même déjuger sainement, de contrôler et de favoriser efficacement le libre essor de l'amour de l'homme envers Dieu, d'en empêcher et d'en corriger tous les excès ou abus possibles. Il y a donc lieu de dire un mot du vœu et du rôle qu'y joue l'Eglise.
I. Nature du vœu. Le vœu est une promesse librement faite à Dieu, au nom de la vertu de religion, d'un acte moralement bon mais facultatif, qu'on s'impose à titre d'obligation. L'homme, en effet, dans la plénitude de sa liberté et dans ce qui relève de sa dépendance, peut vouloir honorer Dieu d'une manière qui dépasse la commune mesure. A la lumière de sa raison et de sa foi, il examine, parmi les actes des diverses vertus, ceux qui répondent le mieux à son but, il délibère et arrête son choix; puis, par un acte de volonté, il fait de son choix un engagement précis, une promesse formelle, qui le lie à l'égard de Dieu : c'est alors le vœu.
Examen et délibération, choix et décision peuvent uniquement se produire dans le for intime de la conscience ; mais dès que l'engagement est pris ou la promesse faite, il y a un vœu véritable, car Dieu pénètre le fond des cœurs. Mais d'ordinaire le vœu se manifeste extérieurement et acquiert par là, d'une façon accidentelle, une sécurité et une solidité plus grandes. En s'entourant ainsi de témoins, l'homme qui le fait s'engage à le tenir non seulement par fidélité envers Dieu mais encore par respect pour le prochain ; il apporte ainsi plus de réflexion et plus de prudence dans son acte. Parfois cette manifestation extérieure revêt une solennité particulière :