‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 15 sur 312 · LA MORALE CHRÉTIENNE NE SERAIT PAS SOCIALE · texte numérisé non relu

LA MORALE CHRÉTIENNE NE SERAIT PAS SOCIALE

vons que conjecturer... Nous voulons partir de ce que nous savons (i). »

Voilà donc qui est « scientifique ; n ni la foi, ni la morale n'ont droit au même qualificatif, sans doute parce qu'elles sont le produit de l'obscurantisme et que l'Eglise est contraire à la science, dans laquelle elle redoute une rivale et une remplaçante. Nous ne pouvons que mentionner une telle objection, réfutée qu'elle est déjà par ce que nous avons dit tant sur la nature progressive du dogme (2), que sur l'attitude de l'Eglise en face des sciences (3). C'est l'une des calomnies contre laquelle n'a cessé de protester à maintes reprises Léon XIII, et qui ne peut plus se formuler que par parti-pris ou par mauvaise foi.

2. La morale chrétienne n'est pas sociale. Autre reproche tout aussi peu fonde que le précédent. Le point de vue social absorbe nos contemporains, dont la « morale est de moins en moins chrétienne parce qu'elle est de plus en plus sociale (4). )) Ils reconnaissent à l'Eglise le pouvoir « d'organiser le couvent, » mais nullement celui d'organiser la société civile, ni celui « de réaliser la justice sociale. » Elle s'occupe trop de la perfection de l'individu, et pas assez de celle de la cité. Bref, elle est impuissante à travailler efficacement au progrès social.

On croit rêver en lisant d'aussi audacieuses imputations, quand l'histoire du passé et l'action actuelle de l'Eglise sont la preuve aveuglante du contraire. Sans revenir sur ce que nous avons déjà signalé (5), constatons simplement que la morale chrétienne, par cela seul qu'elle contribue à la perfection des individus, les rend beaucoup plus aptes à remplir tous leurs devoirs dans la famille et dans la société, la famille et la société ne pouvant que profiter de la valeur morale de chacun de leurs membres ; et retenons les secours ou les «. services »

I. Séailles, op. cit., p. io4. — 2. Voir t. i, p. 169 sq. — 3. Voir t. I, p. 364 sq. —• 4. Séailles, op. cit., p. 56. — 5. Voir t. n, p. 627-632.

nombreux qu'elle n'a jamais cessé et qu'elle ne cesse de rendre encore aujourd'hui aux besoins et, si l'on veut, aux « aspirations » de l'âme contemporaine. Il est trop clair que les émancipés de la foi et les incrédules restent bon gré mal gré tributaires de l'état moral et religieux créé par l'Eglise, et qu'ils en profitent, tout en donnant à croire qu'ils font œuvre nouvelle. L'atmosphère dans laquelle ils vivent, la société pour laquelle ils veulent travailler, sont, en effet, imprégnées de christianisme.

3. Les aspirations dites modernes. Elles se sont manifestées sous des formes diverses ; mais elles ne sont ni « modernes « ni étrangères au christianisme. — « On veut le bonheur; on le veut dès ici-bas. Le chrétien aussi, et il y travaille autant que les autres par la science, plus que les autres par ces œuvres qui se multiplient chez nous comme à plaisir et font l'admiration de l'étranger. Seulement le chrétien ne borne pas ses espérances à la terre, il croit que cette vie s'achève dans l'au-delà. Et quoi de plus naturel ! Où est celui d'entre nous qui n'a jamais senti qu'il y a, sous le crâne humain,

« Comme un ange enfermé qui sanglote tout bas ? »

« On prêche de toutes parts la solidarité ; on nous dit sur tous les tons que chaque citoyen est comme une cellule de l'organisme social, que par suite il jouit du bien qu'il fait au tout et pâtit du mal qu'il lui fait ; et l'on conclut de cette loi de réversibilité que le meilleur pour l'individu c'est de remplir la fonction qui lui revient, La solidarité, le christianisme l'admet et s'en est toujours servi pour porter l'homme au bien. Seulement, au lieu de s'y arrêter, il ajoute le respect de l'ordre social par amour pour Dieu qui est l'exemplaire éternel et le garant souverain de tout ordre ; il y ajoute le dévouement où s'accomplissent à la fois l'homme et la société.

(( Depuis la grande Révolution, on s' est pris d'un bel élan de respect pour la dignité de la personne humaine. On veut qu'elle ne soit plus traitée comme un instrument ; on la regarde comme un objet sacré, inviolable, intangible. Et c'est bien, pourvu toutefois que l'on n'exagère pas cette idée généreuse jusqu'à rendre tout ordre social radicale-

Page 1