‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 142 sur 312 · OBJET DU VŒU · texte numérisé non relu

OBJET DU VŒU

joie, deviendraient, pour la conscience, l'occasion des pires angoisses et des plus graves dangers. C'est pourquoi on doit recourir aux lumières d'un maître expert, confesseur ou directeur, et s'en tenir à ses décisions autorisées. Que si, malgré toutes les précautions prises, surgissent plus tard des doutes, des syndérèses de conscience, des difficultés de nature à rendre onéreuse ou périlleuse la réalisation d'un vœu ; si de notables changements surviennent dans la personne ou la situation de celui qui a fait vœu, d'où résulteraient plus d'inconvénients que d'avantages pour le bien moral de l'individu ou de la société, ou devra recourir à l'Eglise qui, dans sa sagesse et en vertu du pouvoir qu'elle a reçu de Dieu, indiquera la solution convenable.

3. Objet du vœu. Sans entrer dans des détails minutieux, disons que tout ce qui ne vise pas à la gloire de Dieu, que tout ce qui est contraire à la loi naturelle et à la loi positive divine ne saurait être matière de vœu. Inutile, par conséquent, de s'obliger par un vœu à faire des actes indifférents, sans valeur morale : la vertu de religion exige davantage ; s'engager par vœu à commettre le péché serait d'une impudence sacrilège. L'objet du vœu ne peut être qu'une chose bonne en soi, de nature à plaire à Dieu, à procurer sa gloire extérieure, et à rendre meilleur celui qui le fait ; tels sont, par exemple, les actes de toutes les vertus. Mais il est des choses, très bonnes en soi et même excellentes, qui ne sont pas à la portée du premier venu. Dans tel et tel cas, pour tel ou tel individu, elles sont trop élevées, ou trop difficiles, ou même moralement impossibles ; il y aurait présomption grave et danger réel, pour ces individus, à en faire l'objet de leurs vœux. De plus, quelque circonspection et quelque prudence qu'on apporte dans ses engage-

ments envers Dieu, comme on ne peut prévoir l'avenir, il peut arriver que les choses, bonnes en elles-mêmes, deviennent, par le fait de circonstances imprévues, ou mauvaises, ou préjudiciables à un plus grand bien. C'est encore ici le cas de recourir à l'intervention de l'Eglise pour obtenir d'elle une commutation ou une dispense. Enfin, comme les vœux ne sont pas tous d'une valeur égale au point de vue objectif, comme il en est de meilleurs les uns que les autres, on a le droit de substituer à un vœu moindre un vœu supérieur, à des vœux simples des vœux solennels. Rien de plus raisonnable et de plus légitime.

4. Espèces de vœux. — 1° Vœux absolus et conditionnels. Le vœu est absolu ou conditionnel, suivant qu'il n'est pas ou qu'il est subordonné, pour son accomplissement, à quelque condition qui dépende, soit de la volonté de Dieu, soit des libres dispositions du prochain, soit des événements naturels. La libre-pensée s'insurge contre les vœux conditionnels, qu'elle traite d'odieux marchandage. Il est vrai que des ignorants ou des mercenaires recourent parfois à de tels vœux, dans un but bassement intéressé. Mais l'abus, toujours digne de mépris et toujours blâmé par l'Eglise, n'empêche nullement la légitimité des vœux conditionnels (i). Ceux-ci,

I . « Le vœu a souvent un rôle plus modeste ; il devient l'expression, non plus d'une volonté héroïque, mais d'un ardent désir : il est l'auxiliaire de la prière. . . L'homme présente à Dieu sa demande et il Tappuie d'une promesse dont l'objet est abandonné au résultat même de la prière. Le vœu ainsi compris est une sorte de sacrifice intérieur dont la consommation au dehors est retardée. Je promets à Dieu pour qu'il me donne. Je promets un jeûne, une aumône, un pèlerinage, une réforme de mes habitudes dans le sens de la perfpclion, si Dieu rp'^içcprde la guérison d'une personne aimée,

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en effet, quand ils sont principalement inspirés par un sentiment de confiance et de piété filiale envers Dieu, participent de la bonté de la vertu de religion. Non exaucés, ils n'excitent pas la moindre plainte dans des esprits vraiment croyants et religieux ; exaucés, au contraire, ils exaltent la reconnaissance et l'amour et alimentent la vie surnaturelle. En les formulant, l'homme, conscient de sa dépendance absolue et de la souveraine maîtrise de Dieu, a usé de son droit de créature indigente et a fait un acte de religion ; en les accomplissant, il remplit son devoir et fait encore un acte religieux. 2" Vœux simples et vœux solennels. Les vœux simples et solennels ne diffèrent pas entre eux intrinsèquement (i), d'après la nature de leurs effets. Tout vœu a pour effet de rendre illicites les actes qui lui sont contraires ; car il y a là une promesse cautionnée par la vertu de religion, d'où Tobligation de lui être

l'heureuse solution d'une grave affaire. Rien n'est plus conforme à cette idée de l'alliance que nous avons trouvée partout au fond des actes du culte. Les moralistes raffinés, qui traitent d'immoral tout ce qui met d'accord en nous l'amour du bien et la recherche du bonheur, ne manquent pas de condamner ces sortes de promesses, comme ils condamnent la prière et jusqu'à l'espoir de la récompense éternelle. Mais ce que l'orgueil sloïque censure et méprise. Dieu qui est juste et bon, l'approuve et l'encourage, parce que de tels encouragements sont propres à resserrer le lien du commerce qu'il se plaît à nouer avec sa créature. A vrai dire, il y a ici deux sentiments qui concourent à un même acte : l'un est intéressé, c'est la demande ; l'autre est libéral, c'est la promesse ; le vœu les enveloppe tous deux dans une offrande qui sera pure et agréable au Seigneur à cette double condition : que le désir lui-même soit légitime et que l'action promise soit de celles qui puissent être, sans injure, offertes au Dieu de toute sainteté. » D'Hulst, Conf. de N, D., Carême de 1898, Paris, 1906, p. i36-i38.

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