LE VOEU EST-IL ENNEMI DE LA LIBERTÉ
indigne d'un chrétien ; la série ininterrompue des Pères démontre que les serments, d'un commun sentiment, ont été jugés comme interdits. Il y a donc lieu de réprouver les serments que la curie ecclésiastique, suivant en cela la jurisprudence féodale, a adoptés dans les investitures et dans le sacre même des évêques ; il faut donc demander au pouvoir séculier une loi pour abolir les serments qu'on exige ainsi dans les curies ecclésiastiques pour la réception des charges et des offices et pour tout acte curial. » Telle quelle, et dans ces mêmes termes, la théorie fut condamnée une dernière fois par Pie VI, dans sa Constitution ^ lic/o rem y?(/e/, du 28 août 1794, comme fausse, injurieuse envers l'Eglise, contraire au droit ecclésiastique et subversive de la discipline légitimement introduite par les canons.
2. Le vœu est-il ennemi de la liberté? — a La liberté, c'est-à-dire le droit de faire, oui, cette liberté-là, qui n'est qu'un bénéfice, après tout, elle est restreinte par le vœu. Ce qui était permis ne l'est plus. Mais depuis quand est-ce un amoindrissement moral que de renoncer à un bénéfice ? Est-ce que tout ce qui est grand dans le monde des âmes n'est pas fait de cette étoffe ? Voulezvous savoir à qui le vœu profite ? Regardez qui il contriste. 11 contriste l'égoïsme, le besoin de jouir, d'accaparer les biens. Ah! si l'égoïsme n'est pas satisfait, tant mieux ; c'est que la vertu triomphe. Mais pourquoi abuser des mots ? Non, la liberté, dans son vrai sens, n'est pas le droit de s'accorder telle jouissance ; elle est le pouvoir de se l'accorder ou de se la refuser, comme on veut. Le pouvoir de choisir ses actes, voilà le libre arbitre ; et telle est la signification morale du mot liberté ? Eh bien, ce pouvoir-là, où s'exerce-t-il, où s'affirme-t-il davantage ? Parlez; j'en appelle à vos consciences. Est-ce dans la jouissance permise, ou dans la jouissance sacrifiée ? Ah ! dans la jouissance permise, je ne suis pas bien sûr d'être libre. Peut-être que je me l'accorde parce qu'elle est permise ; alors c'est un acte bon ; mais peut-être que je cède à ses attraits parce qu'elle est jouissance, et alors je ne suis plus libre, je suis traîné. Si je réagis, au contraire ;
si, en remontant le courant de mes convoitises, je dépasse même la ligne du devoir ; si je m'aventure, audacieux et fier, dans les parages de la perfection ; si je fais plus ; si, modeste autant que fort, je me défie, dans ma ferveur d'aujourd'hui, de ma faiblesse de demain ; et si, pour y couper court, comme ce conquérant espagnol, je bc-ûle derrière moi les vaisseaux du retour et je m'engage par un lien volontaire aux actions héroïques qu'il m'était permis d'omettre ; oh ! alors, dites, si cela vous plaît, que je ne suis pas libre. Je vous répondrai, moi, qu'on est libre dans la mesure où l'on fait œuvre de volonté et que j'ai voulu plus fortement que vous, puisque j'ai voulu des choses plus difficiles. Et si, revenant à la charge, vous me parlez de mes chaînes, je vous dirai que je les porte parce que je les ai choisies, et que j'en suis fier, tandis que vous en portez peut-être que vous n'avez pas choisies et dont vous rougissez. » o'Hulst, Conf. de N. D,, Carême de 1893, Paris, 1906, p. i34-i36.
3. Grandeur et beauté des vœux de religion. — (( Au sein de l'Eglise catholique, la vie religieuse apparaît comme cet arbre, dont a parlé le Psalmiste, et qui est planté au bord des eaux : jamais son feuillage ne se dessèche, jamais ses fruits ne manquent aux promesses de ses fleurs.
« A la racine de l'arbre, je vois cette glorieuse et royale pauvreté, que François d'Assise a chérie à l'égal d'une épouse et que Dante a chantée en vers immortels. Vous disiez tout à l'heure que le vœu est un esclavage. Eh bien, regardez et comparez. Voici les adorateurs de Mammon : pour une poignée d'or, pour une feuille de papier qui porte le contreseing de leur infamie, ils sont prêts à vendre leur patrie et jusqu'à leur âme. Et, en face de ceux-là, voici l'homme qui n'a rien parce qu'il a tout donné, qui ne veut plus d'autre trésor que Dieu. La richesse qu'il a choisie est dans son cœur. Aucune puissance humaine ne peut la lui ravir. Quand ses ennemis le dépouillent, ils ajoutent à sa liberté et à sa puissance. Dites, mais dites donc de quel côté sont les esclaves !
« De la racine montons à la tige : le vœu d'obéissance