LE DIMANCHE CHRETIEN
II. Le dimanche chrétien. — i. Choix d'un Jour spécial poiw le culte chrétien. Dès les origines, à côté du sabbat et du septième jour de la semaine juive, il est question, dans l'Eglise naissante, de la prima
Sabbati, èv fj-ià-wv aaoSâ-rwv, -/a-rà .aiav aaSoccTOu, du premier
jour, que les gentils désignaient sous le nom de jour du soleil, et qui fut appelé par les chrétiens le jour du Seigneur, -/jpta/.r, r^iaspa, dies dominica, dimanche. D'excellentes raisons justifiaient un tel choix et une telle appellation. Sans répudier aucune des significations mystiques du mot sabbat, qui trouvaient leur application complète dans la Loi nouvelle, on aimait à voir dans le jour consacré au culte chrétien le souvenir d'une triple manifestation divine : celle de Dieu le Père, commençant en ce jour la création du monde ; celle de Dieu le Fils, ressuscitant en ce jour, victorieux de la mort; et celle du Saint-Esprit, descendant en ce jour avec tant d'éclat sur les Apôtres. C'était bien là, tout spécialement le jour du « Seigneur; » nul qualificatif ne lui convenait davantage (i).
2. .1 quelle époque et comment se fit la substitution du dimanche cm sabbat? Fût-ce par un acte de l'autorité ecclésiastique ? Aucun document ne nous renseigne exactement à cet égard. Il est à croire que l'emploi du mot dimanche et la consécration de ce jour au culte chrétien pénétrèrent insensiblement dans l'usage et finirent ainsi par avoir force de loi. Il est certain en tout cas que la substitution d'un nouveau jour au sabbat ne fut décidée, ni le jour de la Pentecôte, ni pendant le cours des premières
I . Samedi et dimanche, dans la langue des peuples de race latine, sont les deux seuls termes nouveaux qui se substituent aux anciens pour désigner le dernier et le premier jour de la semaine et se juxtaposent à ceux de lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi, d'origine païenne.
missions apostoliques. Car nous savons que les Apôtres continuèrent de fréquenter le temple à Jérusalem pour y vaquer à la prière (i), et qu'ils n'hésitèrent pas à pénétrer dans les synagogues pour participer à la réunion liturgique des juifs, à Antioche de Pisidie (2), à Iconium (3), à Thessalonique (4), à Athènes (5), à Gorinthe (6). C'était un moyen pour eux d'avoir un accès facile auprès de leurs compatriotes et d'ouvrir un premier champ d'action à leur apostolat.
Mais, pour célébrer leur propre culte, force leur fut de tenir des réunions à part. Rien sans doute, surtout dans les milieux judéo-chrétiens, ne les empêcha tout d'abord de les tenir le jour même du sabbat. Mais avec la conversion des gentils et la création de centres chrétiens, composés en majeure partie de païens convertis, surtout pour couper court aux prétentions abusives des judaïsants, la question pratique dut se poser de savoir s'il convenait de conserver le sabbat ,ou s'il ne valait pas mieux choisir un autre jour pour la réunion liturgique des baptisés. Toujours est-il que, de très bonne heure, on désigne comme jour de réunion chrétienne le lendemain du sabbat. C'est ce jour-là que Paul et les frères étaient assemblés à Troas pour « la fraction du pain (7) ; » et c'est ce jour-là que saint Paul recommande aux Corinthiens de mettre à part ce qu'ils veulent offrir pour la collecte en faveur des saints (8).
I. AcL, II. 46 ; III, I sq. ; v, 12-20; xxi, 26 : xxii, 17. — 2. Aci.,xiii, i4, 42. — 3. Act., XIV, I. — 4. AcL, xvii, 2. — 5. Ac^, xvii, 17. — 6. Act.,xviii, 4. — 7' Act., xx, 17. — 8. I Cor., XVI, 3. « Il est possible, Duchesne, Origines da culte, 2*'édit., Paris, 1898, p. 46, que tout à fait à l'origine, le choix de ce jour n'ait été dicté par aucune hostilité à l'égard des habitudes juives, et que l'on ait tenu seulement à avoir, à