‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 167 sur 312 · PIETE FILIALE · texte numérisé non relu

PIETE FILIALE

L'enfant, s'il n'est pas corrigé, cède facilement à ses défauts. Il ne tient aucun compte de l'autorité de ses parents, ni de leur âge, ni de leur expérience ; volontaire et orgueilleux, il devient despote et cherche à s'imposer. Il rougit parfois de la condition modeste, oii il est né, et pour peu qu'il ait reçu de l'instruction, il se croit supérieur à ceux qui lui ont donné le jour. Qu'il vienne à constater quelque travers, quelque défaut, quelque désordre, une contradiction entre ce que lui prescrivent ses parents et ce qu'ils f(3nt, sa logique impitoyable lui arrache des jugements sévères, dans lesquels trop souvent le respect fait place au mépris. Il n'en a pas le droit, c'est évident ; car son père et sa mère, quels que soient leurs torts, n'en restent pas moins son père et sa mère (i), et leur autorité paternelle

I. « Sur ce front paternel que le péché a flétri, nous montrerons Tempreinte oblitérée, mais non détruite, de la majesté divine. Nous dirons au fils que Dieu seul est juge des crimes de l'homme, et que la paternité est sacrée, môme chez ceux qui la déshonorent. Nous ouvrirons sous les yeux de cet enfant le vieux livré qui contient, avec l'histoire de nos origines, le code indélébile de nos devoirs et nous lui ferons lire cette page admirable où l'Esprit-Saint a mis en présence, d'un côté la dignité paternelle compromise par la faiblesse humaine, de l'autre les deux attitudes que peut prendre à son égard la liberté des enfants. Noé n'a peut-être pas failli moralement dans l'humiliante expérience qu'il a faite du pouvoir troublant que le vin exerce sur la raison de l'homme ; mais du moins il a été surpris : vaincu par l'ivresse, il a perdu le respect de lui-même. Gham a vu ce spectacle ; il s'est cru affranchi à son tour du devoir de la révérence filiale : il a montré en ricanant à ses frères ce qu'il n'aurait pas même dû regarder. Sem et Japhet ont eu horreur de cette impiété ; ils ont couvert d'un voile de respect la déchéance paternelle. Et Dieu, parlant par la bouche de Noé rendu à lui-même, s'est fait juge entre les frères : à la race de Gham, la malédiction et l'esclavage ; à la postérité de Sem, les pré' dilections divines ; à celle de Japhet, le génie civilisateur et

n'en est pas moins sacrée. Son devoir n'est nuMement subordonné à la valeur morale de ses parents, il est absolu, parce qu'il vient de plus haut qu'eux, de Dieu lui-même (i). Mai si, par malheur, l'enfant n'a pas appris à connaître et à craindre Dieu, comme c'est hélas ! le cas trop fréquent dans des familles qui vivent comme si Dieu n'existait pas, c'en est fait alors de la piété filiale, elle n'est plus qu'un vain mot. Le respect filial ne saurait exister où règne l'impiété. Sans le sentiment religieux, l'amour d'un fds pour ses parents peut exister encore, mais il reste sujet à bien des défaillances et

l'héritage de riiégémonie à venir. » d'HuIsI, Conf. de N.-D.t Carême de 189/j, Paris, 1906, p. i^g.

I. Tel est l'enseignement répété de l'Ecriture avec promesses et menaces à l'appui :

« Celui qui honore son père aura de longs jours ; Celui qui obéit au Seigneur, donnera consolation à sa mère; Celui qui craint le Seigneur honore ses parents ; Commel'esclaveson maître, il sert ceux qui lui ont donné lejour. En action et en parole honore ton père, Afin que sa bénédiction vienne sur toi ;

Caria bénédiction du père affermit les maisons de ses enfants; Mais la malédiction delà mèreles bouleversejusque dansleurs Ne te glorifie pas de l'opprobre de ton père, [fondements.

Car sa confusion ne saurait !e faire honneur. Car la gloire d'un homme lui vient de l'honneur de son père, Et une mère méprisée est la honte de ses enfants. Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, Et ne le contriste pas durant sa vie.

Son esprit viendrait-il à s'affaiblir, sois indulgent, Et ne le méprise pas dans la plénitude de tes forces. Car le bien fait à un père ne sera pas mis en oubli, Et à la place de tes péchés, ta maison deviendra prospère. Au jour de la tribulation le Seigneur se souviendra de toi ; Comme la glace se fond par un temps serein. Ainsi se dissiperont tes péchés.

Il ressemble au blasphémateur celui qui délaisse son père ; Jl est maudit de Dieu celui qui irrite sa mère. » {Eccli., m, 6-1 6.)

DEVOIRS d'assistance 383

trouve difficilement rindulgence et le dévouement, dont il a tant de besoin parfois quand le père ou la mère tombent dans la misère et sont réduits à la plus fâcheuse extrémité.

IV. — Devoi^rs d'assistance. — Un moment arrive, en effet, où les parents sont incapables de se suffire à eux-mêmes et où leur état réclame impérieusement l'assistance filiale, tant au point de vue moral qu'au point de vue physique. Sans doute, l'assistance matérielle se trouve prescrite par la loi civile et imposée par l'opinion publique. Mais que peuvent la loi et l'opinion sur une conscience oblitérée ? Le fils, qui ne puise pas ses inspirations dans sa foi religieuse, s'en préoccupe peu et n'agit trop souvent que contraint et forcé. C'est là une honte. Et quant à l'assistance morale, de beaucoup plus importante, c'est un devoir qui échappe aux prises de l'opinion et de la loi, et dont seule la religion peut assurer l'accomplissement. Au pain qui nourrit le corps et entretient la vie de ses parents, le fils doit ajouter les égards, les attentions et les soins qui alimentent l'âme et réconfortent le cœur, en dissipant la tristesse, en séchant les larmes, en composant autour de ceux qui lui ont donné le jour une atmosphère de paix, de bonheur et de joie.

Mais c'est surtout quand ils sont dangereusement malades, au moment de leur mort, qu'un fils doit entourer ses parents d'un dévouement plus particulièrement inspiré par la foi et leur procurer avant tout les secours de la religion. Or, voilà précisément ce à quoi on songe le moins, sous le faux prétexte d'éviter des émotions dangereuses, comme si la visite du prêtre et la réception des sacrements était un arrêt de mort. Illusion étrange autant qu'impie, car l'expérience prouve que rien n'apporte aux

mourants autant de réconfort moral. Quand la conscience est ainsi en règle avec Dieu, la mort inévitable perd de sa terreur naturelle ; elle est acceptée avec résignation comme la dette du péché, comme la messagère céleste qui, en fermant nos yeux à la lumière du jour, va les ouvrir aux lueurs de la gloire éternerie et faire de celui qui n'était qu'un passager sur la terre un habitant du ciel, la véritable patrie. Aussi le Catéchisme Romain a-t-il raison d'insister sur ce point.

« Le devoir d'honorer nos parents est de tous les instants, mais surtout quand ils sont dangereusement malades. A ce moment nous devons faire en sorte de ne leur laisser rien omettre de ce qui tient à la confession et aux autres sacrements que le chrétien doit recevoir à l'approche de la mort ; les faire visiter fréquemment par des personnes pieuses et vertueuses, capables de les fortifier et de les aider de leurs conseils, s'ils manquent de courage, et, s'ils en sont pleins, de les exciter à l'espérance de l'immortalité afin que, leur cœur une fois détaché des choses humaines, ils le tournent complètement vers Dieu. Environnés ainsi de l'heureux cortège de la foi, de l'espérance et de la charité et munis des secours de la religion, non seulement ils ne regarderont pas la mort avec effroi puisqu'elle est inévitable, mais même ils la désireront puisqu'elle hâte l'entrée dans l'éternité.

« Nous honorons nos parents même après leur mort, quand nous leur faisons des funérailles, que nous vénérons leur dépouille mortelle, que nous leur donnons une sépulture convenable, que nous ne négligeons point les sacrifices anniversaires et que nous nous acquittons avec soin du paiement de leurs legs (i). »

Ces derniers détails, montrent qu'aux devoirs de respect, d'amour, d'obéissance et d'assistance, qui s'imposent à nous pendant la vie de nos parents,

I, Cat. Rom.f loc. cit,, n. i3*

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