LE MARIAGE
persévérante des futurs époux. La seule forme légitime et salutaire que cette opposition puisse revêtir, c'est la prévoyance du père et de la mère, attentifs à écarter du chemin où marche la jeunesse, les rencontres dont ils ont lieu de redouter les effets. Mais leur tendresse s'accommoderait mal de ce rôle purement négatif. La famille a une mission qui lui est propre dans la préparation des alliances. Le mariage est une chose humaine et divine tout ensemble ; c'est la grande affaire de la vie présente, mais une affaire dont la solution retentit dans la destinée future. Les parents seront donc sages de rechercher pour leurs enfants les avantages auxquels leur condition permet de prétendre : ils ne devront ni viser trop haut, ni faire passer la richesse ou l'éclat du rang avant les vraies garanties de la vertu et du bonheur (i). »
N'est-ce pas là ce qu'oublient trop facilement les parents de nos jours .^ Ils se préoccupent, et avec raison, des intérêts matériels, mais ils ne prêtent pas une égale attention aux convenances morales. Dans le mariage de proposition, le cœur est trop souvent le dernier à être consulté; des êtres sont unis qui ne se conviennent guère et qui deviennent ainsi victimes de combinaisons assurément bien intentionnées de la part de leurs parents, mais insuffisantes à faire le véritable bonheur des futurs époux. Dans un mariage à conclure, dit fort bien le Catéchisme Romain (2), on doit considérer la vertu et la ressemblance des caractères plutôt que les richesses et la beauté ; car nul ne saurait disconvenir que ce soient là les dispositions les plus propres à contribuer au bonheur de la communauté.
I. D'Hulst, Conf, de N. D., loc cit., p. i36. — 2. Cat. Rom.^ P. II, De mair, mer., n, 29.
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3. La vocation religieuse. Sous la loi mosaïque, tous les hommes de la seule tribu de Lévi étaient consacrés au service de Dieu ; sous la loi évangélique, tout différent est le mode de recrutement sacerdotal. Jésus, en effet, a procédé par un libre choix et par un libre appel : il a pris Pierre et André, Jacques et Jean, sur leur barque de pêcheurs, Matthieu à son comptoir, Paul sur le chemin de Damas, pour en faire des pêcheurs d'hommes, la lumière du monde, le sel de la terre, ses ministres, ses collaborateurs ; et il a dit à ses Apôtres : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis (i). » Tout dépend donc aujourd'hui du libre choix et du libre appel de Dieu ; mais ce choix et cet appel sont confiés à ses représentants officiels, au chef de TEglise, aux chefs des diocèses, qui se font aider, dans cette délicate mission, par des maîtres autorisés. Car, ainsi que l'enseigne le Catéchisme Romain (2), ceux-là sont appelés de Dieu qui sont appelés par les ministres légitimes de l'Eglise. La vocation sacerdotale ou religieuse n'est donc pas simplement unequestion de goûts ou d'aptitudes plus ou moins accusés, mais subjectifs, dont les sujets seraient à la fois les témoins et les juges ; elle est essentiellement un appel de Dieu notifié positivement par ses ministres. Sans nul doute, le goût et l'attrait des choses saintes, les aptitudes intellectuelles et morales sont à prendre en considération comme des signes qui montrent qu'on peut être appelé ; ils offrent de précieux éléments d'appréciation, mais ne constituent pas la vocation proprement dite ; ils manifestent ce que les scolastiques appelleraient la vocation en puissance, c'est-à-dire une aptitude. Quant à la vocation, au vrai sens du
ï. Joan.t XV, 16. — 2. Cat. Rom,, P. II, De ord. sacr,» n. 3.
LA VOCATION RELIGIEUSE ^oi
mot C'est le Choix délibéré et l'appel positif de tel ou tel sujet, de la part des supérieurs ecclésiastiques qui agissent au nom de Dieu.
Cela étant, les parents n'ont nullement le droit de combattre et d'étouffer les goûts, les tendances et les dispositions que pourraient manifester leurs enfants pour la vie sacerdotale ou religieuse ; ils ont simplement celui de les mettre à l'épreuve pour se rendre compte si ce n'est point là un engoûment ou un capnce passagers plutôt que l'effet d'un sentiment réfléchi, d'une volonté éclairée. Dans ce denier cas leur devoir est de les seconder. Jadis, sous inspiration de la foi, les parents s'estimaient très lionores de voir le choix et l'appel de Dieu se fixer sur 1 un de leurs enfants ; quelques-uns, il est vrai par esprit de lucre ou de spéculation, n'hésitaient , pas a pousser bon gré mal gré l'un des leurs vers le sacerdoce Les temps ont bien changé. Bien qu'ils fassen de plus en plus rares, il est encore des parents chrétiens qui se laissent guider, en pareille circonstance, par les vues supérieures delà foi. Mais la plupart obéissent à de tout autres motifs que ceux te la religion et de la piété et regardent le sacerdoce comme un ministère dont ils estiment devoir Retourner leurs enfants. De quel droit ? Ignorent-ils donc que, si l'enfant est à son père et à sa mère il ,est avant tout à Dieu, de qui ils le tiennent, et que uieu peut en disposer souverainement ? Offrir son ■Ils a Dieu est assurément un sacrifice ; mais n'estce pas aussi un honneur inappréciable ? Et si Dieu par ses représentants autorisés, manifeste son appel' m t ^f T *^^^°''' '™P«"eux .:> Pourquoi, dès tflee de défiance, sinon d'hostilité, envers l'ensei-
■'^ai!?r^ '?'"''' !' ^'''="°" sacerdotale, dans la i^rainte de voir se dessiner ou se créer, sous leur
1 MCATBCaiSMB. — . x. V,
4o2 LE CATÉCHISME ROMAIN
influence, quelque vocation possible, comme si la vocation pouvait être d'origine humaine ? Non, pas plus que les parents eux-mêmes, le prêtre ne saurait donner la vocation, celle-ci n'appartenant qu'à Dieu ; mais ce qu'il peut et ce qu'il doit, tout comme les parents du reste, c'est de favoriser, de cultiver, de développer les goûts, les dispositions, les élans de la piété, car la piété est utile à tout et partout. Et s'il plaît alors à Dieu de faire entendre sa voix à des âmes aussi bien préparées, les parents, quelque dépit ou quelque douleur qu'ils en éprouvent, n'ont aucun droit de s'opposer à un tel prélèvement divin ; s'ils savaient comprendre, ils devraient plutôt en bénir et en remercier Dieu, comme d'une grâce inestimable.
I. L'amour paternel. — « Au-dessus de l'amour charnel qui cultive le corps au détriment de l'âme, au-dessus de l'amour raisonnable qui se borne à former l'honnête homme, il y a l'amour chrétien. Or l'amour chrétien, après avoir contemplé l'âme dans son temple de chair, contemple et vénère dans l'âme elle-même le temple de Dieu. Le père et la mère ont donné leur vie à l'enfant ; à quelque temps de là. Dieu lui a donné la sienne. Le Christ est entré triomphalement dans sa petite âme, l'a empourprée de son sang, marquée de son caractère, remplie de la vertu de l'Esprit-Saint et imprégnée des habitudes divines auxquelles on reconnaîtra un jour le chrétien. Père, mère, la force génératrice de la nature n'a pu donner à votre enfant que votre sang, votre physionomie et l'influence mal assurée de vos vertus ; la force génératrice du Verbe incarné lui a donné la grâce que vous possédez vousmêmes. Comme chrétiens, vous habitez un monde mystérieux, qui domine les plus hautes régions de la nature. C'est de là qu'il faut appeler l'enfant, c'est de là qu'il faut lui dire : viens 1
« Nous vivons de Dieu, nous sommes transformés par Dieu . Or, les vertus naturelles ne sont et ne peuvent être
LE PERE ET LA MÊRE CHRÉTIENS 4o3
qu'une préparation à un si grand honneur, une ébauche delà perfection surnaturelle à laquelle doit tendre le chrétien. La vertu nous rapproche de Dieu, la grâce nous unit à lui ; la vertu nous grandit, la grâce nous enlève et nous ' fait planer comme l'aigle entre la terre et les cieux. Elle ' ajoute à la nature des vertus qu'elle ne peut acquérir de son propre chef : la foi, l'espérance, la charité ; elle em- ^ bellit, elle surnaturalise les habitudes morales, péniblement produites par un légitime et généreux usage des I facultés humaines. Elle dirige la prudence par des conseils I divins qui la dégagent de tout calcul intéressé, la préser- I vent des erreurs subtiles où s'égarent les sages du siècle î; et la transforment en cette haute et sereine sagesse dans j laquelle on reconnaît la vive empreinte de la sagesse \ éternelle. Elle pénètre la force morale de la toute- \ puissance divine, et la rend féconde en actes héroïques. Elle donne à la justice une pudeur et des délicatesses exquises. Elle épanouit la tempérance en une foule de vertus austères et charmantes dont le nom même est ignoré partout où il n'y a que des honnêtes gens. Enfin, dans le monde de la nature, le parfait s'appelle l'honnête homme; dans le monde de la grâce, le parfait s'appelle le saint.
« Former l'honnête homme, perfectionner l'honnête homme par le chrétien, préparer le chrétien à devenir un saint : voilà l'enchaînement sublime des devoirs de l'amour paternel et de l'amour maternel dans le mariage chrétien, le but sacré de cet acte du gouvernement domestique qu'on appelle l'éducation. » Monsabré, Conf. de V.-D., Retraite de 1887, IIP Instr. .
2. Le père et la mère chrétiens. — « Qu'est-ce qu'une chrétienne? C'est celle qui fait de la maternité un sacerdoce, qui verse la foi avec son lait dans les veines de son enfant. C'est celle qui apprend aux petites mains à se joindre pour la prière, aux petites lèvres à bégayer les noms bénis de Jésus et de Marie. C'est la mère qui sait caresser et punir, se dévouer et résister. Plus tard, c'est la femme joyeusement sacrifiée, qui abdique au profit d'une sujétion austère les satisfactions de la vanité ou
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du plaisir, qui préfère à la capricieuse liberté du monde la volontaire servitude du foyer. Cette mère-là sera qualifiée pour enseigner un jour à sa fille la modestie et le dévouement, pour inculquer à son fils l'amour des vertus viriles et la noble passion du devoir.
« Qu'est-ce qu'un père chrétien ? Avant tout, c'est un chrétien. Ne vous étonnez pas de ce pléonasme. La puissance du christianisme est si grande dans l'éducation que tout père éclairé sent le besoin de s'en approprier la vertu ; mais, en même temps, la morale chrétienne est si exigeante que plusieurs essaient de séparer en eux-mêmes l'homme du père : au père l'autorité du langage et des conseils ; à l'homme, dans le secret de sa vie privée, les immunités de la conduite ; au père les dehors d'une religion respectueuse et correcte ; à l'homme les libres chevauchées d'un esprit sceptique.
(( Eh bien ! ce père-là n'est pas digne de faire des chrétiens, il n'en est pas capable. Dût son fils ignorer toujours l'écart qui s'ouvre entre la parole et l'exemple, la leçon paternelle n'aura pas de prise sur le cœur parce qu'elle ne partira pas du cœur. Oh ! que je plains cet homme du monde, obligé d'articuler une morale qui le condamne ! C'est une affection sincère qui le décide à jouer ce rôle, mais dans ce rôle, il n'est pas sincère. D'ailleurs le secret de sa dissimulation sera surpris tôt ou tard. Le fils grandissant soupçonnera bientôt et finira par découvrir ce qu'on lui cachait ; et la morale, qu'on lui prêchait si haut, n'apparaîtra plus à ses yeux que comme une convention sociale. » D'Hulst, Conf, de N.-D,y Carême de 1894, Paris, 1906, p. 122.
Leçon XIT
Quatrième Commandement