SUPÉRIEURS ET INFERIEURS
rentes, car ils deviennent les membres d'un même corps mystique, dont Jésus-Christ est le chef, et sont unis par la charité, qui est le lien de la perfection. Tous donc, selon l'idéal chrétien, devraient se traiter comme de véritables frères, s'entr'aider les uns les autres dans les besoins de la vie matérielle, et plus encore dans ceux de la vie spirituelle, comme doivent se traiter, au foyer domestique, les membres qui sont unis par les liens du sang. Et dès lors, dans la société familiale, élargie par le concours de personnes étrangères, la nature des droits et des devoirs, sans être complètement identique à celle des droits et des devoirs qui relient entre eux les parents, doit lui ressembler et s'en rapprocher autant que possible.
11. Application pratique. De la part des supérieurs, par cela seul qu'ils représentent l'autorité de Dieu à un degré quelconque, le droit sera d'être res-, pectés, obéis et servis fidèlement par leurs inférieurs ; et parce qu'ils représentent la providence divine, le devoir sera de traiter leurs inférieurs avec le respect convenable de leur personne, de leur dignité morale et de leur destinée future, avec la nécessaire justice dont nul ne peut se départir et avec l'industrieuse charité qui montre dans nos semblables des frères, enfants du même Dieu.
De la part des inférieurs, le droit sera, pour prix de leur concours effectif, non seulement de vivre de leur travail, mais encore de pouvoir se constituer par l'épargne un patrimoine et d'atteindre ainsi à une légitime indépendance, surtout de vaquer sans entraves à leurs obligations morales et religieuses envers Dieu afin de pouvoir parvenir à la fin surnaturelle pour laquelle ils ont été créés; le devoir sera de respecter l'autorité de leurs supérieurs, de
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ne point léser leurs droits et de tenir consciencieusement les engagements pris.
III. Enseignement du Catéchisme Romain. — Le Catéchisme Romain, en s'appuyant sur les données explicites de l'Ecriture, se contente simplement de rappeler d'une manière générale les devoirs que nous devons remplir envers les supérieurs, soit dans la hiérarchie ecclésiastique (i), soit dans l'ordre civil. Car « il n'est point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par lui, » et par suite résister à lautorité serait <( résister à l'ordre que Dieu a établi (2). » L'obéissance s'impose, « non par crainte du châtiment, mais aussi par motif de conscience (3). »
Car (( les honneurs que nous rendons à nos supérieurs, c'est à Dieu qu'ils se rapportent. Les hommes n'accordent leur respect à une dignité éminente que parce qu'ils y voient l'image du pouvoir divin. Et en cela ce que nous vénérons, c'est encore la Providence de Dieu qui confie à quelques uns la charge des fonctions publiques et qui se sert d'eux comme d'autant de ministres de sa puissance. Bien entendu que ce n'est ni la méchanceté, ni la perversité, quand elles se trouvent dans les magistrats, mais l'autorité divine, dont ils sont revêtus, que nous révérons ; au point que, chose qui paraîtra bien étonnante, eussent-ils des sentiments de haine et de colère, fussentils implacables pour nous, nous n'aurions pas de raison suffisante pour nous dispenser de les honorer (4). » La seule limite à cette obéissance, c'est lorsque l'autorité, contrairement à sa fonction sociale, viendrait à prescrire quelque chose de mauvais ou d'injuste, interdit parla loi naturelle ou divine ; car alors la résistance serait un devoir (5).
I. Cat. Rom., P. III, Quart. Prœc. decalogi, n. i5. — 2. Rom., xni, i. — 3. Rom,, xm, 5. — 4- Cat. Rom., loç. cit., n. 16-18. — 5. Cat, Rom., toc. cit.,n. 19.