‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 181 sur 312 · MAITRES ET SERVITEURS · texte numérisé non relu

MAITRES ET SERVITEURS

IV. Devoirs des maîtres et des serviteurs. — Cet enseignement du Catéchisme Romain est d'ordre général et n'entre pas dans chacune des applications pratiques dont il est susceptible. Il légitime l'obéissance et le respect dus à l'autorité qui gouverne l'Eglise ou la société. ; mais il s'applique de même à celle qui règle les rapports de maître à serviteur ou domestique.

Un maître qui gage des domestiques à son service les introduit dans le sanctuaire familial, véritable école du respect, du dévouement et de la bonté. Il doit traiter l'homme en homme, le chrétien en chrétien : avec justice d'abord, en rétribuant le travail comme il convient, sans abuser de la condition d'autrui et sans formuler des exigences injustifiables ; avec fermeté, s'il en est besoin, car la faiblesse serait une abdication du devoir ; mais sans emportement, ni colère, ni représailles, car ce serait outrepasser ses droits et amoindrir du même coup l'autorité ; avec vigilance, car le serviteur faisant partie de la famille pourrait y introduire le désordre ou le vice, danger auquel un maître, qui connaît sa responsabilité, doit parer en veillant sur la moralité de son domestique ; avec un profond respect de la conscience, sans scandaliser ceux qui sont à ses ordres, sans leur imposer de force les pratiques religieuses, à cause de l'hypocrisie, comme aussi sans les entraver, à cause de la liberté ; avec conlescendance et bonté, car rien ne remplace ce précieux supplément de la justice, en s'intéressant aux )eines comme aux joies qu'ils peuvent éprouver, n se faisant à l'occasion le conseiller avisé de leur enduite, l'appui efficace de leurs intérêts. Tels ont le noble rôle et la fonction auguste du véritable inaître chrétien : il gouverne paternellement sa lomesticité comme une partie de sa propre famille ;

/ilO LE CATECHISME ROMAIN

il considère ses serviteurs, non point comme des étrangers, mais comme des associés intimes et presque comme des parents. Mais hélas ! dans trop d'intérieurs domestiques, ce rôle et cette fonction sont singulièrement oubliés ou méconnus de nos jours, parce que l'idéal chrétien n'y règne pas comme jadis.

Le serviteur de son côté, ne doit pas redire : (( Notre ennemi, c'est notre maître, )) mais voir dans ceux qu'il sert l'image de Dieu. Son obéissance n'en sera que plus prompte et son respect plus facile. Tant qu'il croit pouvoir continuer ses services, il doit les rendre avec fidélité et révérence ; avec justice, sans user de compensations illicites, qui sont une forme de vol ; et, s'il se peut, avec un afTectueux dévouement, tel qu'on le rencontrait jadis dans la plupart des familles chrétiennes, tel qu'il se rencontre encore de nos jours chez les petits et les humbles, là où la bonté du maître, par de cordiales relations, a provoqué l'afTection du serviteur, au point de la rendre parfois héroïque quand le vent de la mauvaise fortune a dissipé le bien-être d'antan. Un dernier devoir s'impose au serviteur, celui de la patience et delà résignation , car s'il lui est difRcile d'être lui-même sans reproche, il est impossible qu'il ne soit, un jour ou l'autre, victime de quelque défaut de caractère de la part de son maître. Pas de vaine récrimination alors, mais une soumission inspirée par la foi, qui fasse de Tépreuve passagère un mérite devant Dieu et tourne, s'il se peut, à la confusion salutaire du maître.

Page 1