Ce qu'il devint dans l'antiquité . « L'histoire des an
4l2 LE CATÉCHISME ROMAIN
ciens temps nous montre ce lamentable spectacle jusqu'ài] l'époque du divin Rédempteur. La calamité de laservitu-j de s'était propagée chez tous les peuples, et tellement tL duit était le nombre des hommes libres qu'un poète m l'empire put proférer cette atrocité que « le genre humain ne vit que pour le petit nombre (i). » Cela fut en vigueur chez les nations même les plus policées, chez les Romains où la domination d'un petit nombre s'imposait à la multitude ; et cette domination s'exerçait avec tant de perversité et d'orgueil, que les troupes d'esclaves étaient considérées comme des biens, non comme des personnes, comme des choses dépouillées de tout droit et dépourvues même de la faculté de conserver la vie et d'en jouir. « Les serviteurs sont au pouvoir des maîtres, et ce pouvoir émane du droit des gens, car on peut observer qu'il existe exactement chez tous les peuples le pouvoir, pour les maîtres, de disposer de la vie et de la mort des esclaves, et tout ce qui est acquis par l'esclave l'est au profit du maître (2). » Par suite d'une aussi profonde perturbation morale, il fut impunément et publiquement permis aux maîtres d'échanger leurs esclaves, de les vendre, de les livrer en héritage, de les battre, de les tuer, d'en abuser pour leurs passions et leurs cruelles superstitions. Bien plus, ceux qui étaient réputés les plus sages parmi les gentils, des philosophes insignes, très versés dans le droit, se sont efforcés de se persuader eux-mêmes et les autres, par un suprême outrage au sens commun, que la servitude n'est autre chose que la condition nécessaire de la nature ; et ils n'ont pas rougi d'enseigner que la race des esclaves cède beaucoup, en faculté intellectuelle et en beauté corporelle, à la race des hommes libres ; qu'il faut, par suite, que les esclaves, comme des instruments dépourvus de raison et de sagesse, servent en toutes choses aux volontés de leurs maîtres. Cette doctrine inhumaine et inique est souverainement détestable et telle, qu'une fois acceptée, il n'est plus d'oppression, si infâme et barbare soit-elle, qui ne se soutienne impunément avec une certaine apparence de légalité et de droit. »
ï. Pharsqle, v, 343. — a. Jus^nien, InstU», L. L tit. 8,n. i.
ACTION DE L*ÉGLISE CONTRE L*ESGLAVAGE 4l3
II. Charte évangéliquede la liberté. — i. Avec la prédication de r Evangile, proclamation de la fraternité. Dès les origines chrétiennes, les Apôtres ont ; enseigné et inculqué, parmi tant d'autres préceptes I d'une vie très sainte, celui que saint Paul a plus d'une fois signalé aux hommes régénérés par le bapi:tême(i). «Enseignements bien précieux, honorables jet salutaires, dont l'efficacité a non seulement rendu [et accru au genre humain sa dignité, mais a aussi [amené les hommes, quels que soient leur pays, (leur langue, leur condition, à s'unir très étroitement par les liens d'une affection fraternelle. » ^2. Principe nouveau. « Désormais, grâce au nouvel dam, qui est le Christ, il subsiste une union fra- Tnelle des hommes et des peuples entre eux. De Jmême qu'ils ont tous une seule et même origine dans l'ordre de la nature, de même aussi, dans Ordre surnaturel, ils ont tous une seule et même :)iigine de salut et de foi ; tous sont également ippelés à l'adoption d'un seul Dieu, leur Père à jous, en tant qu'il les a rachetés lui-même à grand ')rix ; à tous sont offerts les bienfaits de la grâce et eux de la vie immortelle. »
m. Action de l'Eglise. — i. Premières applicadons pratiques. « Cela posé comme base et fondenent, l'Eglise s'est efforcée, en tendre mère, d'ap-
I . « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ. Vous 'US, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez re- 'ta le Christ. Il n'y a plus ni Juif, ni Grec; il n'y a plus ni esave, ni homme libre. . . Car vous n'êtes tous qu'une personne jins le Christ Jésus. » Gai., m, 26-28. «Dansée renouvellement, '• n'y a plus ni Grec, ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni barire ou Scythe, ni esclave ou homme libre ; mais le Christ est al en tous. » Col., m, 11. « Tous, en effet, nous avons été bapiés dans un seul esprit pour former un seul corps t soit Juifs, ilGrecs, soit esclaves, soit libres, » I Cor., xii, i3.
4l4 LÉ CATÉCHISME ROMAIN
porter quelque soulagement aux charges et à l'ignominie de la vie servile ; et elle a efficacement défini et inculqué les droits et les devoirs réciproques entre les maîtres et les serviteurs, conformément à ce que les Apôtres avaient affirmé dans leurs épîtres. » Aux esclaves, le devoir du respect et de la soumission envers leurs maîtres, sans y être poussés par la crainte des châtiments, ou par l'astuce, 0U| par le stimulant du gain, mais par la conscience, par la charité (i). Aux maîtres, le devoir de reconnaître la dignité humaine de leurs esclaves, de les traiter convenablement et comme des égaux par la religion et par la communauté de servitude vis-àvis de Dieu (2).
2. Intervention prudente, mais progressive, « L'Eglise n'a pas voulu procéder hâtivement à raflranchissement des esclaves et à la sollicitude de leur liberté ; ce qu'elle n'aurait pu faire évidemment que d'une façon tumultueuse, qui aurait tourné à leur propre détriment et à
i. K Vous, serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toutes sortes de respects, non seulement à ceux qui sont bons, mais encore à ceux qui sont difficiles. » I Petr., 11, 18. « Serviteurs,\ obéissez à vos maîtres selon tactiair, — avec respect et crainte el, dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ... Servez-les ^ avec affection, comme servant le Seigneur, et non des hommes,' assurés que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le Seigneur de ce qu'il aura fait de bien. » Eph., \i, 5-8. « Que ceux qui sont sous le joug commes esclaves, estiment leurs maîtres dignes de tout honneur, afn que le nom de Dieu et sa doctrine ne soient pas blasphémés . Et que ceux qui ont pour maîtres des fidèles ne les méprisent pas, parce qaifs sont leurs frères ; mais qu'ils les servent d'autant mieux, puisque ceux qui reçoivent leurs services sont des frères et des amis. » I Tim., \i, 1-2 ; Cf. TU., 11, 9-10. — 2. « V esclave quia été appelé dans le Seigneur est un affranchi du Seigneur. » I Cor., vu, 22. « Et vous, maîtres, agissez de même à leur égard, et laissez là les menaces, sachant que leii Seigneur et le votre est dans les deux, et qu'il ne fait pas acception de personne. )) Eph., VI, 9.
ACTION DES PÈRES CONTRE l'eSCLAVAGE 4i5
[ celui delà chose publique. » (N'admettant pas la révolte), j « elle enseignait aux esclaves à se persuader qu'en vertu i de la sainte foi et du caractère reçu du Christ, ils étaient > sans doute beaucoup supérieurs en dignité aux maîtres j païens, mais qu'ils en étaient tenus plus strictement I envers l'Auteur et le Fondateur même delà foi à ne point concevoir contre eux des desseins adverses et à ne manquer en quoi que ce soit au respect et à l'obéissance qui [ leur est due. Du moment, d'ailleurs, qu'ils se savaient appelés au royaume de Dieu, doués delà liberté de ses fils et appelés à des biens non périssables, ils ne devaient pas s'afïliger de l'abjection et des maux de la vie éphémère, mais les yeux et le cœur élevés au ciel, ils devaient se consoler et se confirmer dans leurs saintes résolutions. » Fidèles à d'aussi sages prescriptions, les premiers esclaves chrétiens, libérés moralement par le baptême, donnèrent au monde païen le plus beau des spectacles.
3. Action des Pères, à la paix de V Eglise, « Lorsque vint, pour l'Eglise, l'ère de la paix et de la tranquillité, les saints Pères entreprirent d'exposer avec une admira-
jble sagesse les enseignements apostoliques sur l'union fraternelle des cœurs parmi les chrétiens, et, avec une
j égale charité, ils appliquèrent ces enseignements au profit des esclaves, en s'efforçant de persuader que les maîtres avaient sans doute des droits légitimes sur le travail de leurs serviteurs, mais qu'il ne leur était nullement
I permis d'avoir sur la vie un pouvoir absolu et de se livrer à de cruels sévices (i). »
1. Sur la liberté apportée par le Christ et la communauté de la charité dans la famille chrétienne, voir saint Ghrysostome : In Gen.^ hom. xxix ; in Laz ; in ICor., hom. xix; in Phil.; Ihom. I ; saint Ambroise, De Ahrah. ei Jacob, c. m ; de pair. Joseph, c. IV ; Exh. virg., c. i. Lactance disait: « D'aucuns nous font ce reproche : n'y a-t-il pas quelque ditTérence entre chacun de vous ? — Aucunement, et il n'est pas d'autre motif pour lequel nous nous donnons l'un à l'autre le nom de frère, sinon parce que nous nous croyons égaux du moment que nous envisageons toutes les choses humaines, non ai^
4l6 LE CATÉCHISME ROMAIN
« Les soins de l'Eglise pour la tutelle des esclaves se manifestaient de plus en plus et, n'omettant aucune occasion, ces soins tendaient à obtenir, avec la prudence voulue, que la liberté leur fût enfin donnée, ce qui eût grandement profité à leur salut éternel (i). »
/;. L'intervention des Papes, dans la suite, ne fut pas sans quelque efficacité. Aux exemples d'affranchissements ils ajoutèrent des prescriptions canoniques en faveur des esclaves. « Saint Grégoire-le-Grand en rendit à la liberté le plus qu'il put et, au concile romain de 679, il voulut que la liberté fût accordée à ceux qui se résoudraient à embrasser la vie monastique. Hadrien 1 enseigna que les esclaves pouvaient librement contracter mariage, même contre la volonté de leurs maîtres. En 1167, il fut ouvertement intimé par Alexandre 111 au roi Maure de Valence de ne livrer aucun chrétien à la servitude, attendu que nul n'est esclave de par la nature et que Dieu a fait tous les hommes libres. En 1198, Innocent 111 approuva et confirma, à la demande des fondateurs, Jean de Matha et Félix de Valois, l'ordre de ï. S. Trinité pour le rachat des chrétiens qui étaient tombés au pouvoir des Turcs. Un ordre semblable, celui de N.-D. de la Merci, fut approuvé par Honorius 111 et ensuite par Grégoire IX, ordre que saint Pierre Nolasque avait fondé avec cette loi , sacrée que les religieux qui en feraient partie se livre- fl raient eux-mêmes à l'esclavage à la place des chrétiens captifs, si cela était nécessaire pour les racheter. Grégoire IX assura à la liberté un plus ample rempart, en décrétant qu'il était défendu de vendre à l'Eglise des
point de vue du corps, mais de l'esprit, et bien que la condition des corps soit diverse, néanmoins il n'y a pas d'esclave, pour nous, mais nous les tenons tous pour frères et nous les appelons tels pendant que nous sommes co-serviteurs quant à la refigion. » Div. i/is^., V, xvi.
I. Exemples d'affranchissements rapportés par saint Jérô me, Salvien, etc. Conseils donnés pour affranchir les esclaves [| par testament. Dépenses faites pour le rachat des captifs. C'est ainsi que peu à peu l'Eglise travaillait à faire cesser la plaie hideuse de l'esclavage.