I. Sum. TheoLt II* IP% Q. xxxn, a. 6. — 2. Luc, xi, 4i
DEVOIRS DE l'État envers les ouvriers iSi
et, tout ensemble, comme ministre de la Providence, au soulagementdes autres. »
« Quant aux déshérités de la fortune, ils apprennent de l'Eglise que, selon le jugement de Dieu lui-même, la pauvreté n'est pas un opprobre et qu'il ne faut pas rougir de devoir gagner son pain à la sueur de son front. » C'est l'exemple donné par Jésus-Christ, pauvre et artisan. La vraie dignité de l'homme est dans sa valeur morale et sa vertu, seul patrimoine qui soit à la portée de tous, des pauvres comme des riches.
Telle est la doctrine qui est à même de rendre le riche moins orgueilleux et plus condescendant, le pauvre moins découragé et plus résigné, et de les amener à se donner la main et à s'unir par l'amitié; car ils sont fils du même Père, rachetés par le même Christ et appelés au même bonheur. C'est l'enseignement de l'Eglise, l'objet de ses pressantes exhortations. Si donc la société doit être guérie, elle ne le sera que par le retour à la vie et aux institutions du christianisme. Mais, pour réussir, il faut le concours de tous, et d'abord celui de l'Etat.
5. Devoirs de l'Etat à V égard de la classe ouvrière. « Ce qu'on demande d'abord aux gouvernants, c'est un concours d'ordre général, qui consiste dans l'économie tout entière des lois et des institutions ; ils doivent faire en sorte que, de l'organisation même et du gouvernement de la société, découle spontanément et sans efforts la prospérité tant publique que privée. Tel est, en efTet, l'office de la prudence civile et le devoir propre de ceux qui gouvernent. Or, ce qui fait une nation prospère, c'est la probité des mœurs, des familles fondées sur des bases d'ordre et de moralité, la pratique de la religion et le respect de la justice, une composition modérée et une répartition équitable des charges publiques, le progrès de l'industrie et du commerce, une agriculture florissante, toutes choses qu'on ne peut porter plus haut sans faire monter d'autant la vie et le bonheur des citoyens. De même donc que, par tous ces moyens, l'Etat peut se rendre utile aux autres classes, de même il peut grandement améliorer le 3ort de la classe ouvrière ; et cela dans toute la rigueur de
son droit et sans avoir à redouter le reproche d'ingérence ; car, en vertu même de son office, l'Etat doit servir rintérêt commun. » Les pauvres et les petits font partie delà société, au même titre que les riches et les grands. « Gomme donc il serait déraisonnable de pourvoir à une classe de citoyens et d'en négliger une autre, il devient évident que l'autorité publique doit aussi prendre les mesures voulues pour sauvegarder le salut et les intérêts de la classe ouvrière. Si elle y manque, elle viole la stricte justice, qui veut qu'à chacun soit rendu ce qui lui est dû. »
UEtat doit favoriser et sauvegarder les intérêts matériels de la classe ouvrière. Dans toute société, en effet, il y a des inégalités de conditions, donc des inégalités d'apports contributifs à la masse des biens communs. « Or, tous ces biens, c'est le travail de l'ouvrier, travail des champs ou de l'usine, qui en est surtout la source féconde et nécessaire. Bien plus, dans cet ordre de choses, le travail a une telle fécondité et une telle efficacité, que l'on peut affirmer sans crainte de se tromper qu'il est la source unique d'où procède la richesse des nations. L'équité demande donc que l'Etat se préoccupe des travailleurs et fasse en sorte que de tous les biens qu'ils procurent à la société, il leur en revienne une part convenable, comme l'habitation et le vêtement, et qu'ils puissent vivre au prix de moins de peines et de privations. D'où il suit que l'Etat doit favoriser tout ce qui, de près ou de loin, paraît de nature à améliorer leur sort. »
// doit aussi favoriser et sauvegarder ses intérêts moraux et religieux. « Il est dans l'ordre que ni l'individu ni la famille ne soient absorbés par l'Etat ; il est juste que l'un et l'autre aient la faculté d'agir avec liberté aussi longtemps que cela n'atteint pas le bien général et ne fait injure à personne... Il importe au salut public et privé que l'ordre et la paix régnent partout ; que toute l'économie de la vie domestique soit réglée d'après les commandements de Dieu et les principes de la loi naturelle ; que la religion soit honorée et observée ; que l'on voie fleurir les mœurs privées et publiques ; que la justice soit