DEVOIRS DE L*ÉTAT ENVERS LES OUVRIERS
religieusement gardée et que jamais une classe ne puisse opprimer l'autre impunément ; qu'il croisse de robustes générations, capables d'être le soutien et, s'il le faut, le rempart de la patrie. C'est pourquoi, s'il arrive que les ouvriers, abandonnant le travail ou le suspendant par les grèves, menacent la tranquillité publique ; que les liens naturels de la famille se relâchent parmi les travailleurs ; qu'on foule aux pieds la religion des ouvriers, en ne leur facilitant pas l'accomplissement de leurs devoirs envers Dieu ; que la promiscuité des sexes ou d'autres excitations au vice constituent dans les usines un péril pour la moralité ; que les patrons écrasent les travailleurs sous le poids de fardeaux iniques, ou déshonorent en eux ;la personne humaine par des conditions indignes et jdégradantes ; qu'ils attentent à leur santé par un travail excessif et hors de proportion avec leur âge et leur sexe : [dans tous ces cas, il faut absolument appliquer, dans de certaines limites, la force et l'autorité des lois ; les limites seront déterminées par la fin même qui appelle le secours des lois, c'est-à-dire que celles-ci ne doivent pas 'avancer ni rien entreprendre au-delà de ce qui est nécesj-aire pour réprimer les abus et écarter les dangers .
« Les droits, où qu'ils se trouvent, doivent être reliicusement respectés, et l'Etat doit les assurer à tous les itoyens, en prévenant ou en vengeant leur violation, outefois, dans la protection des droits privés, il doit se réoccuper d'une manière spéciale des faibles et des indicnts... La classe indigente, sans richesse pour la mettre
couvert des injustices, compte surtout sur la protection c l'Etat. Que l'Etat se fasse donc, à un titre tout partiulier, la providence des travailleurs qui appartiennent à i classe pauvre en général. »
6. Autres devoirs de l'Etat. L'Etat doit encore protéger s propriétés privées, en face des revendications mena- \ntes, sous la menée de quelques agitateurs : c'est un cvoir de stricte justice. — 11 doit porter remède aux chôngcs et aux grèves. « Car ces chômages, non seulement urnent au détriment des patrons et des ouvriers euxlêmes, mais ils entravent le commerce et nuisent aux
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intérêts généraux de la société, et comme ils dégénèrent facilement en violences et en tumultes, la tranquillité publique s'en trouve souvent compromise. Mais, ici, il est plus efficace et plus salutaire que l'autorité des lois prévienne le mal et l'empêche de se produire, en écartant avec sagesse les causes qui paraissent de nature à exciter des conilits entre ouvriers et patrons. » — Il doit sauvegarder les intérêts de Vâme des ouvriers, car l'âme prime le corps ; elle est l'image de Dieu et constitue la dignitéde l'homme. « Cette dignité, que Dieu lui-même traite avec un grand respect, il n'est permis à personne de la violer impunément, ni d'entraver la marche de l'homme vers cette perfection qui répond à la vie éternelle et céleste. Bien plus, il n'est même pas loisible à l'homme, sous ce rapport, de déroger spontanément à la dignité de sa nature, ou de vouloir l'asservissement de son âme, car il ne s'agit pas de droits dont il ait la libre disposition, mais de devoirs envers Dieu qu'il doit religieusement remplir. C'est de là que découle la nécessité du repos et de la cessation du travail aux jours du Seigneur. Qu'on n'entende pas toutefois par ce repos une plus large part faitp à une stérile oisiveté, ou encore moins, comme un grand nombre le souhaitent, ce chômage fondateur des vices et dissipateur des salaires, mais un repos sanctifié par la religion. »
7. Contre V exploitation de l'ouvrier. « Pour ce qui est des intérêts physiques et corporels, l'autorité publique doit tout d'abord les sauvegarder en arrachant les malheureux ouvriers des mains de ces spéculateurs qui, ne faisant point de différence entre un homme et une machine, abusent sans mesure de leurs personnes pour satisfaire d'insatiables cupidités. Exiger une somme de travail qui, en émoussant toutes les facultés de l'âme, écrase le corps et consume les forces jusqu'à l'épuisement, c'est une conduite que ne peuvent tolérer ni la justice ni l'humanité. L'activité de l'homme, bornée comme sa nature, a des limites qu'elle ne peut franchir. Elle s'accroît sans doute par l'exercice et l'habitude, mais à la condition qu'on lui donne des relâches et des interval-