L^ACTION SOCIALE CHRETIENNE
maine comme les plus efficaces seroQt peu aptes à produire de salutaires résultats.
(( Quant à l'Eglise, son action ne fera jamais défaut en aucune manière et sera d'autant plus féconde qu'elle aura pu se développer avec plus de liberté (i). »
III. L'action sociale chrétienne. — i. Attitude des catholiques. En face des menées des socialistes et sous l'impulsion des directions pontificales, les catholiques sont entrés en jeu, dans le but de barrer le passage au socialisme menaçant et d'apporter, dans la question sociale, l'action salutaire de l'Evangile. Et c'est ainsi qu'il a été parlé de socialisme chrétien, titre assez équivoque et bientôt tombé en désuétude pour céder la place à celui d'action chrétienne populaire, ou de démocratie chrétienne, ou de chrétiens sociaux. Le titre de chrétiens sociaux n'a guère soulevé de difficultés ; mais il n'en a pas été de même de celui de démocratie chrétienne. Ce n'est pas cependant que l'on pût ignorer ce qu'il fallait entendre par là. Léon XIII s'en était déjà expliqué, le 8 octobre 1898, dans la réponse qu'il fit à l'adresse de M. Harmel (2). Mais, dans Tardeur de la lutte, il y eut des écarts de langage et des excès de plume ; l'expression de démocratie chrétienne parut à plusieurs revêtir un sens équivoque et dangereux.
I. Encyclique Reram novaruiriy 16 mai 1891. — 2. « Si la démocratie s'inspire aux enseignements de la raison éclairée par la foi ; si, se tenant en garde contre de fallacieuses et subversives théories, elle accepte avec une religieuse {résignation et comme un fait nécessaire la diversité des classes et des conditions; si, dans la recherche des solutions possibles aux multiples problèmes sociaux, qui surgissent journellement, elle ne perd pas un instant de vue les règles de cette :harité surhumaine que Jésus-Christ déclare être la note :aractcristique des siens ; si, en un mot, la démocratie veut Hre chrétienne, elle donnera à votre patrie un avenir de paix, ie prospérité, de bonheur. »
/i42 LE CATÉCHISME ROMAIN
Beaucoup d'honnêtes gens, remarquait Léon XIII, « se défient de cette dénomination pour plus d'un motif. Ils craignent que ce mot ne déguise mal le gouvernement populaire ou ne marque en sa faveur une préférence sur les autres formes de gouvernement. Ils craignent que la vertu de la religion chrétienne ne semble comme restreinte aux intérêts du peuple, les autres classes de la société étant, en quelque sorte, laissées de côté. Ils craignent enfin que, sous ce nom trompeur, ne se cache quelque dessein de décrier toute espèce de pouvoir légitime, soit civil, soit sacré (i). « De là des discussions sans nombre et parfois fort vives, qui déterminèrent le pape à intervenir pour faire cesser toute controverse fâcheuse et autoriser l'emploi d'une telle expression, à la condition de la bien entendre.
2. Ce qu'il faut entendre par démocratie chrétienne. Par opposition à la démocratie sociale, qui ne se préoccupe que d'intérêts matériels et place le bonheur de l'homme dans la poursuite et la jouissance de ces biens, en préconisant la substitution de la propriété collective à la propriété privée, a la démocratie chrétienne, par le seul fait qu'elle se dit chrétienne, doit s'appuyer sur les principes de la foi divine comme sur sa propre base. Elle doit pourvoir aux intérêts des petits, sans cesser de conduire à la perfection qui leur convient les âmes créées pour les biens éternels. Pour elle, il ne doit y avoir rien de plus sacré que la justice ; il lui faut garder à l'abri de toute atteinte le droit de propriété et de possession, maintenir la distinction des classes qui, sans contredit, est le propre d'un Etat bien constitué ; enfin, il faut qu'elle accepte de donner à la communauté humaine une forme et un caractère