I. Voir la note à la fin de cette leçon
ves chrétiens ont appris à se respecter eux-naêmes. L'Eglise a fait pour eux des choses surprenantes qui ont jeté la stupeur dans le monde antique et que l'accoutumance peut seule nous empêcher d'admirer. Elle a relevé les esclaves en les appelant par le baptême au rang d'enfants de Dieu ; par le sacrement de mariage, au rang d'époux et de pères ; par l'ordination, à la dignité de pontifes ; par la profession monastique, à l'honneur d'une vie consacrée. La foi enfin et l'amour de Jésus-Christ leur ont ouvert les rangs de l'armée des martyrs. .. Voilà ce qu'a fait pour l'émancipation des hommes une religion persécutée.
« Comment cette même religion, à l'heure de son triomphe, n'aurait-elle pas achevé ce grand ouvrage ? Elle l'a achevé, quoi qu'on dise. Elle a préconisé la liberté dans ses lois canoniques, poursuivi l'esclavage dans les derniers refuges que lui ofiraient les lois impériales, conseillé l'affranchissement aux maîtres laïques, pratiqué l'affranchissement par le ministère de ses clercs, rendu la servitude incompatible avec la profession sacerdotale ou religieuse. Au vi° siècle, il ne restait presque plus rien de l'esclavage dans les pays de civilisation chrétienne. Si le fléau a fait à travers l'histoire plus d'un retour offensif, il en faut accuser, au moyen âge, l'invasion musulmane ; à partir de la Renaissance, l'affaiblissement des mœurs chrétiennes et le débordement de cupidité qui a suivi la découverte de l'Amérique. Mais qu'est-ce que tout cela ? L'islamisme, c'est l'implacable ennemi du nom chrétien. L'esclavage américain, c'est le triomphe momentané de l'esprit païen sur l'Evangile. Le christianisme, il n'est pas représenté par les inventeurs de la traite ni par les exploiteurs de cet odieux trafic ; il se personnifie dans Las Casas, l'avocat, le défenseur passionné des esclaves ; dans Pierre Glaver, le serviteur, l'ami des noirs ; de nos jours, dans Libermann et ses missionnaires du Saint-Esprit, dans le cardinal Lavigerie et ses Pères Blancs, comme il s'était incarné autrefois dans Pierre Nolasque et les religieux de la Merci, dans Jean de Matha et les Religieux Trinitaires, dans ces légions d'apôtres rédempteurs des captifs qui