‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 202 sur 312 · ACTION DE L*ÉGL1SË CONTRE L*ÈSCLAVAGE · texte numérisé non relu

ACTION DE L*ÉGL1SË CONTRE L*ÈSCLAVAGE

ajoutaient aux trois vœux monastiques le vœu de se vendre eux-mênies, à défaut d'autre rançon, pour affranchir les chrétiens esclaves en Barbarie. » D'Hulst, Conf. de N.-D., Carême de 1894, Paris, 1906, p. 180 sq.

2. Objection et réponse. — « Consultez, dit-on, l'Ancien Testament^ il consacre l'esclavage. Ouvrez l'Evangile : il ne dit rien. Lisez les écrits des Apôtres : ils recommandent aux esclaves la patience, bien loin de leur promettre la liberté. Les conciles, les pères, les papes, les théologiens modernes tiennent le même langage. Consultez l'histoire : l'esclavage se maintient après le christianisme ; détruit, il renaît ; et en définitive il a été si peu aboli qu'il dure encore. Ainsi, contre l'esclavage, le christianisme n'a rien dit, le christianisme n'a rien fait. » (i Certes, l'objection est vigoureusement présentée. La réfutation n'en sera que plus décisive. Avant d'étudier le rôle du christianisme à l'égard de l'esclavage, il faut d'abord montrer ce qu'était l'esclavage avant le christianisme : restreint, atténué, humanisé chez les Israélites ; I odieux, intolérable, anti-humain chez les nations païennes les plus civilisées. Et maintenant qu'a fait le Christ ? Dans l'Evangile il n'a pas condamné l'esclavage. Non, mais il a déposé dans sa doctrine et dans sa morale le germe qui, en se développant au sein des sociétés chrétiennes, devait tuer l'esclavage. Les Apôtres n'ont pas prêché la révolte aux esclaves ; ils ont fait mieux : ils ont développé parallèlement chez le maître chrétien le respect de son esclave et chez celui-ci le respect de lui-même ; ils ont créé un état d'esprit qui préparait et rendait inévitable l'extinction de la servitude. Ce que les Apôtres avaient commencé, l'Eglise l'a continué dans le même esprit et par les mêmes procédés. (Voir dans la leçon les extraits delà lettre In phirimis, de Léon Xlll). Mais l'eslavage, miné, puis détruit par le christianisme, a fait élans l'histoire deux retours offensifs : l'un sous l'étendard (le rislam, et celui-là ne saurait être imputé à l'Eglise ; l'autre sous pavillon chrétien, c'est l'esclavage américain. Mais 11 n'est pas difficile de montrer • 1° que les initiaieurs de la traite des noirs n'ont obéi qu'à la cupidité, et

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nullement à une inspiration chrétienne ; 2° que d'illustres représentants de l'Eglise ont usé leur vie à combattre cet abus, en même temps que les Papes élevaient la voix, de siècle en siècle, pour condamner l'esclavage, défendre la traite et le commerce des noirs ; 3° que les puissances séculières, à mesure qu'elles se sont davantage affranchies de l'influence ecclésiastique, ont pl^s ouvertement favorisé l'esclavage dans leurs colonies américaines ; que les philosophes et les publicistes du xvin^ siècle ont pris fort gaiement leur parti de cette monstruosité ; enfin qu'il faut descendre jusqu'à la fin du siècle dernier et aux premières années du nôtre (le xix") pour voir s'élever partout le souffle généreux qui devait à la longue emporter une institution barbare, tristement relevée par les païens modernes au sein d'une société que le christianisme avait autrefois purgée de cette honte. )) D'Hulst, loc. cit. y p, 441-447.

3. L'action catholique. — L'action catholique et la mission de l'Eglise. « Immense est le champ de l'action catholique ; par elle-même, elle n'exclut absolument rien de ce qui, d'une manière quelconque, directement ou indirectement, appartient à la mission divine de l'Eglise. On reconnaît sans peine la nécessité de concourir individuellement à une œuvre si importante pour la sanctification de nos âmes, mais encore pour répandre et toujours mieux développer le règne de Dieu dans les individus, les familles et la société, chacun procurant selon ses propres forces le bien du prochain, par la diffusion de la vérité révélée, l'exercice des vertus chrétiennes et les œuvres de charité ou de miséricorde spirituelle et corporelle...

« Outre ces biens, il en est un grand nombre de l'ordre naturel qui, sans être directement l'objet de la mission de l'Eglise, en découlent cependant comme une de ses conséquences naturelles. La lumière de la révélation catholique est telle qu'elle se répand très vive sur toute science ; si grande est la force des maximes évangéliques que les préceptes de la loi naturelle y trouvent un fondement plus sûr et une plus puissante vigueur ; telle esl enfin l'efficacité de la vérité et de la morale enseignées

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par Jésus-Christ, que même le bien être matériel des individus, de la famille et de la société humaine en reçoit providentiellement soutien et protection. »

L'Eglise, inspiratrice, promotrice et protectrice de la civilisation. « L'Eglise, tout en prêchant Jésus crucifié, scandale et folie pour le monde, est devenue la première I inspiratrice et la promotrice de la civilisation. Elle l'a 1 répandue partout où ont prêché ses apôtres, conservant et I. perfectionnant les bons éléments des antiques civilisa- I tiens païennes, arrachant à la barbarie et élevant jusqu'à Urne forme de société civilisée les peuples nouveaux qui se ; réfugiaient dans son sein maternel, et donnante la société entière, peu à peu sans doute, mais d'une marche jsùre et toujours progressive, cette empreinte si caractétristique qu'encore aujourd'hui elle conserve partout. La '.civilisation du monde est une civilisation chrétienne ; elle iest d'autant plus vraie, plus durable, plus féconde en jfruits précieux, qu'elle est plus nettement chrétienne; d'autant plus décadente, pour le grand malheur de la société, qu'elle se soustrait davantage à l'idée chrétienne. Aussi, par la force intrinsèque des choses, l'Eglise devient- !elle encore en fait la gardienne et la protectrice de la livilisation chrétienne... «

L'appui des catholiques, a Yous voyez bien quel appui ij)portent à l'Eglise ces troupes choisies de catholiques [ui se proposent précisément de réunir ensemble toutes leurs forces vives dans le but de combattre par tous les moyens la civilisation antichrétienne ; réparer par tous les moyens les désordres si graves qui en dérivent ; replacer Jésus-Christ dans la famille, dans l'école, dans la société ; rétablir le principe de l'autorité humaine comme représentant celle de Dieu ; prendre souverainement à :œur les intérêts du peuple et particulièrement ceux de a classe ouvrière et agricole, non seulement en inculluant au cœur de tous le principe religieux, seule source ^raie de consolation dans les angoisses de la vie, mais en 5'eflbrrantde sécher leurs larmes, d'adoucir leurs peines, Vamcliorer leur condition écononomique par de sages

uesures ; s'employer, par conséquent, à rendre les lois

publiques conformes à la justice, à corriger ou supprimer celles qui ne le sont pas ; défendre enfin et soutenir avec un esprit vraiment catholique les droits de Dieu en toutes choses et les droits non moins sacrés de l'Eglise. »

Conditions de l'action catholique. «C'est seulement quand nous aurons formé Jésus-Christ en nous que nous pourrons plus facilement le rendre aux familles, à la société. Tous ceux donc qui sont appelés à diriger ou qui se consacrent à promouvoir le mouvement catholique, doivent être des catholiques à toute épreuve, convaincus de leur foi, solidement instruits des choses de la religion, sincèrement soumis à l'Eglise et en particulier à cette suprême Chaire apostolique et au Vicaire de Jésus-Christ sur la terre; ils doivent être des hommes d'une piété véritable, de mâles vertus, de mœurs pures et d'une vie tellement sans tache qu'ils servent à tous d'exemple efficace. Si l'esprit n'est pas ainsi réglé, il sera non seulement difficile de promouvoir les autres au bien, mais presque impossible d'agir avec une intention droite, et les forces manqueront pour supporter avec persévérance les ennuis qu'entraîne avec lui tout apostolat, les calomnies des adversaires, la froideur et le peu de concours des hommes de bien eux-mêmes, parfois enfin les jalousies des amis et des compagnons d'armes... »

Sous la direction de l'Eglise. « Même les œuvres qui sont principalement fondées pour restaurer et promouvoir dans le Christ la vraie civilisation chrétienne, et qui constituent l'action catholique, ne peuvent nullement se concevoir indépendantes du conseil et de la haute direction de l'autorité ecclésiastique, d'autant plus d'ailleurs qu'elles doivent toutes se conformer aux principes de la doctrine et de la morale chrétiennes, il est bien moins possible encore de les concevoir en opposition plus ou moins ouverte avec cette même autorité. 11 est certain que de telles œuvres, étant donné leur nature, doivent se mouvoir avec la liberté qui leur convient raisonnablement, puisque c'est sur elles-mêmes que retombe la responsabilité de leur action, surtout dans les affaires temporelles et économiques ainsi que dans celles de la vie

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publique, administrative ou politique, toutes choses étrangères au ministère purement spirituel. Mais puisque les catholiques portent toujours la bannière du Christ, par cela même ils portent la bannière de l'Eglise ; et il est donc raisonnable qu'ils la reçoivent des mains de l'Eglise, que l'Eglise veille à ce que l'honneur en soit toujours sans tache, et qu'à l'action de cette vigilance maternelle les catholiques se soumettent en fils dociles et affectueux (i). » Encyclique (c II fermo proposito » de Pie X aux évêques d'Italie, lijuin igoô.

I . Pie X, en terminant cette encyclique // fermo proposito, signale le péril sérieux auquel la condition des temps expose aujourd'hui le clergé, u c'est de donner une excessive importance aux intérêts matériels du peuple en négligeant les intérêts bien plus graves de son ministère sacré. » Le prêtre, dit-il, ne doit prendre part aux diverses associations « qu'après mûre réflexion, d'accord avec son évoque, et dans les cas seulement où sa collaboration est à l'abri de tout danger 'l d'une évidente utilité* »

Leçon XIIF

Quatrième Commandement

I. V Eglise et les fidèles. — II. L'Etat et let citoyens, — III. U Eglise et l'Etat.

APRÈS les droits et les devoirs réciproques des pères et des .enfants, qui naissent des liens du sang, et ceux des patrons et ouvriers, qu résultent du travail, il faut encore traiter des droits et des devoirs qui existent, dans l'Eglise, entre les membres de la hiérarchie ecclésiastique et les fi dèles, et, dans l'Etat, entre gouvernants et gouver nés (i). L'homme, en effet, appartient par sa nais

I. BIBLIOGRAPHIE : D'Hulst, Conférences de A^.-Z)., Carêm( de 1895, Paris, 1908 ; Léon XIII, Encyclique Diaturnuni, 29 juir 1881, sur l'origine du pouvoir civil \ Encyclique Immor taie Dei 1"' novembre i885, sur la constitulion chrétienne des Etats ; En cyclique Quod multum, 22 août 1886, aux évêques de Hongrie Encyclique Sapientiœ chrislianœ, 10 janvier 1890, des princi paux devoirs civiques des chrétiens ; Encyclique Au milieu de. sollicitudes, 16 février 1892, au clergé de France; Lettre apos tolique Prœclara gratulalionis, 20 juin 1894, aux peuples e aux princes de l'univers ; Pie X, Encyclique Vehementer, n février 1906, au clergé et aux fidèles de France ; Mlocutior Gravissimum officii, prononcée au Consistoire du 21 févriei 1906 ; Encyclique Gravissimo officii, 10 août 1906, au clergé d£ France ; Lettre à la France « Vne fois encore, » 6 janvier 1907

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sance à telle ou telle patrie, à tel ou tel Etat socialement organisé ; s'il est catholique, il fait partie en outre d'une société universelle, d'ordre spirituel, qui est l'Eglise romaine ; et il se trouve ainsi sous la dépendance d'une double autorité, l'une civile, l'autre religieuse, dont il doit respecter les lois et les chefs, sans qu'il puisse jamais y avoir conflit, dans sa conscience, entre ses devoirs de citoyen et ses devoirs de chrétien. Mais cela suppose que les deux pouvoirs dont il dépend, loin de s'opposer l'un à l'autre, s'harmonisent et se complètent mutuellement. Avant d'aborder la question délicate des rapports de l'Eglise et de l'Etat, disons un mot des droits de l'Eglise et des devoirs des fidèles, des droits de l'Etat et des devoirs des citoyens.

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