I. L'Eglise et les fidèles
I. Droits de l'Eglise. — Ces droits, l'Eglise les tient de Dieu, de sa constitution et de sa mission divine à travers le temps et l'espace jusqu'à la fin des siècles (i). Elle a le droit d'exister, d'être indépendante et libre dans l'accomplissement de son mandat, d'aller partout sans entraves porter la parole du salut, d'enseigner la doctrine chrétienne, de grouper et de gouverner les âmes touchant la foi et les mœurs, de diriger les esprits et de les conseiller dans toutes les conjonctures difficiles. Pour exercer, ces droits, elle a sa hiérarchie divinement constituée, le pape, les évêques et le clergé ; elle possède l'assistance du Saint-Esprit et la promesse formelle
I. Voir t. II, p. fi6c) sq., tout ce qui a trait à la fondation, à l'organisation et aux prérogatives de l'Eglise. Nous ne faisons ici que rappeler les principes pour justifier les devoirs qui incombent aux fidèles, et sans entrer dans les détails.
d'avoir toujours avec elle le Christ Jésus. Voici comment Léoti Xni a rappelé tous ces principes.
1. Mission de salut perpétuelle et universelle. — « Le Fils unique de Dieii a établi sur là terre une société qu'on appelle l'Eglise, et il l'a chargée de continuer à travers tous les âges la mission sublime et divine que lui-même avait reçue de son Père. « Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie (i). » « Voici que je suis avec vous tous lesjoursjusquà la fin du monde {"2). » De même donc que Jésus-Christ est venu sur la terre afin que lès hommes eussent la vie et l'eUsfeent pltts abondamment (3), ainsi l'Eglise se f)ropose comme fin le salut éternel des âmes ; et, dans ce but, telle est sa constitution qu'elle embrasse dans son extension l'humanité tout entière et n'est circonscrite par aucune limite, ni de temps, ni de lieu : (( Prêchez V Evangile à toute créature {(i). »
2. Avec des chefs autorisés. « A cette immense multitude d'hommes. Dieu lui-même a donné des chefs avec le pouvoir de les gouverner. A leur tête, il en a préposé un seul, dont il a voulu faire le plus grand et le plus sûr maître de la vérité, et à qui il a confié les clefs du royaume des cieux : « Je te donnerai les clejs du royaume des deux (5) ; » « Pais mes agneaux, pais mes brebis (6) ; » « j'ai prié pouf" toi afin que ta foi ne défaille point (7). »
1. Joan., XX, 21. ■ — 2. Matth.y xxvni, 20. — 3. Joan., x, 10.
— 4. Mûre, XVI, i5. — b.Matlh,, xvi, 19» — Q.Joari.t xxi, 16-17.
— 7. Luc, XXII, 82 ; Encyclique Immortale Dei, v^ novembre i885. Dans sa lettre Jam pridem, du 6 janvier 1886, aux évêqiiés de Prusse, Léon XIII dit encore: « II appartient â l*EgIise seule de régler ce qui a rapport à sa vie intime, dont Notre Seigneur Jésus-Christ, le léparateur de notre salut» 5 déterrtiiné la nature. Cette puissance libre et indépendante, le Christ a ordonné qu'elle appartienne à Pierre seul et à ses successeurs, et, sous l'autorité et le magistère de Pierre, aux évêques dans leurs Eglises respectives. Dans ce pouvoir des évêques est comprise naturellement et principalement la discipline du clergé, et pour ce qui concerne le ministère sacre et pour ce qui regarde la conduite des prêtres, car les prêtres sont attachés à l'évêque comme les cordes d'une lyre (S. Igndice, Epist, ai Ephes.^ny). »
DROITS DE l'église ^^J
3. Sociélé parfaite et distincte. « Bien que composée d'hommes comme la société civile, cette société de l'Eglise, soit pour la fin qui lui est assignée, soit pour les moyens qui lui servent à l'atteindre, est surnaturelle et spirituelle : elle se distingue donc et diffère de la société civile. En outre, et ceci est de la plus grande importance, elle constitue une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l'expresse volonté et par la grâce de son Fondateur, elle possède en soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action. ))
4. Elle ne peut pas être assujettie au pouvoir civil. « Comme la fin à laquelle tend l'Eglise est de beaucoup la plus noble de toutes, de même son pouvoir l'emporte sur tous les autres et ne peut en aucune façon être inférieur, ni assujetti au pouvoir civiL En effet, Jésus-Christ a donné plein pouvoir à ses Apôtres dans la sphète dés choses sacrées, en y joignant tant la faculté de faire de véritables lois que le double pouvoir, qui en découle, de juger et de punir. « Toute puissance m'a été donnée dans te ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations..., leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé (i); » et ailleurs : « S'il ne les écoute pas, dis-le à lEglise (2) ; » « Nous sommes prêts aussi à punir toute désobéissance (3) ; )) « Afin de ne pas avoir à user de sévérité, selon le pouvoir que le Seigneur nous a donné pour éd{fier, et non pour détruire (4). >> C'est donc à l'Eglise, non à l'Etat, qu'il appartient de guider les hommes vers leà choses célestes, et c'est à elle que Dieu a donné le
[mandat de connaître et de décider de tout ce qui touche à la religion ; d'enseigner toutes les nations ; d'étendre auàsi loin que possible les frontières du nom chrétien ; bref, d'administrer librement et tout à sa guise les intérêts chrétiens (5). »
i.Matth.,\x\iu, 18-20. — 2.Matth.,x\iu, 17. — S. II Cor., x, 6. — i- II Cor. ,xni, 10. — 5. Encyclique /mmor/a/e Z)ei.« L'Eglise, dit ^Igr D'Hulst, ConJ. de ^\-D., Carême de 1 895, Paris, 1908, p. 11 4, l'est pas dans l'Etat. Matériellement, elle déborde ses frontières. VIoralement, elle poursuit une fm différente^ règlç des intérêts
5. Elle est indépendante et libre, « Parce que l'Eglise est une société parfaite, elle est douée d'un principe de vie qui ne lui vient pas du dehors, mais qui a été déposé en elle par le même acte de volonté qui lui donnait sa nature. Pour la même raison elle est investie du pouvoir de faire des lois et, dans l'exercice de ce pouvoir, il est juste qu'elle soit libre, comme cela est juste pour tout ce qui peut, à quelque titre, relever de son autorité (i). »
6. Respectueuse dupouvoir civil, a Cette liberté, toutefois, n'est pas de nature à susciter des rivalités et de l'antagonisme; car l'Eglise ne brigue pas la puissance, n'obéit à aucune ambition (2). Mais ce qu'elle veut, ce qu'elle
dont le prince ne peut connaître et qui échappent à son pouvoir. Son existence est antérieure à celle de tous les Etats contemporains. Elle n'a reçu d'aucun d'eux, ni d'aucun de ceux qui les ont précédés dans l'histoire, sa constitution, sa hiérarchie, sa mission. Elle forme une société complète, munie par son divin auteur de tous les organes nécessaires à la vie. Respecter son indépendance, ce n'est donc pas faire une concession gracieuse, c'est reconnaître un fait et un droit ; ce n'est pas davantage faire une concession périlleuse, car l'Etat n'a rien à perdre au libre exercice de la juridiction spirituelle. » Il n'a qu'à y gagner.
T. Lettre apostolique Praec^ara g ratulationis, 20 iuin 1894. — 2. C'est là le grand grief contre l'Eglise : on l'accuse toujours de visées politiques et de tendances usurpatrices ; et les modernistes s'en sont fait lecho. M. Loisy écrivait, en efTet, dans Autour d'un petit livre, 2« édit., Paris, 1908, p. 184 : « La défiance, réfléchie chez quelques-uns, instinctive chez le plus grand nombre, que les hommes de notre temps et de notre pays nourrissent à Légard de l'Eglise, vient précisément de ce que l'individu, la famille et l'Etat modernes entendent bien sauvegarder leur autonomie ; ils craignent de se faire les clients du sacerdotalisme, les serviteurs d'une théocratie qui les dominerait à son profit. Ce sentiment est si profond chezl eux qu'il en est indéracinable. Il tend à préserver la dignité, la responsabilité personnelle de l'individu, la dignité, l'auguste intimité de la société domestique, la dignité, l'indépendance nécessaire de la société politique... Le temps est venu où l'Eglise, ayant fait tout le possible pour garantir son autorité, j devra songer à garantir aussi efficacement le droit du simple