‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 205 sur 312 · Lettre apost. Praeclara gratvilalionis · texte numérisé non relu

Lettre apost. Praeclara gratvilalionis

46o LE CATJEGHISME ROMAIN

doivent donc tenir pour condamné ce que l'Eglise condamne et pour vrai ce qu'elle affirme ; c'est ce qu'exige logiquement la véritable discipline de l'es* prit chrétien.

2. Devoir d'obéir aux commandements de V Eglise. Ceux-ci, comme nous le verrons, ont pour but d'assurer lé plein accomplissement de certains préceptes du décalogue, la pratique de la mortification et des sacrements de pénitence et d'eucharistie. Or, l'Eglise a pleine autorité pour promouvoir ainsi la vie chrétienne, pour travailler à la sanctification et au salut des âmes. Quand elle impose quelques obligations aux fidèles, c'est toujours dans leur intérêt ; elle agit comme' une mère attentive, dont l'unique souci est de procurer la gloire de Dieu. Un fils soumis, comme doit l'être tout catholique, n'a donc qu'a exécuter fidèlement tous ses ordres.

3. Devoir d'obéir aux directions pontificales, d'être uni auxévêques, dans tout ce qui regarde la conduite de la vie publique au milieu des difficultés des temps présents. C'est là un point trop oublié de nos jours, et Tune des causes du peu d'union des catholiques entre eux, de leur faiblesse en face des attaques dont ils ne cessent d'être l'objet et la victime. Et c'est aussi l'une des recommandations sur lesquelles le pape Pie X insiste avec tant de raison ; car on ne comprend pas comment des membres d'une même famille, qui ne devraient former qu'un cœur et qu'une âme à la manière des chrétiens dé la primitive Eglise, se laissent aller, sur des points importants, à tant de divergences d'opinions, quand les intérêts primordiaux de la foi et de la relîgiorl Sont en jeu. Un tel désarroi se manifeste surtout dans la question politique. Or, c'est justement l'erreur des modernistes (i) de prétendre que tout

ï. Voir t. III, p. xxVii, le passage de l'Encyclique Pascendi,

DEVOIRS DES FIDÈLES ENVERS l'ÉGLISE 46i

catholique, parce qu'il est en même temps citoyen, a le droit et le devoir, sans se préoccuper de l'autorité de l'Eglise, sans tenir compte de ses désirs, de ses conseils, de ses commandements, au mépris même de ses réprimandes, de poursuivre le bien public en la manière qu'il estime la meilleure. Les modernistes vont plus loin ; car ils prétendent que tracer au citoyen une ligne de conduite, sous un prétexte quelconque, est un abus de la puissance ecclésiastique, contre lequel c'est un devoir de réagir de toutes ses forces. Rien n'est plus contraire à l'esprit de filiale soumission, qui doit être celui de tout fidèle ; et rien, aujourd'hui, n'est plus nécessaire que l'union étroite entre les fidèles, les évêques et le pape, en tout et pour tout, afin d'assurer l'unité de direction et d'action. L'obéissance seule peut donner le succès, mais à la condition d'être universelle dans son extension, sans distinguer entre les ordres et les conseils ou les directions, à la condition aussi d'être totale dans la soumission, en y appliquant tout son esprit et toute sa bonne volonté (i).

4. Devoir de respect, de dévouement et d'amour envers les représentants de l'autorité divine, car ils sont nos pères dans la foi, nos guides et nos soutiens dans la vie surnaturelle. L'Eglise, a-t-on dit, est la grande école du respect, elle est aussi celle du

I Saint Ignace, l'illustre évoque d'Antioche, le glorieux martyr de Home, écrivait aux Ephésiens : « Empressez-vous d'obéir à l'évèque. Unis et ajoutés à lui, vos prêtres illustres et vraiment dignes de Dieu sont comme des cordes attachées à une lyre.... Entrez tous dans cette harmonie, afin que, reliés et accordés dans cette unité qui est la musique de Dieu, vous n'ayez tous qu'une voix pour chanter au Père céleste l'hymne dont Jésus est le coryphée. Le Père vous entendra, et, vous jugeant sur vos bonnes œuvres, vous reconnaîtra pour les vrais membres de son lils. » Epil, ad, Ephes., IV.

dévouement et de l'amour. Les vrais fidèles ne se contentent pas de vénérer dans leurs chefs les ministres de Jésus-Christ, ils les entourent d'un vif Sentiment d'affection et leur consacrent toutes les ressources de leur charité. Ils doivent surtout prier pour leurs évêques, dont les charges deviennent de plus en plus accablantes, pour le pape régnant, dont le fardeau est si lourd et dont la mission rencontre tant de difficultés. Ils doivent enfin aimer leur mère, la sainte Eglise, de tout leur esprit, en la croyant en toutes choses ; de toute leur volonté, en lui obéissant toujours ; de tout leur cœur, en sentant avec elle et comme elle ; de toutes leurs forces, en la servant généreusement et en coopérant sans réserve à son action bienfaisante.

IL L'Etat et les citoyens

1. Importance du sujet — i. Question qui se pose. Que l'Etat ait des droits et des devoirs à l'égard de ses subordonnés, que les citoyens aient semblablement des droits et des devoirs vis-àvis de l'Etat, c'est ce que nul être raisonnable ne saurait contester. Mais la question est de savoir quels sont ces droits et ces devoirs de l'Etat et des citoyens. Or, la réponse à cette question dépend de l'idée qu'on se fait de l'origine, de la nature et de la fonction du pouvoir civil. Et c'est justement cette idée qui se trouve faussée dans la plupart des esprits contemporains.

2. L'erreur moderne, certainement l'une des plus funestes comme aussi des plus répandues aujourd'hui, c'est celle de l'autonomie souveraine etexclusive de l'Etat dans le gouvernement des peuples : l'Etat serait le maître absolu des citoyens. Une con-

Page 1