ERREUR SUR L*OMNIPOTENCE DE L^ETAT
ception aussi monstrueuse date de loin ; elle descend en droite ligne du paganisme lui-même. Après avoir été éliminée par l'enseignement et Finfluence de l'Eglise au moyen âge, elle a reparu dès la fin du xm" siècle ; elle s'est propagée peu à peu et s'est affirmée de plus en plus sous l'action des principes dissolvants de la Réforme, du gallicanisme et de la philosophie du x\m'' siècle ; elle s'est traduite un fait parla Révolution. Et depuis lors elle passe pour Tune des plus glorieuses conquêtes de l'esprit moderne, et elle est déclarée intangible à l'égal d'un dogme religieux. Un libéralisme mal entendu, animé sans doute d'excellentes intentions, mais fort peu clairvoyant et très imprudent, s'est trop facilement prêté à son jeu décevant. Et finalement elle a abouti à la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
3. L'Eglise n'a pas cessé de la dénoncer, car elle savait bien son faux point de départ et prévoyait sans peine ses résultats désastreux pour l'Etat luimême.
« A défaut d'une destruction fatale de l'autorité publique dans les Etats, destruction qui eût été impossible, on s'est appliqué par tous les moyens à en énerver la vigueur, à en amoindrir la majesté. C'est ce qui s'est fait surtout au xvi*^ siècle, alors que tant d'esprits se laissèrent égarer par un funeste courant d'idées nouvelles. Depuis lors, on vit la multitude, non seulement revendiquer une part excessive de liberté, mais entreprendre de donner à la société humaine, avec des origines fictives, une base et une constitution arbitraires. Aujourd'hui, on va plus loin: bon nombre de nos contemporains, marchant sur la trace (le ceux qui, au siècle dernier (le xvni^), se sont décerné le titre de philosophes, prétendent que tout pouvoir vient du peuple ; que, par suite, l'autorité n'appartient pas en propre à ceux qui l'exercent, mais à titre de mandat populaire, et sous cette réserve que la volonté du peuple
peut toujours retirer à ses mandataires la puissance qu'elle leur a déléguée (i). »
A ce faux dogme l'Eglise a toujours opposé l'enseignement qu'elle tient de Dieu, en rappelant aux pouvoirs humains, en même temps que leur origine et leur nature, leurs droits et leurs devoirs, c'est-à-dire les principes essentiels et imprescripti- 1 blés de la morale, qui doit régler les relations entré l'Etat et les citoyens. Et, certes, ce n'est pas un spectacle peu ordinaire que celui que donne aujourd'hui l'Eglise abandonnée et persécutée, en soutenant, au milieu du désarroi des intelligences et des volontés, d'une part le principe de l'autorité légitime qui réside dans les gouvernants, et, d'autre part, la nécessaire sujétion des citoyens à la condition que l'Etat respecte les droits qu'ils tiennent de leur nature et de leur élévation à l'ordre surnaturel. L'Eglise n'a pas que les paroles de la vie éternelle. « OEuvre immortelle du Dieu de miséricorde, bien qu'en soi et de sa nature elle ait pour but le salut des âmes et la félicité éternelle, elle est cependant, dans la sphère même des choses humaines, la source de tant et de tels avantages, qu'elle n'en pourrait procurer de plus nombreux et de plus grands, lors même qu'elle eût été fondée surtout et directement en vue d'assurer la félicité de cette vie (2). » Aussi, tôt ou tard, au lendemain peut-être de quelque cataclysme épouvantable, faudra-t-il en revenir à l'enseignement autorisé de l'Eglise, si les gouvernements et les peuples tiennent à sorlir de l'anarchie funeste pour rentrer dans l'ordre réparateur et dans la paix féconde,
IL Origine du pouvoir. — Quoi qu'en ait pré-
I. Léon XIIl, Encyc. Diuiurnum, 29 juin 1881, — 3. Encyci. tmmortale Dei, !•' novembre i885.