‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 211 sur 312 · I. Sap., VI, 7 ; EncycL Immortale Dei · texte numérisé non relu

I. Sap., VI, 7 ; EncycL Immortale Dei

me donc la société civile a été établie pour l'utilité de tous, elle doit, en favorisant la prospérité publique, pourvoir au bien des citoyens de façon non seulement à ne mettre aucun obstacle, mais à assurer toutes les facilités possibles à la poursuite et à l'acquisition de ce bien suprême et immuable auquel ils aspirent eux-mêmes. La première de toutes consiste à faire respecter la sainte et inviolable observance de la religion, dont les devoirs unissent l'homme à Dieu (i). »

3. Le pouvoir de commander a pour conséquence, chez les sujets, le devoir d'obéir. « Si, en effet, l'autorité de ceux qui gouvernent est une dérivation du pouvoir de Dieu même, aussitôt et par là même elle acquiert une dignité plus qu'humaine. Ce n'est pas, sans doute, celte grandeur faite d'absurdité et d'impiété que rêvaient les empereurs païens quand ils revendiquaient pour eux-

I. Encycl. Inimorlale Dei. Antérieurement à toute Révélation, l'Etat a un devoir naturel de religion à remplir. Sabstenir de toute manifestation publique du culte, sous prétexte de ne froisser aucune susceptibilité, et simplement à cause d'une infime minorité, est de sa part une lâcheté et une faute. C'est là pourtant ce qui se voit en France aujourd'hui. « 11 n'appartient pas, observe Mgr d'HuIst, Conf. de N, D. Carême de 1890, Paris, 1908, p. 34o-34i, à un nombre plus ou moins grand d'esprits faussés de changer les bases essentielles de la vie humaine. Les athées (s'il en existe) se placent en dehors des conditions nécessaires de l'existence sociale. Ce serait accorder à leur aveuglement, volontaire ou non, un privilège excessif que de suspendre en leur faveur les effets d'une' obligation fondamentale, antérieure à toute organisation • politique... Si, en France, le gouvernement recule aujourd'hui devant l'accomplissement collectif du devoir religieux, c'est que la secte des ennemis de Dieu a réussi à s'emparer des avenues du pouvoir. On voit ainsi une grande nation condamnée à l'athéisme officiel par les guides malfaisants] qu'elle s'est donnés. Ceux-ci invoquent, pour excuser ou glo-j rifier leurs défaillances, le respect qui les anime envers lai liberté des consciences ; mais ce n'est là qu'un prétexte. En; fait, ils imposent au grand nombre l'impiété de quelques i uns, ce qui est plus contraire à la liberté que de maintenir contre quelques uns un principe nécessaire à tous. »

DEVOIRS r>ES CITOYENS tx'^i

mêmes les honneurs divifis,niais une grandeur vraie, solide, et communiquée à l'homme à titre de don et de libéralité céleste. Dès lors les sujets devront obéir aux princes comme à Dieu même, moins par la crainte du châtiment que par le respect de la majesté, non dans un sentiment de servilité, mais sous l'inspiration de la conscience. Et l'autorité, fixée à sa vraie place, s'en trouvera grandement affermie : car les citoyens, se sentant pressés par le devoir, devront nécessairement s'interdire l'indocilité et la révolte, persuadés, d'après les vrais principes, que résister au pouvoir de l'Etat, c'est s'opposer à la volonté divine, que refuser l'honneur aux souverains, c'est le refuser à Dieu (i). »

Tel est bien l'enseignement de saint Paul, que nous rappelions plus haut. Celui de saint Pierre n'est pas moins formel, quand il dit : « Soyez donc soumis à toute institation humaine àcause du Seigneur; soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs, comme délégués par lui pour faire justice des malfaiteurs et approuver les gens de bien. Car c'est la volonté de Dieu que, par voire bonne conduite, vous fermiez la bouche aux insensés qui vous méconnaissent (2). )) Et pourtant, lorsque saint Pierre et saint Paul formulaient des devoirs si précis, un monstre gouvernait l'empire romain, c'était Néron. Et Néron eut des successeurs qui, à dix reprises différentes dans l'espace de moins de trois cents ans, firent couler à flots le sang des chrétiens. Mais, quelle que fut l'indignité et la cruauté de ces persécuteurs, les chrétiens n'en prièrent pas moins pour eux ; ils se montrèrent d'un loyalisme à toute épreuve, tant que leur obéissance respectait les droits de la conscience et permettait de rendre à Dieu l'honneur qui hii est dû; et lorsqu'ils étaient mis en demeure de

I. Encyc\. Diaiarnam: cf. Encycl. Immoriale Dei. — a. I Petr.f u, i3-i5.

tE CATECHISME ROMAIN

trahir leurs devoirs religieux et de renoncer à la foi, ils préféraient la mort sanglante à l'apostasie (i).

A- Parfois, c'est la désobéissance aux lois qui est un devoir, quand ces lois sont injustes ou attentatoires au droit naturel ou divin. « Il n'existe qu'une seule raison valable de refuser l'obéissance, c'est le cas d'un précepte manifestement contraire au droit naturel ou divin ; car là où i] s'agirait d'enfreindre soit la loi naturelle, soit la volonté de Diea, le commandement et Texécution seraient également criminels. Si donc on se trouvait réduit à cette alternative de violer, ou les ordres de Dieu, ou ceux des gouvernants, il faudrait suivre le précepte de Jésus-Christ qui veut qu'on rende à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (2), et, à l'exemple des Apôtres, on devrait répondre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (3). » Et il ne serait pas juste d'accuser ceux qui agissent ainsi de méconnaître le devoir de la soumission ; car les princes

I. « Quand les empereurs, par leurs édits, ou les préteurs, par leurs menaces, voulaient contraindre les fidèles d'abjurer la foi chrétienne ou de trahir quelque autre devoir, alors» sans hésitation, ils aimaient mieux déplaire aux hommes qu'à Dieu. Et cependant, même en ces conjectures, bien loin de faire aucun acte séditieux ou injurieux pour la majesté impériale, ils ne revendiquaient qu'un seul droit : celui de se déclarer chrétiens et de repousser toute apostasie. Du reste, aucune pensée de résistance : tranquillement, joyeusement, ils allaient au devant des supplices, et la grandeur de leur courage l'emportait sur la grandeur des tourments. — Le même esprit dans le même temps fit admirer jusque sous les drapeaux la force des institutions chrétiennes. Le propre du soldat chrétien était d'allier la plus grande vaillance au respect le plus absolu de la discipline, de joindre à l'élévation des sentiments une inviolable fidélité envers le prince. Que s'il recevait un ordre immoral, comme de fouler aux pieds la * loi de Dieu ou de tourner son épée contre d'innocents adora- ( leurs de Jésus-Christ, alors seulement il refusait d'obéir ; mais alors aussi il préférait déposer les armes et subir la mort pour sa religion plutôt que de donner à sa résistance le caractère d'une sédition ou d'une attaque à l'autorité publique. » Encycl. Diutarnum, — 2. Matth., xxn, 21. — 3. Ad., v, 29.

Page 1