III. L'Eglise et l'Etat
I. Existence de deux sociétés distinctes. — I. Problème qui se pose. — L'homme est composé d'une âme et d'un corps; il doit veiller aux biens spirituels comme aux biens temporels. Vivant en société, il doit trouver, conformément à sa nature, le moyen de se procurer, dans le milieu où il vit, les avantages de l'âme comme ceux du corps, et c'est à l'autorité de lui faciliter l'acquisition des uns et des autres. Est-ce exclusivement à l'autorité civile .^ Celle-ci n'a-t-elle pas assez de la gestion des intérêts généraux d'ordre matériel .^ Peut-elle encore y joindre celle des intérêts spirituels .^ N'existe-t-il pas plutôt une autre société, complètement distincte
affaires véreuses et tant pour imposer silence à ceux qui en démasqueraient l'improbité ; tant pour acheter les suffrages des électeurs et le reste pour diriger les résolutions des élus. <]ui profite de ces détournements ? Une oligarchie de politiciens sans scrupules. Qui en supporte le préjudice ? Ce sont les humbles de ce monde. Non, décidément, la tyrannie n'est pas morte ; et la puissance publique, pour avoir compliqué ses rouages, n'a pas perdu le secret des prévarications fructueuses. » D'Hulst, loc. cit., p. b\.
I. Voir à la leçon précédente le rôle de l'Etat dans la question ouvrière. « La puissance politique, dit Léon XIII, Encycl. Diulurnum, n'est faite pour s-^rvir l'intérêt privé de personne, et les fonctions publiques doivent être remplies pour l'avantage, non de ceux qui gouvernent, mais de ceux qui sont gouvernés, )}
à'jS LE CATIECHISME ROMAIN
et uniquement vouée aux soins des intérêts supérieurs de rame ? Et celle-ci, quelle est-elle ? Quels sont ses droits ? Quelles sont ses fonctions ? Et comme son action portera nécessairement sur des personnes qui sont déjà les sujets de l'Etat, n'y aura-t-il pas confusion, conflit, désordre ? C'est toute la question des rapports de l'Eglise et de l'Etat. Il y a longtemps qu'elle a été résolue par l'Eglise théoriquement et pratiquement. Mais comme sa solution n'agrée pas à l'esprit moderne, qui lui préfère la théorie païenne de l'omnipotence absolue de l'Etat, elle a été de nouveau mise en lumière par Léon XIII et proclamée la seule acceptable, non seulement au nom de l'Evangile, mais encore au nom de l'équité naturelle, de la raison et du bon sens. Nous n'avons donc qu'à rappeler cet enseignement lumineux sur l'existence de deux sociétés distinctes, autonomes chacune dans sa sphère, et appelées à s'entendre, non à se contredire, sur quelques points communs, qui appartiennent diversement à leurs juridictions respectives.
2. La distinction des deux sociétés. C'est de l'apparition du christianisme que date cette distinction précise. Le paganisme n'y avait guère songé ; il est vrai qu'il n'avait pas l'idée d'une société universelle des âmes en vue des intérêts supérieurs du temps et de l'éternité. Chaque peuple avait sa religion nationale, et le sacerdoce n'était alors qu'une dépendance «■de l'Etat, qu'un instrument de règne aux mains du pouvoir civil. Mais le Christ est venu fonder ce royaume de Dieu ou cette société des âmes, qui doit s'étendre, par dessus toutes les frontières, à tous les pays, à toutes les races, sans distinction de juifs ou de gentils, de grecs et de romains ou de barbares, d'hommes libres ou d'esclaves ; royaume ou société d'ordre à part, qui n'est pas de ce monde bien que