INJUSTICE DE LA LOI DE SEPARATION
les réserves qu'en réalité elle laisse aux pouvoirs publics la liberté d'en disposer. »
5. Elle viole la justice. « Quand la loi, supprimant le budget des cultes, exonère ensuite l'Etat de l'obligation de pourvoir aux dépenses ciilUielles, en même temps elle viole un engagement contracté dans une convention diplomatique et elle blesse très gravement la justice. Sur ce point, en effet, aucun doute n'est possible, et les documents historiques eux-mêmes en témoignent de la façon la plus claire ; si le gouvernement français assuma dans le Concordat la charge d'assurer aux membres du clergé un traitement qui leur permît de pourvoir, d'une façon convenable, à leur entretien et à celui du culte religieux, il ne fit point cela à titre de concession gratuite, il s'y obligea à titre de dédommagement, partiel au moins, vis-à-vis de l'Eglise, dont l'Etat s'était approprié les biens pendant la première Piévolution. D'autre part aussi,
1 quand, dans ce même Concordat et par amour de la paix,' le Pontife romain s'engagea, en son nom et au nom de ses successeurs, à ne pas inquiéter les détenteurs des biens qui avaient été ainsi ravis à l'Eglise, il est certain qu'il ne fit cette promesse qu'à une condition : c'est que le Gouvernement français s'engagerait à perpétuité à doter le clergé d'une façon convenable et à pourvoir aux frais du culte divin. »
G. Elle sera funeste à la Erance. « Enfm, en dehors des intérêts de l'Eglise qu'elle blesse, la nouvelle loi sera aussi des plus funestes à votre pays. Pas de doute, en effet, qu'elle ne ruine lamentablement l'union et la concorde des âmes. Et cependant sans cette union et cette concorde aucune nation ne peut vivre ou prospérer. Voilà pourquoi, dans la situation présente de l'Europe surtout, cette harmonie parfaite forme le vœu le plus ardent de tous ceux en France qui, aimant vraiment leur pays, ont encore à cœur le salut de la patrie... Nous ne pouvons pas voir sans la plus vive angoisse que le Gouvernement français vient d'accomplir un acte qui, en attisant sur le terrain religieux des passions excitées déjà d'une façon
5oO LE CATÉCHISME ROMAIN
trop funeste, semble de nature à bouleverser de fond en comble tout votre pays. »
Conclusion. — « Nous réprouvons et condamnons la loi votée en France sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, qu'elle renie officiellement en posant ce principe que la République ne reconnaît aucun culte. Nous la réprouvons et condamnons comme violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité publique due aux traités ; comme contraire à la constitution divine de l'Eglise, à ses droits essentiels et à sa liberté ; comme renversant la justice et foulant aux pieds les droits de propriété que l'Eglise a acquis à des titres multiples et, en outre, en vertu du Concordat. Nous la réprouvons et condamnons comme gravement offensante pour la dignité de ce Siège apostolique, pour notre Personne, pour l'épiscopat, pour le clergé et pour tous les catholiques français.
(( En conséquence, nous protestons solennellement et de toutes nos forces contre la proposition, contre le vote et contre la promulgation de cette loi, déclarant qu'elle ne pourra jamais être alléguée contre les droits imprescriptibles et immuables de l'Eglise pour les infirmer (i). »
I, Encycl. Vehementer . Dans le Consistoire du 21 février 1906, Pie X renouvela cette condamnation dans des termes presque identiques. Puis, dans son Encyclique Gravissinio, du 10 août 1906, il interdit la formation d'Associations cultuelles^ telles que la loi de séparation les voulait, parce que, dit-il, « ce serait violer les droits sacres qui tiennent à la vie ellemême de l'Eglise. » Et comme on avait eu l'idée de leur substituer un autre genre d'association à la fois légal et canonique^ il déclara que ce n'est point permis, « tant qu'il ne constera pas, d'une façon certaine et légale, que la divine constitution de l'Eglise, les droits immuables des Pontifes romains et des
LES DROITS DE DIEU 5oi