I. Ce qui est interdit: riiomicide
I. Raisons de ce précepte. — Dieu est l'auteur suprême de la vie humaine ; seul il la donne à qui il lui plaît; seul il peut en disposer souverainement; et seul il a le droit d'en fixer la durée. L'homme, qui en jouit, la possède comme son bien le plus précieux, mais à titre précaire, sous l'absolue dépendance de Dieu ; il a le droit et le devoir de l'entretenir, de la défendre et de la conserver jusqu'au moment, inconnu de lui, où Dieu y mettra un terme ; c'est un dépôt dont il a la garde, mais qu^il ne )eut ni gaspiller ni détruire au gré de son caprice, oit en lui-même, soit chez les autres. Le respect de a vie des autres est donc, vis-à-vis de Dieu, un de-
I. Gen., IX, 5. — a. Matth., v, 21 sq. — 3. Cat, Rom.t loc* it,, n. 1-4.
voir de justice, car on ne peut pas empiéter sur les droits divins; vis-à-vis du prochain, c'est encore un devoir de justice, car on ne peut pas le frustrer de ce bien par excellence qu'est la vie, et un devoir de charité, car, de droit naturel, on ne doit pas faire à autrui ce dont on ne veut pas pour soi-même. Attenter à la vie du prochain et la lui ravir par l'homi cide est donc une faute grave.
« Dieu, dit le Catéchisme Romain (i), déleste tellement l'homicide qu'il assure devoir en tirer vengeance jusque sur les bêtes, et qu'il ordonne de tuer l'animal qui aura blessé un homme. S'il a voulu inspirer à l'homme tant d'horreur, c'est uniquement pour l'amener, par tous les moyens, à'préserver son cœur et ses mains de l'horrible crime du meurtre. Les homicides, en effet, sont les ennemis les plus acharnés du genre humain et même de la nature ; car, autant qu'il est en eux, ils renversent toute l'œuvre de Dieu, en supprimant l'homme pour lequel il nous atteste qu'il a fait toutes choses. De plus, comme il est défendu dans la Genèse de tuer l'homme parce que Dieu l'a créé à son image et à sa ressemblance, n'est-ce pas lui faire une injure insigne et porter pour ainsi dire sur lui-même une main violente que de supprimer son image ici-bas ?
« C'est en pensant à cela, au milieu de ses méditations, que David exprime ainsi ses plaintes amères contre les hommes sanguinaires : « Ils ont les pieds agiles pour répandre le sang (2). » Il ne dit pas simplement : ils tuent, mais : ils répandent le sang. C'est pour mieux faire ressortir l'énormité de ce crime abominable et la barbare cruauté de ceux qui le commettent ; de même que, pour marquer la précipitation avec laquelle ils sont entraînés par une sorte d'impulsion diabolique, il dit : (( Ils ont les pieds agiles. »