‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 226 sur 312 · I. ConJ. de A.-D., Carême de 1896, Paris, 1901, p. C · texte numérisé non relu

I. ConJ. de A.-D., Carême de 1896, Paris, 1901, p. C

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nature, et laisser ensuite à l'arbitre de nos destinées le soin de décider qui vivra et qui mourra, de l'être qui représente la vie en sa plénitude ou de celui qui n'en contient encore que la promesse. »

b. Avortement et infanticide. Vour diverses causes, complètement étrangères à la moralité, mais trop fréquentes à une époque de jouissances effrénées et d'irréligion pratique, et particulièrement en vue d'échapper à la honte d'une faute, de futures mères en viennent à supprimer l'enfant déjà conçu. Ce sont là des manœuvres détestables et un crime horrible également condamné par le droit naturel, par les lois divines et humaines. Sans doute, et c'est un malheur, l'avortement et l'infanticide rencontrent de nos jours une indulgence malsaine devant l'opinion dévoyée et des jurys trop complaisants, mais ils n'en restent pas moins des fautes très graves que rien ne saurait excuser. Une chute morale préalable ne suffît pas à légitimer une défaillance nouvelle; le péché ne s'etface pas par un péché nouveau, il s'expie et se rachète chrétiennement ; et s'il a créé des devoirs nouveaux, le bon sens, la raison et la foi obligent 'à les remplir, et nullement à s'y soustraire (i).

6. Suicide. D'un mot, le Catéchisme Romain nous a signalé la raison qui interdit le suicide : « Nul n'a assez ne pouvoir sur sa vie pour se donner la mort à son gré. » C'est que l'homme, quoi qu'on dise, est sous la dépendance souveraine de Dieu. Mais, de nos jours, on tient à supprimer l'idée de Dieu, on regarde l'homme comme engagé dans la série d'une évolution fatale, on le déclare son propre créancier et son débiteur. On fait remarquer, du reste, que sa

I . L'Eglise a fait du crime d'avortement, tant à l'égard de J la mère qu'à Tégard de ses complices, un cas de censure ré- ' serve au Saint-Siège dans la Bulle Apostolicœ Sedis.

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disparition ne fait tort à personne, et l'on n'a plus dès lors de motifs pour condamner le suicide, sans doute parce qu'on ne possède pas de moyens de le prévenir et de le guérir. Si Rousseau, dans une tirade célèbre, a jadis flétri le suicide comme un crime de « désertion, » on ne tient plus son langage. Par une accumulation de sophismes impudents, qui trahissent une fois déplus l'état de désarroi intellectuel et moral où s'agitent bon nombre de nos contemporains, on en est venu peu à peu à ne voir dans cette « désertion » qu^une faiblesse digne de pitié et d'indulgence, quand on ne va pas jusqu'à soutenir que c'est l'usage d'un droit, et mieux: encore un acte de courage et de vertu.

A ces pitoyables subterfuges d'une littérature dissolvante, la morale « laïque » oppose le devoir inconditionnel de Kant, qui reste sans prise sur la volonté défaillante et sans remède contre le désespoir, ou des raisons tout aussi insuffisantes et inefficaces tirées de l'intérêt social. Or rien, de l'aveu même d'esprits droits et sincères bien qu'étrangers à ridée religieuse, ne prouve plus l'irrémédiable impuissance de cette morale à armer l'homme en face des assauts du désespoir (i). Rien aussi ne montre avec plus d'évfdence la supériorité transcendante de la morale chrétienne. Celle-ci, en effet, en face du désespoir, offre à qui veut la suivre des raisons péremptoires de vivre quand même, et de souffrir patiemment, puisque la vie, au regard de la foi, est une épreuve et que la souffrance, pour mystérieuse et intolérable qu'elle paraisse, a son 3xplication dans les suites du péché, sa justification ians son rôle purificateur et méritoire, sa grandeur

I. Voir à la fin de la leçon une note empruntée à M. Del* ■/olvé, dans la Revue de métaphysique et de morale, Paris, 1908,

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dans la ressemblance avec le Christ mourant, sa récompense dans l'éternité bienheureuse. L'Apôtre l'a dit, et l'on ne saurait trop le répéter : « Notre légère affliction du moment présent produit pour nous, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire(i).)) La vie présente, avec ses multiples épreuves, quelque douloureuses et déconcertantes qu'elles soient, n'est donc qu'un acheminement progressif, par voie de mérite, à la vie future ; on n'a pas le droit de l'abdiquer, on a le devoir impérieux de la sanctifier et de la donner ainsi en exemple aux autres. Et l'Eglise a raison de priver les suicidés des honneurs de la sépulture chrétienne.

']. Duel. On ne se contente pas aujourd'hui d'excuser le suicide, on glorifie le duel. Rien n'est pourtant plus contraire que ce genre de combat singulier à la raison naturelle ; car exposer sa vie et celle d'autrui, souvent pour le plus futile prétexte, c'est subordonner un bien d'ordre supérieur, l'existence, à un bien d'ordre inférieur, l'honneur tel qu'on l'entend d'ordinaire d'après les préjugés courants ; et c'est là un acte déraisonnable. Dans l'hypothèse même où la réparation de l'honneur serait un bien équivalant à la vie, le duel ne sejustifierait pas davantage, car il n'est ni la seule manière ni un moyen indispensable d'obtenir la réparation convenable. D'une part, si l'on estime nécessaire une réparation, on peut recourir aux tribunaux, et, d'autre part, si l'on est foncièrement chrétien, on n'a qu'à braver l'opinion, qui n'est faite que d'un sot préjugé, en pratiquant résolument le pardon des injures et en s'en tenant au bon témoignage de sa propre conscience (2).

1. II Cor., IV, 17. — 2. «L'homme droit, dont la vie est sans tache et qui ne donne jamais aucun signe de lâcheté, refusera de souiller sa main d'un homicide, il/

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