LA PEINE CAPITALE
d'ordinaire les assassins. Le plus souvent, comme l'expérience le prouve, les malfaiteurs s'y corrompent et s'y pervertissent encore davantage, au contact d'autres scélérats, et s'y excitent plus furieusement pour commettre de nouveaux attentats.
La peine de mort, prétend-on, rend impossible l'amendement des assassins. C'est encore une erreur, comme Texpérience en fait foi ; car, pour de rares criminels qui s'obstinent dans une attitude impénitente et farouche, combien qui se frappent la poitrine, demandent pardon à Dieu et aux hommes et acceptent la mort comme la juste expiation de leurs forfaits ! En tout état de cause, la perspective d'une exécution capitale imminente est bien de nature à faire réfléchir les coupables et leur offre une occasion exceptionnelle de s'amender moralement à temps.
Il convient, du reste, de tenir compte de la justice absolue en rétablissant, par l'exécution du criminel, l'équilibre moral qui a été troublé. D'ordinaire, les scélérats ne s'arrêtent que devant la certitude d'être frappés de mort. En face de ces individualités malfaisantes et dangereuses, la société, dont le devoir essentiel est de sauvegarder les intérêts d'ordre public, a le droit de recourir au châtiment suprême, de punir ainsi les coupables, de prévenir d'autres forfaits et de préserver d'autres victimes. Voilà, sans doute, qui ne plaît guère à ceux qui rejettent l'absolu et qui nient le libre arbitre. Mais l'autorité publique n'est pas tenue, sous peine d'abdication, de se solidariser avec l'aveuglement moral et l'aliénation mentale de quelques-uns ; elle a une mission plus haute, qu'elle tient de Dieu, et, dans les sentences capitales de la vindicte publique, elle fait bien de mêler une préoccupation morale empruntée à Tidée de justice absolue et à la croyance du libre arbitre,
3. Laguerre. La guerre, tout le monde en convient, est un terrible fléau, non seulement par le nombre des vies humaines qu'elle fauche et les foyers qu'elle met en deuil, mais encore par les ruines matérielles qu'elle accumule et par l'arrêt qu'elle impose au libre essor de la civilisation. « Guerre à laguerre ! » serait-on tenté de s'écrier; car il semble bien que le véritable progrès devrait tendre à la faire disparaître. Rien, en effet, n'est plus désirable, mais rien aussi de plus difficilement réalisable : car il faudrait, pour cela, supprimer toutes causes capables de la soulever, ce qui suppose des hommes et des peuples, sinon parfaits, du moins obéissant docilement aux prescriptions de la saine raison ; mais où les trouver, dans l'état de la nature déchue ? Car si l'homme et la société sont perfectibles, et si, comme y invitent le droit naturel et la religion positive, on doit toujours travailler à leur perfection, il n'en est pas moins vrai que cette perfection ne peut-être que relative et que la guerre, fléau mystérieux permis par Dieu, entre dans les desseins delà Providence à titre d'expiation et de mérite. Qa'on travaille donc, du mieux que l'on pourra, à écarter, sinon à supprimer, toute cause de conflit, et, le conflit éclatant quand même, à en aplanir les difficultés et à les résoudre par un recours à l'arbitrage ; rien de plus sage. Mais, étant données les passions humaines, la susceptibilité ombrageuse des uns, l'âpre convoitise des autres, qui peut se flatter de conjurer le péril à jamais .•* L'abus de la force reste toujours possible ; et, à moins d'accepter cette monstruosité morale que la force prime le droit, un jour vient où la guerre est inévitable. Faut-il qu'alors un peuple s'abandonne et abandonne tous ses droits ? autant vaudrait se ruer à l'esclavage. Mais l'esclavage, qui donc en veut? Voilà donc le recours forcé aux armes, et la