I. Malth, V
cité future a de quoi susciter le plus noble désintéressement jusqu'au sacrifice de la vie. Pure chimère I Doctrine irrémédiablement insuffisante et complètement inefficace ! Car tout homme, à qui Ton a fait croire qu'il n'y a ni Dieu ni vie d'outre tombe, préférera de beaucoup, et pour cause, goûter un bonheur moins problématique, plus certain, personnel et immédiat, qu'il placera dans la satisfaction actuelle de ses appétits, dans la jouissance au jour le jour de tout bien ou de toute apparence de bien qui passera à sa portée. Quant à l'humanité future, dont il ne fera point partie et au bonheur de laquelle on prétend le faire travailler au nom de la solidarité, il s'en préoccupera fort peu ; c'est un être abstrait sans prise sur son cœur et sur sa volonté (i). On aura beau lui parler de solidarité, lui montrer qu'elle existe en fait, au point de vue biologique entre les parties d'un même organisme, et, au point de vue juridique, entre les créanciers et les débiteurs, on ne pourra pas lui prouver que le fait de la solidarité crée un devoir (2). Le fait, c'est ce
I. Morale de dupes, dit Cresson, que cette obligation de vivre pour autrui. « Après nous avoir assuré que le seul bien est le bonheur, ils nous demandent de nous rendre malheureux aujourd'hui si nous n'avons pas des dispositions altruistes, sous prétexte que les actes que nous accomplissons en le faisant, rendront heureux les hommes d'un autre âge. Qui ne voit le sophisme sur lequel reposent leurs affirmations. « Le seul bonheur qui m'intéresse, c'est le mien. Que m'importe celui des autres s'il ne doit contribuer en rien au mien ? Que m'importe surtout celui de l'humanité future, s'il doit me coûter le mien ? » Vérité d'autant plus flagrante que, si les évolutionnistes ont raison, l'évolution ne peut manquer de se faire, que je le veuille ou non, que je l'aide non. » La morak de la raison théorique^ Paris, 1900, p. 46. — 2. « Que la sohdarité toute seule, sans aucun concept moral préalable, fonde une morale du devoir, voilà ce que je ne comprends pas, dit M. Lenoble, Chronique philosophique, dans la Revue du
l'amour des KNNEMIS
qui est ; c'est ce qui doit être ; le fait de la solidarité montre qu'on est lié à ses semblables, il ne prouve pas qu'on est obligé envers eux ; pouvoir n'est pas devoir. Pour passer de l'un à l'autre, il faut nécessairement un principe supérieur que la science, redui e a elle seule, en dehors de toute métaphysique et de toute foi religieuse, ne saurait donner.
II. Enseignement du Catéchisme Romain 1. L ordre et la paix. Dieu, qui est l'ordonnateur par excellence, ne s'est pas contenté de tout régler et de
cfergé/ra«çms Paris, igo/l, t. xxx.x, p. 4i5-4.6. Pourquoi? Par ce motif bien simple que la solidarité est un fait un ?ait d expérience et que d'un fait pris comme donnée ur^iZ on
S é esV'uTfr'"" ""'"","^^"''" "' ^°"^'='--- La^olida" Tn^t ^ "./""• •=<""■"« 'e^ phénomènes de la phvsiaue sont des faits, comme les phénomènes de la phîsX g|e etde la sociologie, sont des faits... (Dans la société)mdividu ne peut pas se considérer à l'éta isolé- son eS'tenrZ personnelle plonge ses racines dans le milieu sodal q^lL veuille ou non. il est lié à ses semblables dansTe temDs et dans l'espace: il ne se sépare guère plus d'eux que daTs l'or ganisme, le cerveau ne se sépare de l'estomac, ou locœ^; des poumons; son existence est conditionnée par celle X générations antérieures et celle des contemporains et elîe conditionne a son tour l'existence des contemporains et ce e des générations futures. Chaque unité du corps social eT,î étroitement liée avec les autres que ses actes" se paroles es
eC:rnT"nr '''°'''''"' ' '""'""'"« «' ^ délermlneni un ébranlement plus ou moins profond et que, récioroauement
dans chacune de ses actions, on peut retrôuve"Tc'ôté de là part qui est due à l'initiative personnelle, celle qui revient de près ou de loin, à l'influence de l'ensemble. vXle Mt mais en quoi est-il moral par lui-même .» La solidarité sociale ne qua ifie pas plus les actions, au point de vue moral oué ! sohdarité physique ou la solidarité organique Par élirai mes les lois de la sociologie sont amorales^ ^ plus S moTns"
ohS- A ^ ■ °"''''*' °" "«" exprimera jamais une Le on 1.1" '^'=°"^"««'«- " ^o-^« 1«i « été dit'plus Laut!
Leçon iir.
IB CATBCfflSMB. — T. V,
Ô3o LE CATECHISME ROMAO
mettre de l'harmonie dans ses œuvres, il a voulu que l'homme, à son exemple, mît de l'ordre dans sa vie morale pour qu'il pût en recueillir l'inestimable prix, la paix. Et c'est pourquoi Notre Seigneur demande aux hommes de vivre en paix avec tout le monde. « Si donc, lorsque ta présentes ton offrande à rautel, ta te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande (i). » Or, cette paix nécessaire suppose Tordre dans la conscience, et rien n'est plus contraire à l'ordre, dans la vie domestique ou sociale, que la haine. C'est donc la haine, quelque forme qu'elle affecte, qui doit être bannie du cœur, car elle est interdite par le cinquième commandement ; en effet, « quiconque hait son frère est un meurtrier (2) ; » et c'est la charité du prochain, avec toutes les obligations qui l'accompagnent, qui est prescrite, a Ainsi la charité est patiente, a dit saint Paul ; donc la patience nous est commandée, cette patience avec laquelle nous sommes sûrs de posséder nos âmes, d'après le Sauveur lui-même. Puis la bienfaisance, compagne et alliée de la charité, car il est dit : « La charité est bonne. » Or, la vertu de bienfaisance et de générosité s'étend très loin : ses fonctions vont à fournir les choses nécessaires aux pauvres, la nourriture à ceux qui ont faim, la boisson à ceux qui ont soif, le vêtement à ceux qui sont nus, à verser en un mot plus abondamment de notre libéralité là où le besoin de notre assistance se fait le plus sentir (3). » De ce principe fécond découlent toutes les obligations morales de la charité envers le prochain, connues sous le nom d'œuvres corporelles et spirituelles de miséricorde.
I. Matlh. V, 23-24. — 2.1 Joari.y m, i5. — 3. Cal. Rom., loc. cit.t n. 2i-24«