LE PARDON DÈS INJURES
2. L'amour des ennemis. « Très beaux déjà par euxmêmes, ces actes de bienfaisance et de bonté le sont bien davantage encore quand ils s'exercent envers des ennemis ; car le Sauveur a dit : a Aimez vos ennemis ^ bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haT&sent (i) ; » et saint Paul a dit aussi : u Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, tu amasses des charbons de feu sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien (2). » Considérée toujours sous ce rapport de bienveillance, la charité implique encore tous les devoirs qui se rattachent à la douceur, à la bonté et aux autres vertus de ce genre (3). »
La morale évangélique, on le voit, en imposant l'amour des ennemis, dépasse tout ce que l'antiquité a pu offrir de meilleur, et a introduit dans le monde un principe de conduite, qui est la caractéristique propre du christianisme. Nul, du reste, ne songe à le contester, et il n'est point rare de trouver un éloge pompeux de la morale chrétienne même chez ceux qui, par une inconséquence étrange, ne veulent pas du dogme catholique, comme si celui-ci n'était pas la justification adéquate de celle-là.
3. Le pardon des injures. Devoir difficile mais capital. « Le devoir qui est de beaucoup au dessus des autres, le devoir de charité par excellence, celui auquel on doit le plus s'appliquer, c'est de remettre et de pardonner de bonne grâce les injures reçues. Pour nous y amener complètement, l'Ecriture a des recommandations et des exhortations multipliées, ne se contentant pas d'appeler heu-
Ireux ceux qui s'en acquittent entièrement, mais leur promettant encore de la part de Dieu la rémission de leurs péchés, tandis que ce pardon est refusé à ceux qui négligent ou refusent formellement de pardonner.
« Mais le désir de la vengeance étant particulièrement ancré dans le cœur de l'homme, le curé devra mettre le
I. MatUi., V, 44. — 2. Rom., xu, 20-21. — 3. Cat. Rom., loc^ cii.t n. 35-a6.
plus grand soin, non pas seulement à apprendre, mais encore à persuader aux fidèles que c'est le devoir du chrétien d'oublier et de pardonner les injures. Et comme ]es saints Pères ont beaucoup parlé de cette matière, il devra les consulter pour vaincre l'opiniâtreté de ceux qui veulent s'obstiner et s'endurcir dans la résolution de se venger. Il devra toujours avoir prêts les arguments si forts que leur piété leur a suggérés et qu'ils ont si bien appropriés à la question (i). »
Explications à donner. « D'abord il faut bien persuader à celui qui se croit ofTensé que l'auteur principal de l'injure reçue ou du préjudice subi n'est point celui de qui il veut tirer vengeance. Ainsi l'avait compris cet admirable Job qui, cruellement maltraité par les Sabéens, les Ghaldéens et le démon, ne tient d'eux aucun compte, mais se contente, en homme droit et pieux qu'il était, de prononcer ces mots si dignes de sa droiture et de sa piété : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté; que le nom du Seigneur soit béni (2) ! » Les paroles et l'exemple de ce modèle de patience doivent convaincre le chrétien que tout ce que l'on souffre en cette vie vient de Dieu, père et auteur de toute justice. Et même, par un trait de bonté immense de sa part, il ne nous punit pas comme des ennemis, mais il nous corrige et nous châtie comme ses enfants.
« En effet, si nous jugeons sainement, les hommes ne sont en cela que les ministres et les exécuteurs de la justice divine ; car, bien qu'on puisse haïr quelqu'un et lui souhaiter le plus grand mal, on ne peut cependant pas lui nuire sans la permission de Dieu. C'est pour cela que Joseph supporta patiemment la décision criminelle de ses frères, et David les outrages de Séméi. Ici s'applique cet argument de saint Chrysostome développé avec tant de soins et d'habileté, à savoir que nul n'a de vrai mal que celui qu'il se fait à lui-même. En effet, si ceux qui se croient traités avec outrage veulent réfléchir sérieusement, ils comprendront sans peine que les torts et les injures d'autrui ne sont rien ; car, tandis que ces maux sont tout