‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 234 sur 312 · LE PARDON DES INJURES · texte numérisé non relu

LE PARDON DES INJURES

extérieurs, ils se font à eux-mêmes un mal autrement grand par la haine la cupidité et l'envie (i). »

Avantages du pardon des injures. « Il y a ensuite deux grands avantages quand, animé du saint désir déplaire à Dieu, on pardonne volontiers les injures : l'un c'est que Dieu a promis la rémission de leurs propres fautes à ceux qui pardonnent celles d'autrui ; et cette promesse montre clairement combien cet acte de charité lui est agréable : l'autre, c'est que par là on s'élève à un nouveau degré de dignité et de perfection, puisque, en pardonnant les injures, on devient en quelque sorte semblable à Dieu, qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et descendre' sa pluie sur les justes et les injustes (2). »

II. Inconvénients du défaut de pardon. « A ceux qui ne peuvent se mettre dans l'esprit de pardonner à leurs ennemis, le curé représentera que la haine n'est pas seulement un péché grave, mais encore un péché qui tire de sa persistance même plus de gravité. En effet, celui dont la passion a envahi le cœur, ayant soif du sang de son ennemi, passera, toujours rempli du 'désir de sa vengeance, ses jours et ses nuits à rouler quelque projet sinistre, au point d'avoir sans cesse présents à la pensée le meurtre ou d'autres crimes. Aussi ne l'amènera-t-on jamais, ou du moins très difficilement, à pardonner ses injures, soit complètement, soit en partie. La haine, en effet, est comme une plaie dans laquelle le dard reste enfoncé.

« Et combien d'autres inconvénients et d'autres péchés s'ajoutent encore à ceux de la haine ! Saint Jean a dit : « Celui qui hait son frère est dans les ténèbres ; il marche dans les ténèbres, sans savoir où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux (3). » Il ne peut donc faire que des chutes fréquentes ; car comment approuver les paroles ou les actes de celui qu'on déteste ? De là, des juge- • ments téméraires et injustes ; de là des colères, des médisances et autres choses semblables, qui vont souvent atteindre ceux-là même qui nous sont unis par les liens

I. Cal. Rom., loc. cit., n. 29-81. — 2. Matth,, v, 45. — 3. I han,, II, n.

du sang OU de Tamitié. C'est ainsi que d'un seul péché naissent beaucoup d'autres.

« Et c'est fort à propos que la haine est appelée le péché du démon, puisque le démon « a été homicide dès le commencement (i). » Aussi le Fils de Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ, en voyant les Pharisiens obstinés à poursuivre sa mort, leur dit : « Le père dont vous êtes issus, c'est le diable (2). »

5. Remèdes contre la haine. « Outre ces considérations, d'où se tirent de puissants motifs pour détester ce crime, les Livres saints nous fournissent encore contre lui d'autres remèdes d'une grande efficacité. Le premier et le plus puissant de tous, c'est l'exemple du Sauveur que nous devons nous proposer d'imiter. Lui que le plus léger soupçon de péché ne pouvait pas atteindre, après avoir été battu de verges, couronné d'épines, crucifié, il fit cependant cette prière si pleine de charité : « Mon père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (3). » Et pourtant son sang déjà répandu « parlait plus éloquemment que celui d'Abel (4). »

u Un autre remède nous est proposé par l'Ecclésiastique, celui de n'oublier ni la mort ni le jour du jugement. (( Dans toutes tes actions souviens-toi de ta fin, et ta ne pèche j^as jamais (b). » Maxime qui revient à dire: Pensez souvent et souvent que vous mourrez bientôt. Comme, à ce moment, il sera très désirable et même très nécessaire de vous concilier la miséricorde de Dieu, vous devez, dès maintenant, et toujours, penser à la nécessité de cette miséricorde. C'est le moyen d'éteindre cette ardeur criminelle de la vengeance, puisque rien n'est plus propre à nous obtenir la miséricorde divine que notre oubli des injures et l'amour de ceux qui nous ont maltraités, nous ou les nôtres, soit en actions, soit en paroles (6). ))

I. La question du suicide. Dans son Examen critique des conditions d'efficacité d'une doctrine morale

I. Joan., VIII, 44. — 2. Joan., vin, 44. — 3. Luc, xxin, 34.— 4 J/^(>/\,>cu, a4.--5, ^cc;^^v^, 40. —Ç.Ca^ /?Pf|?,, ^QCf ci7., n. 3a-35i

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