LA LUXURE EN GENERAL
moi, je vous dit que quiconque regarde une femme avec convoitise, a' déjà commis V adultère avec elle dans son cœur (i). »
II. De la luxure en général. — i.Sa nature. Par luxure on entend tout appétit désordonné de la concupiscence de la chair, tout usage illicite des plaisirs sensuels ; la concupiscence par elle-même n'est pas un péché et tout plaisir charnel n'est pas illicite en soi ; car la Providence Ta attaché à l'acte bienfaisant de la génération humaine et de la propagation de l'espèce ; et il n'y a point de péché, dit saint Augustin (2), dans tout ce qui n'est pas contraire à la nature, à la coutume et à la loi, ou, comme le remarque saint Thomas, (3), quand on use d'un tel plaisir dans l'ordre et de la manière qui convient à sa fin propre.
Mais la difficulté consiste précisément à observer fidèlement cet ordre marqué par la nature et réglé par la droite raison. Dès qu'on y contrevient, de quelque manière que ce soit, par pensée, par parole OQ par acte, on commet un péché de luxure. Celle-ci exerce de si nombreux et si puissants attraits sur l'appétit inférieur ou la partie concupiscible de notre être, elle pousse à tant de fautes diverses qu'elle est justement rangée parmi les péchés capitaux (4).
2. Ses effets. San action funeste a un retentissement considérable sur la partie supérieure de notre être ; elle cause les plus graves désordres dans la raison et dans la volonté. Dans laraison d'abord ; car elle la jette dans l'aveuglement, la précipitation, l'inconsidération et l'inconstance ; dans la volonté
I. Matth., V, 27-28 ; Cat. Rom.f loc cit. y n, 5-8. — 2. De bono conjug., XIX. — 3. Sum, iheoL, II* IP^ Q. cmi, a. 2, — k.lbid.^ a. 4.
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ensuite ; car elle y exalte l'amour de son propre plaisir jusqu'à la haine de Dieu, et l'amour de la vie présente jusqu'au mépris de la vie future.
La raison, en effet, doit reconnaître quand une fin à poursuivre est bonne ; mais la luxure lui fait prendre le change et la trompe en l'aveuglant. La raison doit ensuite choisir les moyens appropriés à Tobtention de la fin bonne qui a été arrêtée ; mais la luxure l'empêche de prendre conseil et la précipite sans réflexion. La raison doit aussi porter un jugement sur ce qu'il faut faire ; mais la luxure trouble l'esprit et la rectitude du jugement. La raison enfin doit prescrire ce qui est à faire ; mais la luxure l'entraîne ailleurs et l'empêche d'exécuter ses résolutions.
Quant à la volonté, la luxure produit deux actes déréglés : l'un est l'appétit de la fin, c'est-à-dire l'amour de soi, à cause de la délectation désordonnée que l'on recherche ; et, par opposition, la haine de Dieu, parce que Dieu défend le plaisir que Ton désire ; l'autre est l'appétit des moyens qui conduisent à la fin, ce qui produit l'amour de la vie présente, dans laquelle on veut jouir de la volupté ; et, par opposition, la désespérance de la vie future, parce que celui qui s'attache aux délectations charnelles se préoccupe peu d'atteindre les biens spirituels et les a plutôt en horreur (i).
Et comme il est impossible que la bouche ne parle pas de ce qui remplit le cœur, la parole du luxurieux est facilement déréglée, et elle peut l'être de quatre manières : dans son objet d'abord, car le luxurieux, dont le cœur est plein de honteuses concupiscences, laisse échapper facilement des paroles déplacées ; dans ses causes, car la luxure produi-
ï, Sum. theol, II* II», Q. cun, a. 5.
sant l'inconsidération et la précipitation, se traduit volontiers en propos légers et inconsidérés ; dans sa fin, car, comme le luxurieu;^ recherche la délectation, il y fait tendre aussi ssi conversation; enfin dans sa valeur, car il pervertit le sens des mots et il profère des paroles insensées, montrant dans ses discours qu'il préfère les plaisirs à tout autre chose (i).