TEMPÉRANCE ET CHASTETÉ
non seulement par la diversité des conceptions et des combinaisons que notre esprit tient au service des inombrables et insatiables passions de notre cœur, mais encore par l'étonnante quantité de moyens que la variété et la force de nos organes fournissent à notre volonté pour exécuter ses desseins. Or, Tœuvre propre de la mortification, c'est de poursuivre le péché partout, d'en arrêter le cours, d'en prévenir les fruits, d'en étouffer les germes, d'en combattre tous les principes, pour enfin l'abolir et l'anéantir (i). »
D'une manière générale, c'est à la tempérance, à la quatrième des vertus cardinales, qu'est dévolu le soin de faire pratiquer la mortification nécessaire ; car elle a pour objet de modérer l'appétit dans tout ce qui entraîne le plus l'homme au delà des bornes de la raison (2) ; de régler la concupiscence et les plaisirs des sens (3), particulièrement la concupiscence et les plaisirs du toucher ou de la chair (4), ceux qui assurent la conservation de l'individu comme ceux qui visent à la propagation de l'espèce (5). Et elle entend qu'on n'en use qu'autant que l'exigent les besoins de la nature et conformément à la droite raison (6).
2. La pratique de Vabslinence et de le sobriété. L'homme, pour vivre, a besoin de manger et de boire ; la nourriture est la condition indispensable de son entretien et de sa conservation. Il la prend par nécessité et y trouve une satisfaction raisonnable ; mais encore faut-il qu'il ne dépasse point certaines bornes, sous peine défaire acte de gourmandise ou de tomber dans l'ivresse. Or, la gourmandise et l'ivresse sont des actes déréglés, des excès dans le
I. Gay, De la vie et des vertus, loc.cit., t. 11, p. 23. — 2. Sam. theol , IP IP% Q. cxLi, a. 2. — 3. IbicL, a. 3. — 4- Ibid., a. 4. — 5. Ibid., a. 5. — 6. Ibid., a. G.
boire et le manger, qui favorisent particulièrement la luxure et constituent trop souvent une amorce pour les fautes d'impureté. A la tempérance d'intervenir ; et elle intervient par l'abstinence dans le manger et par la sobriété dans le boire. Ces deux vertus, modérant ainsi les plaisirs de la table, deviennent par là même une sauvegarde et offrent une garantie contre des excès redoutables. C'est pourquoi l'Ecriture et les Pères condamnent la gourmandise et l'ivresse, non seulement parce qu'elles sont un désordre en elles-mêmes, mais encore à cause des fautes qu'elles font commettre ; et ils recommandent avec insistance l'abstinence et la sobriété comme deux vertus nécessaires pour maintenir l'appétit dans de justes limites et pour couper court ainsi à toute excitation ultérieure qui serait de nature à compromettre les lois de la décence et de la pureté ; celles-ci nous étant prescrites par le sixième commandement, l'abstinence et la sobriété sont donc, comme la tempérance dont elles dépendent, deux vertus qui s'imposent (i). Mais elles ne sont pas les seules ; car, en dehors des plaisirs de la table, il en est d'autres plus directement en rapport avec la luxure, ceux qui ont trait à la propagation de l'espèce et qui requièrent une vertu particulière pour en régler et pour en modérer Tu sage, à savoir la chasteté.
3. La pratique delà chasteté. La chasteté appartient, elle aussi, à la vertu générale de tempérance. Qui dit chasteté, dit châtiment, selon l'étymologie latine du mot, qui se laisse entrevoir même en français. C'est la vertu qui soumet la concupiscence charnelle à l'empire de la raison (2), modère et règle les
I. Sum. theoL, II« lt\ Q. cxlvi-gxlix. — 2. Sam. theoL, IP II««, Q. cLi, a. I.