PRÉCAUTIONS CONTRE LA LUXURE
plaisirs de la chair (i), dont la violence et la tyrannie sont si funestes au point de vue moral. « Elle est une habitude royale qui fait que Fâme tient sous son sceptre et dans une soumission complète, les actes, quels qu'ils soient, du corps, et jusqu'à ses mouvements. Elle est comme une alliée puissante, prêtant sa force à la raison, pour que, parmi tant de sujets que cette raison trouve en chacun de nous, et spécialement parmi nos organes, si facilement émus, si indisciplinés et toujours si près d'être rebelles, il n'y en ait pas un seul qui n'attende ses ordres, ou du moins ne s'y range quand il les a prévenus. Et lorsque de morale et naturelle qu'elle est en faisant cela , cette vertu devient chrétienne et surnaturelle, outre que sa force grandit immensément, ce n'est plus alors la seule raison qu'elle sert, mais encore la foi, la vraie reine divinement sacrée, et de qui relève la raison elle-même. Si bien que, s'inspirant de cette foi et épousant sa cause, la chasteté enlace tout ce monde inférieur de notre corps dans des liens plus nombreux, plus fermes, plus serrés : liens de lumière et d'amour, qui l'obligent à des réserves et à des œuvres non plus sages seulement, mais saintes (2).» La chasteté a à son service la pudicité, que l'on confond quelquefois avec elle, dont le nom vient de pudeur, et dont la fonction est de réprimer tout signe extérieur de convoitise sensuelle dans le regard, l'attitude et le geste (3) ; vertu exquise de vigilance, de réserve et de dignité, que Tertullien compare avec raison à une gardienne et à une prêtresse, la gardienne et la prêtresse de ce temple de
I. Sam. theol., 11^ 11^®, Q. cli, a. 2. — 2. Gay, De la vie et des vertus chrét., t. 11, p. 272. — 3.S«m. iheoL, 11^ 11^, Q. cli, a. 4. S. Thomas traite de \a virginité à la question cui, et de la continence à la question clv-ci^yi»
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Dieu et du Saint-Esprit qu'est notre corps (i), et qu'il appelle « la fleur des mœurs, l'honneur du corps, la gloire des deux sexes, Tintégrité du sang, la garantie de l'espèce humaine, le fondement de la sainteté, le préjugé de toute vertu (2). » Quel que soit notre état dans ce monde, il y a une chasteté correspondante que chacun est tenu d'observer ; et si, comme le remarque le Catéchisme Romain (3), elle brille de son plus vif éclat dans ceux qui se montrent saintement et scrupuleusement fidèles au pacte sublime et vraiment divin qu ils ont fait de rester vierges, elle convient aussi à ceux qui vivent simplement dans le célibat, et même à ceux qui, dans le mariage, se conservent purs et innocents de tous les excès condamnés.
III. Précautions à prendre. Rien n'est menacé en nous comme la pureté : à tout âge, dan« toutes les conditions, en tout temps et en tout lieu, elle est sujette à subir des assauts et à sombrer ; mais elle court plus particulièrement des dangers dans les relations entre jeunes personnes de sexe différent et entre fiancés, dans les bals et les spectacles. Il convient donc d'en dire un mot, car c'est dans ces circonstances que les intéressés doivent s'entourer des précautions nécessaires ou d'une abstention absolue.
I. Les visites, fréquentations et entretiens entre jeunes gens et jeunes filles, n'ont rien en soi de .contraire à la morale. Mais, comme l'expérience le prouve, ils ne sont pas sans danger ; et c'est à cause de ce danger qu'on ne doit les permettre que dans un but honnête, avec la discrétion et les précautions
I. De cultu fem., 11, i ; Patr. lat., t. i, ch. i3i6. — 2. De pudicitia, i, Pair, lat., t. 11, col. 980. — 3. Cal. Rom., loc. cit., n. II.
requises, notamment en vue d'un mariage possible ou probable. Dès qu'un accord matrimonial est à peu près arrêté, surtout dès qu'interviennent des fiançailles officielles, le danger moral devenant plus grand, plus grandes doivent être les précautions à prendre. Les fiançailles ne sont pas, en efîet, le mariage ; elles donnent droit au mariage, mais n'en procurent pas d'avance toutes les privautés, comme essayent vainement de se le persuader certains esprits imprudents et trop pressés. C'est aux parents, sans doute, qu'incombe alors le devoir, trop souvent négligé, d'une surveillance plus nécessaire que jamais, toujours prudente et discrète ; mais c'est aussi aux fiancés de se comporter avec la réserve, la pudeur, l'honnêteté de pensées, de désirs, de paroles et d'actes qui conviennent tant qu'on n'est pas uni par le lien conjugal. Le mariage, en effet, est un sacrement qui requiert la meilleure des préparations morales, et il ne faut pas qu'il soit précédé, chez les futurs époux, par une conduite moralement répréhensible.
2. La danse, en soi, n'est pas chose intrinsèquement mauvaise et par suite immorale et à interdire absolument ; car elle peut bien passer pour une distraction et un délassement permis ; elle peut même à sa manière, par la grâce des attitudes et l'eurythmie des gestes, servir à exprimer le beau comme tout autre art d'agrément ; elle peut avoir enfin un caractère religieux et sacré, comme celle de David devant l'arche. Aussi la Bible approuve-t-elle certaines danses qui étaient l'expression manifeste d'un sentiment religieux. En revanche, elle signale le danger moral que quelques-unes peuvent offrir à ceux qui s'y livrent (i) et à ceux qui y assistent (2).