I. Eccli.y IX, C. — a. Marc, xv, 32-a
568 LE CATéCHJSME ROMAIN
Ce qui revient à dire que, par accident, la danse peut devenir dangereuse, et dès lors mauvaise, donc illicite, soit à raison des circonstances de mode, de temps ou de lieu qui Tentourent, soit à cause des dispositions fâcheuses qu'y apportent ceux qui s'y livrent. En général, les Pères de l'Eglise (i), plus attentifs à la pratique qu'à la théorie de la danse, Tout blâmée et réprouvée. A la suite des scolastiques, les théologiens et les moralistes les plus récents soutiennent, avec saint Thomas et saint Alphonse de Liguori, que la danse n'est point en soi chose mauvaise et illicite ; car, lorsque les lois de la décence y sont observées, on ne peut pas la regarder comme un acte libidineux, mais plutôt comme un exercice et un divertissement permis.
Mais, à côté de la thèse, il y a l'hypothèse : à raison des circonstances qui les entourent, certaines danses qui, par elles-mêmes n'ont rien d'immoral ou d'obscène, peuvent fort bien devenir une occasion prochaine de péché, soit pour ceux qui s'y livrent, soit pour ceux qui y assistent, et c'est alors un devoir de s'en abstenir.
Or, la danse peut ainsi devenir une occasion prochaine de péché, soit de la part de l'objet, soit surtout de la part du sujet.
i^ Quant à l'objet, il y a lieu de tenir compte d'abord du costume, pour juger de la moralité ou
I. Cf. Arnobe, Adi). gentes, L. VI, Patr. lat., t. v, col, 1118 ; S. Ambroise, De Ella etjej., xii ; In Ps., xl, 24. Patr. lat., t. XIV, col. 711, 1078 ; S. Pierre Ghrysologue, Serm., cxxvii, CLxxiv, Patr. lat., t. lu, col. 402, 654: S. Jérôme, Epist.f lx, ad Heliodoram, Patr. lat., t. xxii, col. 601 ; S. Augustin, Confes.y VI, vin, Patr. lat., t. xxxii, col. 726 ; De civit. Dei, II, IV, V, viiï ; VII, XXI, t. XLi, col. 49 sq., 53 sq., aie sq. Les païens eux-mêmes ne se faisaient pas faute de constater l'obscénité de certaines danses ; cf. Vuillier, La danse, Paris, 1899, p. 1-33 ; Boissier, Promenades archéologiques , Paris, i88q.
de l'immoralité d'une danse, à cause des tentations auxquelles expose un costume indécent et des péchés de regard et de désir qu'il peut faire commettre. L'indécence (i) du costume ne peut être considérée que comme une provocation directe au mal, augmentée encore par la danse elle-même ; tel est le cas, en général, des danses de théâtre, des ballets d'opéra, où les danseuses, à peine vêtues, constituent une exhibition extrêmement dangereuse.
Dans les bals dits de société, où le décolletage des Icmmes est de mise et parfois de rigueur, le danger existe encore. Certains moralistes rigides (2), n'hésitent pas à les condamner, en dépit de la mode et de la coutume ; car, prétendent-ils, la coutume ne saurait rendre licite ce qui est intrinsèquement mauvais. D'autres, et en bien plus grand nombre, ne condamnent que les bals où le décolletage est excessif et positivement provocateur (3) ; car, disentils, un décolletage modéré n'est pas intrinsèquement mauvais et ne peut devenir mauvais qu'à raison du danger qu'il peut faire courir à la chasteté. Or, le décolletage n'est pas le même partout; il tient surtout à la coutume et aux usages locaux. Et il va de soi qu'une femme qui se respecte et veut respecter les autres, sait fort bien, par des ajustements appropriés, suivre la coutume, tout en la maintenant dans les bornes de la modestie, sans éveiller les susceptibilités de son entourage, et sans s'attirer
I . A plus forte raison l'absence de tout costume. — 2 . Par exemple, Roncaglia, Universamoralis theologia, Venise, 1763, t. i,p. 18^4 ; Goncina, Theol. christiana, Rome, 1755, t. 11, p. i^^-ib']. — 3. Citons parmi les plus récents : Marc, Inst. morale s, Rome, i88ç), 1. 1, p. 55i-553 ; Ballerini, Compendiam theol. mor., Rome, 1893, t. I, p. 209; Bérardi, De recidivis et occas., Faenza, 1897, t. Il, p. 318-324; Lehmkuhl, Theologia nioralis, Fribourg-eri-' Brisgau, 1^02, t. I, p. 384, ^ < •
les critiques du milieu mondain qu'elle est obligée de fréquenter.
Les bals masqués ou travestis, sont, en général, plus dangereux pour la morale, à cause des libertés plus grandes qu'ils offrent aux danseurs et des désordres auxquels ils donnent lieu ; c'est surtout le cas pour les bals publics ; ils sont donc à interdire. Donnés en famille, entre parents et amis, les bals travestis sont plutôt un divertissement, qu'on ne peut pas toujours taxer d'excitation au mal, bien qu'ils puissent devenir, eux aussi, un danger pour la morale.
Outre le costume, il faut aussi tenir compte des gestes et des aiiiludes que comportent certaines danses. « Quand le genre de danse adoptée donne lieu à des gestes inconvenants, à des attoucbements indiscrets, à des rapprochements trop intimes entre adultes des deux sexes, à des postures déshonnetes, à des enlacements ou embrassements, amplexus, qui surexcitent les passions charnelles, il est évident que la danse, alors, ne reste plus dans les limites d'un simple amusement, mais qu'elle constitue, pour les danseurs et les danseuses, comme aussi pour les spectateurs, un danger véritable et une occasion prochaine de péché. Ces danses ne sauraient donc, en aucune façon, ralione modi saltandi, être permises ou tolérées (i). »
i, Dict. de théol., t. iv, ii5-ii6. M. Ortolan, l'auteur de l'article, se demande : Quelles sont celles qui rentrent nettement dans cette catégorie de danses mauvaises et illicites? Parmi les danses considérées comme douteuses, il y en a peu où le danseur ne soit amené à saisir la danseuse par la main, A moins qu'il n'y mette de la passion ou une intention mauvaise, cet acte n'est pas, en soi. geccamineux. Mais certaines danses, très en vogues, telles que la valse, la polka, la mazurka, la rédowa, la scotthisch, le galop, etc., sont bien plus osées et bien autrement dangereuses. Dans ces danses tour-
« Uendroit où se font les danses, comme aussi le milieu ambiant, sont des éléments à considérer, quand on veut juger sainement delà moralité d'une danse. Pour bien des motifs, les bals de campagne, d'auberges, de faubourgs, de barrières, paraissent plus dangereux que ceux de salons ou de sociétés. Il faut bien reconnaître, en efTet, que la grossièreté ,dcs danses de campagne et de celles des gens de bas étage, ouvre la porte à toutes sortes d'abus et de désordres, tels que : paroles trop libres, gestes inconvenants, postures risquées ou franchement déshonnetes, embrassements passionnés faits en public, sans pudeur ni réserve. Quoique la corruption se cache aussi parfois sous les dehors de l'édu- I cation la plus raffinée, il y a cependant, en géné-
,nantes, dont le type est la valse, le contact des corps est si prolongé qu'il est bien dilTicile de le croire innocent : il peut donner lieu à de fortes tentations et occasionner fréquemment des fautes graves. C'est là, du reste, ce que reconnaissent les gens du inonde les moins suspects de scrupules déplaces. D'autres, comme M. de Saint-Laurent, ne craignent pas de dire que la valse et ses dérivés sont « une véritable excitation à la débauche, un prélude ou une réminiscence des plus coupables voluptés. » Quelques mois sur les danses modernes, dans la Revue des Deux-Mondes, i*'' novembre i865, p. 20^. Ce sévère verdict doit-il être regardé comme absolu et rendre totalement inexcusable, au point de vue moral, ce genre de danses? On peut plaider les circonstances atténuantes et ne pas mettre sur le compte de la danse ce qui est surtout la Taute des danseurs. Bérardi remarque. De recidivis, loc. cit., t. II, p. 211 sq., que la volonté de s'amuser, l'entraînement de a danse elle-même, l'agitation qui en résulte, la distraction, a fatigue, sont, bien des fois, un obstacle aux tentations et au joulèvement des passions ; et puis, il y a la préoccupation, le ouci inquiet d'observer les règles de l'art qui sert encore de sauvegarde pour quelques-uns et qui peut diminuer d'auant le danger provenant de ces enlacements prolongés. »iais ce ne sont là que de fort rares exceptions, tout à fait nsuffisantes pour permettre de déclarer licites, d'une manière fénérale, la valse et ses dérivés. Ibid., col. 1 17-124.
rai, plus de décence et de retenue dans les salons. Une jeune fille n'y danse, d'ordinaire, qu'en présence de ses parents. Ceux-ci sont plus ou moins vigilants ; mais, enfin, ils sont là. Il n'en est pas de même à la campagne, où les jeunes filles, beaucoup plus libres dans leurs allées et venues, échappent souvent à la surveillance de leurs père et mère. Dans les classes élevées de la société, une jeune fille ne pourrait, sans se déshonorer, aller seule au bal, ou en revenir de même, ou bien y aller et en revenir en compagnie de quelqu'un qui ne serait pas son très proche parent. Les sorties de ce genre sont moins rares chez les filles du peuple, qui, par suite, sont plus exposées à tomber dans une faute grave, ou à y faire tomber ceux qui, connaissant leurs habitudes, peuvent en profiter pour commettre plus facilement le mal. »
Le temps, — « Quand les danses sont fréquentes et régulières, comme, par exemple, dans les campagnes ou dans les petites villes, tous les dimanches et jours de fête, il est très rare qu'elles restent un simple amusement. Elles deviennent, au contraire, une occasion d'intimités ou de rencontres pour des personnes de différents sexes, qui trouvent ainsi le moyen de donner à leur passion un aliment dont elles sont toujours avides. On ne devrait pas porter un jugement aussi sévère sur les danses qui ne se présentent pas avec ce caractère de fréquence, de régularité et d'habitude, comme celles, par exemple, qu'on organise accidentellement dans un salon, à propos de circonstances spéciales: réjouissances de famille, signature d'un contrat, noce, baptême, etc. Ce n'est pas à dire que ces danses-là soient toujours innocentes. Elles gardent les nombreux inconvénients inhérents à leur nature ; mais, du moins, elles n'ont pas ceuTt qui