LES SPECTACLES ET LE THEATRE
proviennent de l'habitude. La fréquence des mêmes occasions fait' que la passion s'enflamme, tandis que, par l'effet de la même cause, la pudeur, au contraire, s'affaiblit, et l'horreur du mal disparaît de plus en plus de la conscience relâchée. — - Le carnaval est une époque oii les danses sont particulièrement dangereuses, et donnent lieu aux plus graves désordres. Ces réjouissances bruyantes, lointain écho des saturnales païennes, ne sont que pour trop d'âmes l'occasion de chutes déplorables. — La nuit également, Ifi danger est plus grand que lejour(i).)) 2° Si, en elles-mêmes et dans les circonstances qui les entourent, les danses présentent des dangers au point de vue moral, ces dangers sont plus ou moins grands selon les personnes, qui résistent ou succombent plus facilement les unes que les autres. \. défaut donc d'une règle générale et absolue, il y i lieu de tenir compte, selon les cas, du tempérament, de l'impressionnabilité et de la fragilité d'un îhacun, c'est-à-dire des dispositions subjectives, qui ont que tel danger, prochain pour les uns, est sim- )lement éloigné pour les autres. Car le plus souvent, 'occasion de péché n'est que relative ou personlelle. Aussi, dit Gury (2), est-ce avant tout à ce [langer personnel qu'il faut prêter attention ainsi [u'aux raisons qu'on peut avoir de prendre part à la danse. S'il en résulte que le danger est prochain, 'abstention est obligatoire, car on pécherait graemcnt contre la vertu de prudence, à moins d'avoir our excuse un motif grave, comme serait, par xemple, pour une femme, celui d'offenser gravelent ses parents ou son mari en résistant à leurs yjrdres formels. Si, au contraire, le danger n'est
I. Dict.de théol., t. iv, col. i33-i24. — 3. Casas consciênliœ^ , aris, 1891, t. I, p. 100; Cas., xxii, n. a33.
Ôyd LE CATECHISME ROMAIN
qu'éloigné, une cause raisonnable suffit pour excuser la danse, à moins que, pour éviter un scandale, la charité envers le prochain ne fasse un devoir de s'en abstenir (c). C'est au confesseur d'en juger, s'il est préalabl«ement consulté, ou de décider, après coup, avec tous les ménagements de la discrétion et de la sagesse, s'il y a lieu de donner ou de retarder l'absolution.
3. La question des spectacles, en général, et du théâtre, en particulier, ressemble par plus d'un côté à celle de la danse, et appelle les mêmes distinctions, les mêmes conclusions. En soi, le spectacle n'a rien d'intrinsèquement mauvais et qui le rende absolument illicite ; mais, en fait, dans la réalité concrète, dans son mode ou dans son objet, dans son but, dans les passions qu'il soulève, dans les vices qu'il excite, dans les désordres moraux qu'il provoque, le spectacle, et notamment le théâtre, peut difîicilement passer pour une distraction innocente, et moins encore pour une école de vertu. 11 n'a même pas trouvé grâce devant la plupart des sages ou des écrivains de l'antiquité païenne (2). Et il n'est pas étonnant qu'il ait été flétri et condamné par les Pères de l'Eglise tant de l'Eglise grecque que de l'Eglise latine.
Ces derniers, dit-on, et particulièrement Tertullien, ont motivé leur condamnation par l'idolâtrie qui en faisait le fond. Rien de plus vrai ; mais ce n'était point là l'unique raison, il y en avait d'autres, qui valent tout autant de nos jours. « Ils blâ-
I. Parmi ces motifs raisonnables, Marc, Insl.U. morales, t. i, p. 533, n. 83i, signale les suivants : Finis una alterave vice in anno relaxandi animum, facilius inveniendi occasionem matrimonii, non displicendi adamanti, satisfaciendi vicinis ad choreas invitantibus, non se exponcndi alicui censurae vol irrisioni, etc. — 2. Voir une note à la fin de la leçon.