‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 254 sur 312 · LES SPECTACLES ET LE THEATRE · texte numérisé non relu

LES SPECTACLES ET LE THEATRE

ment dans les jeux et les théâtres, disait Bossuet (i), l'inutilité, la prodigieuse dissipation, le trouble, la commotion de l'esprit peu convenable à un chrétien, dont le cœur est le sanctuaire de la paix ; ils y blâment les passions excitées, la vanité, la parure, les grands ornements qu'ils mettent au rang des pompes que nous avons abjurées par le baptême, le désir de voir et d'être vu, la malheureuse rencontre des yeux qui se cherchent les uns les autres, la trop grande occupation à des choses vaines, les éclats de rire qui font oublier et la présence de Dieu et le compte qu'il lui faut rendre de ses moindres actions et de ses moindres paroles ; et enfin tout le sérieux de la vie chrétienne. »

Ces raisons ne sont que trop justifiées. Impossible, en effet, de rester insensible devant une représentation théâtrale ; on s'y intéresse malgré soi, et l'on finit par y prendre part dans l'intimité de sa conscience ; de spectateur on devient acteur, avec d'autant plus de facilité que la concupiscence s'y trouve plus puissamment ou plus habilement excitée. Quand le spectacle est un outrage manifeste à la foi ou aux mœurs, nulle hésitation n'est possible : il doit être condamné ; tout chrétien qui se respecte doit se l'interdire, à cause du danger qu'il offre ou du mal qu'il cause. Et tel est, aujourd'hui, le cas de la plupart des pièces qu'on joue au théâtre. Sous une forme plus ou moins insinuante ou habile, parfois même avec quelque brutalité, elles sont une véritable excitation à la débauche, un foyer de I dépravation morale ; on n'y respecte ni les dogmes de la foi, ni les lois de la pudeur et de la bienséance, ni les principes vulgaires de l'honnêteté, ni

I. Maximes et réflexions sur la comédie, publiées par Bossuet, en 1694, pour répondre à l'imprudente thèse du P. Gaffaro, CEuvres, Paris, i83G, t. xi, p. i63 sq.

la sainteté du mariage, ni la constitution divine de la famille ; on n'y voit, le plus souvent, que l'excuse du vice, quand ce n'est pas son exaltation; elles roulent sur les intrigues les plus grivoises, sur les prétendus droits du divorce et sur les indécents succès de Tadultère. Comme dit Bossuet, l'homme y fait à la fois un jeu de ses vices et un amusement de la vertu. De telles pièces sont dignes de toute réprobation.

Mais que penser de celles qui, sans un but immoral, mettent en scène les passions du cœur, ou qui, pour montrer le danger des sentiments criminels, n'hésitent pas à en étaler sous les yeux la peinture vivante? Que dire de celles qui mettent en jeu les passions de l'amour licite ? Bossuet ne les approuve pas, et il a raison. « Vous pouvez dire à coup sûr, dit-il, de tout ce qui excite le sensible dans les comédies les plus honnêtes, qu'il attaque secrètement la pudeur. Que ce soit ou de plus loin ou de plus près, il n'importe: c'est toujours là que l'on tend, par la pente du cœur humain à la corruption (i). )) « Par quelque endroit que vous frappiez la concupiscence, tout s'en ressent. Le spectacle saisit les yeux ; les tendres discours, les chants passionnés pénètrent le cœur par les oreilles. Quelquefois la corruption vient à grands flots; quelquefois elle s'insinue comme goutte à goutte ; à la fin on n'en est pas moins submergé. On a le mal dans le sang et dans les entrailles avant qu'il éclate par la fièvre. En s'affaiblissant peu à peu, on se met en un danger évident de tomber, avant qu'on tombe; et ce grand affaiblissement est déjà un commencement de chute (2). »

I. Maximes et réflexions sur la comédie, 5; OEavres, Paris, i836, t. XI, p. lôg, — 2. Ibid» S ; p. 161 .

Page 1