REMEDES CONTRE LA LUXURE
spectacles ou n'assistera qu'à ceux où il aura quelque espoir de ne pas trouver une occasion prochaine et grave de péché.
IV. Remèdes contre les péchés de luxure. — L'homme, composé d'une âme et d'un corps, est un centre d'activité et de mouvements, dont il est le terme ou le point de départ, le but ou l'agent, mais qui doivent être coordonnés, subordonnés et solidaires, sous peine de devenir une cause permanente de désordre et d'anarchie, d'autant plus que, depuis jla chute originelle, ils ont une tendance à l'indisci- ;pline de par le fait de la concupiscence. C'est donc « ijà la partie supérieure de son être, à la raison, de les discipliner comme il convient, de maintenir dans l'ordre et la règle les appétits sensibles ou charnels qui l'entraînent vers le mal. De là un dejvoir de vigilance constante, de tempérance et surtout de charité, des précautions à prendre pour préjvenir toute chute.
1 Mais lorsque, par suite de négligence, d'oubli, d'aberration mentale et d'entraînement charnel, il y jî chute et péché de luxure, lorsque surtout l'habijtude s'en mêle et constitue un état des plus déplo- Irables au point de vue moral, l'obligation s'impose le faire cesser un pareil état, de réprimer de sem jblablcs fautes : une thérapeutique spirituelle s'impose, et d'autant plus énergique que le cas est plus j^rave. Laquelle .^ Tous les moralistes l'indiquent: lî'est un traitement moral dûment approprié. Et ce raitement consiste tout d'abord à s'abstenir des îictes coupables qui entretiennent la mauvaise ha- )itude ; ensuite à éviter les occasions que l'on sait 'onduire aux péchés de luxure, et à pratiquer tous es devoirs déjà signalés pour se mettre en garde • };ontre les rechutes.
58o LE CATÉCHISME ROMAIN
La vigilance et la prière ont ici un rôle important à jouer, selon le conseil de Notre Seigneur, car elles sont des moyens pour ne pas succomber ; mais aussi, selon la règle bien connue : Contraria conirariis curantur, la mortification des sens doit particulièrement s'exercer pour apaiser les ardeurs et éteindre les feux de la concupiscence. Par dessus tout, c'est aux moyens surnaturels qu'il faut recourir, dans un esprit de foi, d'espérance et d'amour, à la méditation des fins dernières, au culte et à l'invocation de la sainte Vierge, à la réception fréquente des sacrements de pénitence et d'eucharistie, l'un servant à purifier l'âme, l'autre à la restaurer et à la fortifier, puisqu'il est le pain des anges et des forts, le vin qui fait germer les vierges (i). Ce rôle purificateur de la communion, qui pourrait en dire la merveilleuse efficacité P Une âme égarée par le trouble des sens, traînée par eux dans les fanges du vice et les ignominies de la luxure, désire revenir à l'air pur, à l'atmosphère vivifiante de la chasteté, reprendre le chemin royal et divin qui mène aux hauteurs ensoleillées par la grâce, s'affranchir par un puissant coup d'aile ; à qui donc s'adressera-t-elle, avec la confiance humble et assurée du succès, sinon à Celui qui lave et purifie, relève et console, rend et conserve la pureté ? Et comment pourrat-elle recourir à lui, sinon par la communion ? Ah ! que saint Jean Ghrysostome avait raison quand il proclamait que l'Eucharistie modère ou même éteint les feux de la concupiscence (2) ! Elle fait mieux encore, elle les remplace par d'autres feux, les feux de l'amour divin, et ceux-ci, essentiellement purificateurs, consument tous les restes et toutes les traces de la luxure.
I. Cat. Rom., loc. cit., n. 19-ao. — 2. In Joan., hom. xlvi, Patr. gr., t. lix, col. 361.
I. La chasteté. — « C'est une vertu austère, forte, mâle, jalouse; délicate, difficile et tout ensemble pleine de délices.
« Elle est austère parce que maintenir la paix et l'harmonie dans ce corps divisé et orageux que le péché nous fait, c'est positivement le dompter ; et l'on n'y parvient pas sans le traiter durement, il faut dire sans le maltraiter. Chasteté, châtiment, même en français, quoique moins évidemment qu'en latin, qui est la langue à laquelle ces termes appartiennent, ce sont deux mots germains, nés de la même racine, et exprimant une idée analogue, quoique le second dise plutôt le moyen employé et le premier l'effet obtenu.
« C'est aussi une vertu forte: il le faut pour qu'elle soit austère et s'acquitte de son rude office. 11 le faut, de plus, pour qu'elle résiste aux séductions dont elle vit entourée ; car elle a cela de propre qu'on ne l'assiège guère que par flatterie, et que l'arme la plus redoutable que son ennemi ait coutume d'employer contre elle, ce sont des tendresses et des caresses.
(( Et de là vient que c'est une vertu mâle. Ce qui est souvent recommandé dans l'Ecriture, d'être homme et d'agir virilement, est ici d'une application directe. Aussi a-t-on coutume d'appeler efféminés ceux à qui manque habituellement le courage d'être chastes.
(( C'est encore une vertu jalouse: jalouse à cause de Dieu dont elle défend les intérêts, dont elle fait l'œuvre, dont elle maintient l'empire. Son œil est comme une flamme, sa main comme une torche embrasée.
« Et en même temps elle est d'une délicatesse incroyable. Toute armée qu'on la voit, et toujours prête à guerroyer, elle ressemble aux colombes qui fuient rien qu'à entendre le bruit d'un pas : on dirait une fleur qu'une brise émeut, dont un rayon trop vif fait incliner la tête, et qui meurt sous l'étreinte de la moindre gelée. Elle est timide, elle rougit aisément; elle aime l'ombre et se tient à l'écart ; elle vit de discrétion, de précaution, de régime, gous ÇQ rapport, il n'y a pas de vertus (^u'ellejit plus d§
goût à fréquenter que l'humilité, la mortification et la prudence.
« Mais cela prouve qu'elle est très difficile. D'abord, c'est une vertu complexe, qui en suppose bien d'autres, et ne peut ni se passer de leur concours, ni vivre hors de leur compagnie. De plus elle oblige l'homme à des efforts constants. Ce ne peut être une vertu qui chôme ni qui s'endorme. Saint Jean Climaque la nomme « une sublime négation de la nature, ou plutôt une victoire remportée sur elle, et un noble défi jeté par un corps mortel à ces Esprits célestes qui ne peuvent pas mourir. » Tout cela n'indique rien d'aisé. Néanmoins, malgré ce labeur, auquel on comprend assez que la souffrance vient souvent se joindre, c'est une vertu pleine de délices. Justement parce qu'elle fait répudier et dédaigner les voluptés d'en bas, elle fait mériter celles d'en haut, et prépare l'âme à les sentir. » Mgr Gay, De la vie et des vertus chrétiennes, 6* édit., Paris, 1878, t. 11, p. 272-274.
2. Sentiment de quelques anciens païens sur les spectacles. — « Platon n'admettait dans sa République ni la tragédie, ni la comédie, comme étant également dangereuses pour les acteurs et pour les spectateurs. L'art même du comédien lui paraissait introduire dans la vie humaine un caractère de légèreté indigne d'un homme et directement opposé à la simplicité des mœurs. Il craignait qu'à force de vouloir représenter les passions au naturel, on n'en vînt à développer au dedans celles qu'on cherchait à exprimer au dehors. En examinant l'un après l'autre les principaux ressorts de l'action théâtrale, il n'approuvait pas plus les lamentations dont retentissait la scène antique, que les bouffonneries par lesquelles on s'efforçait de satisfaire « ce penchant aveugle et impétueux à se laisser emporter par l'envie de rire. » Exciter la ]f)artie faible et plaintive de notre être lui semblait tout aussi blâmable que de flatter les instincts moqueurs de l'homme. Il concluait de là que les spectacles ne sont propres qu'à entretenir et à augmenter ce qu'il y a en nous de déraisonnable (i). Certes, aucun Père de l'Eglise n'a