III. De rAumône
Au-delà de la stricte justice, un autre devoir s'impose vis-à-vis du prochain, quand il est pauvre, c'est celui de la charité sous forme d'aumône matérielle. Et c'est ici qu'en traite le Catéchisme Romain, (i).
I. Nécessité de Tauinône. — i. Elle est une charge de la propriété. La propriété, en effet, partage les hommes en deux catégories : ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien, les propriétaires et les pauvres. Gomment ces derniers peuvent-ils pourvoir à leur subsistance? Par le travail sans aucun doute. Mais quand ils n'ont pas de travail ou lorsqu ils ne peuvent pas travailler, c'est aux propriétaires et aux riches de leur venir en aide. Ceux qui ont trop doivent donner à ceux qui n'ont pas assez ; non par une obligation de stricte justice età titre de restitution, car la propriété, quand elle est jlégitimement acquise, n'est pas le fruit de l'usurpa- Ition, et la pauvreté n'est pas d'ordinaire la conséquence du vol ou de la fraude, mais au nom de la charité et pour faire un bon emploi de la richesse. L'aumône est ainsi l'une des charges sociales de la jpropriété.
2. Elle est an devoir de charité, de cette charité que IDieu veut que nous ayons envers le prochain, et qui ne se conçoit pas sans des actes extérieurs de com- [passion (2), de miséricorde, de bienveillance et de
I. Il a déjà été question de la charité en général, des œuvres |spirituelles et corporelles de miséricorde, dans la leçon consairée à la Charité. — 2. « Ce précepte (le septième), dit le Catéchisme Romain, ordonne d'avoir compassion des pauvres et des lécessiteux, d'employer ses ressources et ses bons offices pour pcs soulager dans leurs besoins et leurs détresses. » La question le l'aumône a été traitée en particulier par saint Cyprien, De
Ll CATÉCHISME. — T. V, 39
bienfaisance. Passer près d'un misérable dans le besoin, sans le secourir quand on le peut, serait faire preuve qu'on n'aime pas son prochain. Or, l'acte d'amour, dit saint Thomas, inclut la bienveillance par laquelle on veut du bien à celui qu'on aime. La volonté, d'autre part, effectue ce qu'elle veut, quand cela lui est possible, et ainsi la bienveillance à l'égard de celui qu'on aime découle de l'acte d'amour (i). Amour, bienveillance et bienfaisance sont étroitement liés et ne vont pas l'un sans l'autre.
3. Elle est un précepte divin, souvent rappelé dans l'Ancien Testament, mais plus encore dans le Nouveau, comme en font foi les paraboles du bon samaritain, de l'économe infidèle, et du mauvais riche. Mais c'est surtout dans l'annonce du jugement dernier que Jésus montre la nécessité et l'importance de l'aumône matérielle, en disant que les miséricordieux seront élus et placés à sa droite, tandis que les hommes au cœur dur seront placés à sa gauche et damnés. Il y aura, au jugement dernier, une double sentence qui est de nature à faire réfléchir. La voici :
(( Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez, les bénis de mon père : prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde. Car j'ai eu
opère et eleemosynis, Pair, lal.^ t. iv col. 602-622 ; par saint Basile, Sermo de eleemosyna. Pair, gr, t. xxxi, col. ii54- 1 167 ; par saint Grégoire de Nazianze, Oral., xiv, de pauperum amore. Pair, gr., t. xxxv, col. 858-910 ; par saint Grégoire de Nysse, Oral., i, 11, de paaperibus amandis. Pair. gr. , t. XLvi, col . 454-490 ; par saint Jean Chrysostome, hom. de eleemosyna. Pair, gr, t. xlix, col. agi-Soo, et passim ; par saint Augustin, 5erm. xxxvr, xlt, xlii, l, lx, lxxv, lxxvi, cccLXXxviii-cccxc ; par le pseudo-Augustin, Serm. cccvi-cccxii.