‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 273 sur 312 · I. Encycl. Graves de communia i8 janvier · texte numérisé non relu

I. Encycl. Graves de communia i8 janvier

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lui faut pour cela l'usage des biens indispensables pour sa propre subsistance et la subsistance des siens. En outre il a un certain rang à tenir, conformément à sa position sociale ; et sans rechercher un luxe exagéré, il a droit de se servir de ce qu'il possède pour améliorer sa situation, assurer l'éducation et rétablissement de ses enfants, se prémunir contre une maladie, des accidents ou des revers de fortune toujours possibles. Au delà, les biens qui ne sont nécessaires ni à la vie, ni à la condition, et restent disponibles, sont appelés superflus. A vrai dire, le superflu est quelque chose de relatif. Et beaucoup sont portés à croire qu'il existe très rarement, ce qui rendrait chimérique Tobligation de l'aumône. On est même allé jusqu'à soutenir que, « chez les gens du monde, même chez les rois, on peut difficilement constater l'existence d'un superflu, relativement à telle situation, et qu'ainsi on rencontre difficilement quelqu'un d'obligé à faire l'aumône, quand il est tenu uniquement d'y employer ce qu'il a de superflu relativement à son état. » Cette proposition exagérée a été condamnée comme scandaleuse et pratiquement pernicieuse (i). Tout chrétien, toute famille chrétienne, qui a l'intelligence du pauvre, sait borner à de sages limites l'emploi de sa fortune et a soin chaque année de prélever, dans son budget, la part des pauvres, la part de Dieu.

3. Règles pratiques. — Dans le cas de nécessitt extrême, on est tenu, pour secourir l'indigent, d'] employer les biens superflus et, dans une certainll mesure, les biens nécessaires à sa propre condij tion ; mais on n'est pas obligé d'y sacrifier les bienj

I. Prop. 12, condamnée par Innocent XI, 2 mars 1679 Denzinger, n. 1162 (1029).

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nécessaires à sa propre vie. Aller jusqu'à ce dernier point constituerait un acte héroïque de charité fort méritoire devant Dieu, mais nullement obligatoire. — Dans le cas de nécessité grave, le devoir est semblable, mais pas égal ; il se trouve conditionné par la nécessité même de l'indigent et reste subordonné, d'une part, à l'étendue des besoins et à l'urgence des secours, et, d'autre part, au sacrifice réel que doit s'imposer le bienfaiteur. — Et dans le cas de nécessité commune, on n'a à soutenir les pauvres qu'avec son superflu. Mais alors est-ce avec tout son superflu ou seulement avec une partie? Thomassin(i) est pour le don de tout le superflu ; d'autres sont pour l'abandon de la moitié, du quart, du dixième, du vingtième, et même seulement du cinquantième. Impossible d'établir une règle fixe et uniforme ; car cela dépend des circonstances de temps, de lieu et de situation personnelle dans lesquelles sont placés le riche et le pauvre. L'essentiel, c'est que les pauvres soient secourus : telle est la volonté de Dieu. Et pour les secourir, les riches doivent y consacrer la part nécessaire de leur superflu.

4. A défaut d'aumône, le Catéchisme Romain indique le prêt et conseille le travail et la sobriété. — « Ceux, dit-il, qui ne peuvent donner aux pauvres de quoi soutenir leur vie, doivent au moins leur prêter volontiers, selon le commandement du Seigneur : « Prêtez sans rien espérer en retour (2). » C'est un acte dont le saint roi David a exalté les mérites : « Heureux Vhomme qui exerce la miséricorde et qui prête (3). » — A défaut d'autre moyen de secourir ceux qui ont besoin de la pitié des autres pour vivre, il appartient à la charité chrétienne, ce qui du reste est un moyen d'éviter l'oisiveté, de se procurer par le travail, l'occupation et l'ouvrage manuel, de quoi soula-

I. Traité de l'aumône, Paris, 1695. — 2. Luc, vi, 35. — 3. Ps»t CXI, 5.

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ger la misère de l'indigent. L'Apôtre y exhorte tous les fidèles par son propre exemple, quand il écrit aux ïhessaloniciens : « Vous savez vous-mêmes ce que vous devez faille pour nous imiter (i). » « Appliquez-vous à vivre en repos, à vous occuper de vos propres affaires et à travailler de vos mains, comme nous vous l'avons recommandé (2). » Il écrivait aux Ephésiens : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus ; mais plutôt qu'il s'occupe, en travaillant de ses mains, à quelque honnête ouvrage, afin d'avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin (3). »

— Il faut aussi vivre avec sobriété et épargner le bien d'autrui pour n'être point à charge ni nuisible aux autres. Cette vertu a sans doute brillé dans tous les Apôtres, mais combien plus dans saint Paul, qui disait aux Thessaloniciens : « Vous vous rappelez, mes frères, notre labeur et notre fatigue ; c'est en travaillant nuit et jour, pour nêtre à charge à personne d'entre vous, que nous vous avons prêché l'Evangile de Dieu (4). » « Nous avons été jour et nuit à l'œuvre, dans la fatigue et dans la peine, pour n'être à charge à aucun de vous (5). »

Le travail et la sobriété ont ainsi le double avantage de se mettre à l'abri du secours d'autrui et de pouvoir subvenir aux besoins des autres. Mais il faut convenir que si le plus grand nombre consent à travailler et à pratiquer la sobriété et l'épargne, c'est moins en vue de secourir le prochain que de se procurer à soi-même des ressources nécessaires à l'entretien de sa vie et de sa condition sociale. Trop souvent, dans cette préoccupation intéressée et du reste fort légitime, la pensée généreuse et vraiment chrétienne de pouvoir ainsi faire l'aumône fait défaut.

III. Conditions de Taumône. — L'aumône, pour être digne de ce nom, ne doit blesser ni les droits de la justice, ni les droits de la charité.

I. Il Thess., III, 7. — 2. I Thess.y iv, 11. — 3, Eph., iv, 25.

— 4. I Thess., Il, 9. — 5. II Thess., m, 8.

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I. Da côté du bieiifaitear . « Celui qui donne doit donner de son propre bien et non du bien d'autrui. Faire l'aumône c'est transférer au pauvre la propriété d'un bien ; or, nul ne peut transférer une propriété qu'il n'a pas. En conséquence, un injuste détenteur ne peut secourir les malheureux à l'aide du bien qu'il possède injustement ; son premier devoir est de restituer (i). De même un débiteur ne peut faire des générosités tant qu'il n'a pas satisfait ses créanciers ; un enfant et un domestique ne peuvent donner l'argent qui appartient soit aux parents, soit aux maîtres. Faisons cependant deux réserves. Dans le cas d'extrême nécessité, on peut prendre sur le bien d'autrui pour secourir le prochain, car alors le droit de propriété perd sa rigueur. Les enfants et les domestiques qui interprètent raisonnablement les intentions de leurs parents ou de leurs maîtres, pour faire quelquefois de menues aumônes en leur nom, sont exempts de faute en raison du consentement tacite des intéressés.

(( 11 faut de plus que celui qui donne ait la libre disposition ou l'administration de son bien. La faculté de donner peut, en effet, être liée par des lois sages, fondées sur des raisons d'ordre social et de droit naturel. C'est ainsi que les mineurs et les femmes mariées ne peuvent disposer des biens dont ils sont propriétaires, ni même des revenus de ces biens. L'aumône leur est interdite par le fait même.

« Cependant il faut entendre cette règle des aumônes considérables et non des menues offrandes

I . Dans la simonie, la justice étant violée par le vendeur et l'acheteur, le prix d'achat n'est pas à restituer mais à être distribué en aumônes. Quant au gain honteux, qui provient du commerce illicite de son corps, il blesse assurément la

: morale, mais non la justice, et peut dès lors servir à faire

' l'aumône. Sum. theol., IP 11»% Q. xxxii, a. 7.

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qui peuvent être données accidentellement et dans les limites d'une sage prudence. En ce qui concerne particulièrement les femmes mariées, saint Liguori enseigne, avec la plupart des auteurs, qu'elles peuvent faire les aumônes ordinaires et communes que font les femmes de leur condition, malgré l'opposition formelle du mari, parce que la coutume leur a concédé ce droit qu'il n'est pas au pouvoir du mari de leur enlever (i). »

2. Du côté du pauvre. « L'aumône doit être universelle, c'est-à-dire qu'il n'en faut exclure aucun pauvre. L'aumône est, en effet, un acte de la vertu de charité. Or, la charité est sans exclusion : elle s'étend aux étrangers, aux infidèles, aux impies, même aux ennemis. « Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a soif, donnez-lui à boire (2). » Cependant il n'est pas interdit à un riche d'avoir ses pauvres de prédilection, à qui il dispensera la plus grande part sinon la totalité de ses aumônes. Il peut pourvoir d'une façon spéciale aux besoins de ceux-ci, pourvu qu'il n'exclue pas absolument les autres de sa bienveillance et qu'il soit disposé à leur venir en aide, fussent-ils ses ennemis, en cas de nécessité grave.

(( L'aumône doit être ordonnée comme la charité. Il faut pourvoir à la nécessité extrême avant la nécessité grave ; à celle-ci avant la nécessité commune. Toutes choses égales, il faut assister ses proches avant les étrangers, les bons et les vertueux avant les méchants et les impies (3).

« L'aumône doit être faite avec prudence et discernement, car il n'y a pas d'acte de vertu s'il n'est

I. S. Liguori, Theol. mor., L. III, n. 54o, Paris, 1878, t. 11, p. 352. — 3. Rom. y XII, 20. — 3. S. Thomas, Sixm. theol., II* II", Q. xxYi, a. 8.

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réglé par la prudence. C'est pourquoi il ne faut donner qu'à de vrais pauvres. Agir autrement et donner à ceux qui n'ont pas besoin d'assistance serait priver d'autant les malheureux qui manquent I du nécessaire. 11 ne faut pas, non plus, sous prétexte de bienfaisance, favoriser le vice, par exemple la paresse ou l'ivrognerie.

({ A ce sujet, les moralistes et les économistes s'accordent à proclamer qu'une des formes les plus recommandables de la charité pour les malheureux est {assistance par le travail. Donner une occupation et une rémunération proportionnée à l'ouvrier sans travail, est un acte de charité qui arrache le pauvre au danger de Toisiveté et le relève à ses propres yeux, en lui permettant de gagner lui-même sa subsistance (i). »

I\ . Récompenses de raumône. — C'est un sentiment général que l'aumône porte bonheur. Et l'Ecriture en fait un éloge des plus extraordinaires Elle proclame heureux l'homme qui a l'intelligence du pauvre et lui porte secours. D'après le livre de Tobie, qui en est le panégyrique divin, l'aumône délivre de tout péché et de la mort qui eu est la solde, et ne souffre pas que l'âme miséricordieuse 1 soit jetée dans les ténèbres extérieures; ce qui veut Idire qu'elle est un puissant moyen de se faire parjdonneretde rentrer en grâce avec Dieu, de sortir du péché et de s'assurer le salut; non certes à la manière d'un sacrement, mais en vertu des faveurs spéciales que Dieu veut bien lui reconnaître. Au milieu de ses malheurs et de ses humiliations, Job se consolait avec raison des aumônes qu'il avait faites au temps de sa prospérité. Et Tobie recouvra la

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