IV. Fausses excuses contre le vol
Les Rédacteurs du Catéchisme Romain ont tenu, en finissant leur explication du septième commandement, à dissiper quelques-unes des raisons que l'on fait valoir parfois pour excuser le vol. Excuses vaines, disent-ils, qui, loin de diminuer la faute, l'aggravent considérablement.
I. Excuses des nobles. « 11 faut donc condamner la vie de luxe et de plaisir des nobles, qui pensent atténuer leurs fautes en prétendant que s'ils s'abaissent à prendre le bien d'autrui, ce n'est ni par cupidité, ni par avarice, mais simplement pour soutenir le rang de leur famille et de leurs ancêtres, dont la considération et la dignité tomberaient à moins de leur donner pour surcroît d'appui la ressource du bien d'autrui. Erreur pernicieuse à détruire, en leur montrant que l'unique moyen de conserver et d'étendre les ricliesses, la puissance et la gloire des ancêtres, c'est d'obéir à la volonté de Dieu et d'observer ses commandements, sous le mépris desquels on voit les fortunes les mieux fondées et les mieux établies s'écrouler, les rois tomber de leur trône et du faîte de leur puissance, et la Providence élever parfois à leur place des hommes de basse extraction et qui leur étaient souverainement odieux. On ne saurait se faire une idée du courroux de Dieu contre eux, comme en témoigne ce passage d'Isaïe où Dieu parle ainsi :
« Tes princes sont des rebelles,
Et des compagnons de voleurs ;
Tous aiment les présents
Et courent après les récompenses ;
Ils ne font pas droit à l'orphelin
Et la cause de la veuve ne vient pas devant eux,
Cest pourquoi ainsi parle le Seigneur,
Jéhovahdes armées, le Fort d Israël :
Ah ! je tirerai satisfaction de mes adversaires
Et je me vengerai de mes ennemis.
J'étendrai ma main sur toi Et je fondrai tes scories comme avec de la potasse (i). »
II. Excuses des jouisseurs. — a D'autres ne metteni pas en avant la splendeur et la gloire de leur maison J mais les avantages d'une vie plus commode et plus élc-j gante. Il faut pareillement les réfuter et leur montrerj tout ce qu'il y a d'impie dans leurs actes et dans leurs paroles, quand ils mettent ces avantages au dessus de lai volonté et de la gloire de Dieu, qu'on offense étrangement! en négligeant ses préceptes. D'ailleurs quels avantages^ peut-il y avoir dans le vol, qui entraîne après lui leî conséquences les plus funestes ? « La confusion tombe sut le voleur, » a dit l'Ecclésiastique (2). Mais non, ne par-* Ions pas d'inconvénients. Le voleur ne laisse pas de désho-^ norer le nom de Dieu, de résister à sa très sainte volontéj de mépriser ses préceptes salutaires ; et de là sortent comme de leur source toute erreur, toute injustice, toute impiété (3). »
III. Autres excuses. — « Il se rencontre parfois des voleurs qui prétendent ne pas pécher, en prenant aux riches et à ceux qui sont dans l'abondance, parce que ceuxci n'éprouvent point de dommage et même ne s'en aperçoivent pas. Quelle misérable et délétère justification !
(( Tel autre s'imagine sans faute parce qu'il a si bici contracté l'habitude de voler qu'il lui est très difficile d'ci détacher son cœur et ses mains. Mais, s'il n'écoute pas l'Apôtre qui lui dit : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus (II), )) il faudra bien, bon gré mal gré, qu'il s'habi-1 tue aux supplices éternels.
(( D'autres allèguent l'occasion pour excuser leur vols.] C'est, en effet, un proverbe rebattu que l'occasion fait 1( larron. Mais il faut les arracher à cette criminelle manière"] de voir, par ce motif que l'on doit résister à ses mauvais] penchants. Car si l'on pouvait se permettre sur le champ] tout ce que conseille la passion, où serait la limite, oùj
I. /s., I, 23-25. — 2. Eccli., V, 17. — 3. Cat» Rom., loc, cit.f n. 3o-34. — 4. Eph., iv, 23.