NECESSITE DE L*AUMONE
l'instant où il faudrait se juger une dernière fois soimême avant d'aborder le Juge qu'on ne trompe pas. Hélas ! les forces fléchissent, la pensée s'obscurcit. Une seule idée envahit avec une clarté importune, croissante, ce cerveau à demi glacé par l'agonie : c'est le souvenir des injustices commises, de l'argent mal gagné. Il faudrait rendre, mais à qui ? Le coupable ne connaît pas toujours ceux qu'il a laisés. Rendre, mais comment? Si la confession est secrète, la restitution ne l'est pas. Et quoi? Ce père va être contraint de se diffamer lui-même devant ses enfants ? Peut-être l'ingénieuse charité du prêtre trouvera-t-elle un moyen de sauver l'honneur. Ce qu'il ne peut empêcher, c'est que l'héritage en soit diminué. Et ici l'avarice des héritiers se fait la complice de celle du mourant. Celui-ci redoute à l'avance leurs reproches posthumes, leurs malédictions, leurs colères. Quelquefois cette crainte .vile arrête sur ses lèvres la confession de ses rapines et tourne, en sacrilège le sacrement du pardon. Plus souvent elle lui persuade de reculer l'heure de l'aveu et la mort n'attend pas ; et le pécheur, dévoré de remords, expire dans le désespoir. Si le ministre de Dieu peut pénétrer à l'instant suprême pour tenter l'œuvre de réconciliation, il est trop tard pour arracher aux lèvres défaillantes du moribond les explications nécessaires. Ainsi le devoir de la restitution, qu'on refusait de prendre au sérieux quand il était aisé de le remplir, aura pesé sur les derniers jours de cette existence prête à s'éteindre ; et, après l'avoir accablée d'épouvante et d'angoisse en ce monde, la dette impayée chargera encore cette ame devant le tribunal de Dieu. » Ibid., p. i48.
3. Nécessité de l' aumône. « L'aumône est tout autre chose qu'une pratique de perfection, qu'il est sans doute mieux d'embrasser, mais qu'on peut aussi négliger sans commettre une vraie faute : elle est la matière d'un précepte, et le précepte est grave. Il est d'ailleurs vieux comme le monde, ou plutôt vieux comme le péché ; car l'aumône suppose l'indigence, et l'indigence vient du mal moral. Adam n'était pas pauvre au paradis terrestre ; il ne pou-N ait pas l'être ; et, sans sa chute, il eu eût été
de sa race comme de lui. Mais le péché venant, la pauvreté suivait, traînant souvent la misère après elle ; et alors l'aumône, devenue indispensable à la vie des nécessiteux, devenait à qui la pouvait faire une obligation rigoureuse. Cette obligation est mentionnée cent et cent fois dans l'Ecriture, aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament. La nature l'intimait déjà. 11 n'est pas un seul cœur humain où cette loi de l'assistance ne soit profondément gravée ; et s'il y en avait un, ce ne serait plus un cœur humain. Ici, comme en beaucoup de points, la loi divine positive ne fait que rappeler et consacrer la loi naturelle : on doit son superflu à qui manque du nécessaire. Ce n'est point tout à fait une obhgation de justice, quoique cela y touche par un côté, surtout lorsque la nécessité est extrême ; mais c'est une obligation de charité qui, ne donnant pas, il est vrai, au pauvre le droit d'exiger ce qui lui manque, impose néann,ioins à celui qui voit sa détresse le devoir strict et urgent d'y subvenir comme il le peut. Au reste, pour s'en convaincre, il suffit de considérer en quels termes et avec quelle insistance Dieu formule cette loi, comme aussi la terrible sanctioji qu'il y donne ; car cette sanction, c'est sa malédiction formelle et l'éternelle réprobation qui en est la conséquence. » Mgr Gay, Conférence aux mères chrétiennes, Paris, 1877, t. I, p. 196-197.
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Leçon XVII
Huitième Commandement