I. Joan,, VIII, 44. — 2. Exod., i
Quant aux personnages loués par l'Ecriture et recommandés comme des modèles de A^ertu accomplie, rien n'autorise à croire qu'ils sont tombés dans le mensonge. Lorsque leurs paroles semblent contraires à la vérité, il faut les entendre dans un sens figuré et prophétique. En disant que Sara était sa sœur, Abraham disait vrai, puisqu'elle était la fille de son père ; mais il cacha qu'elle fût aussi sa femme, autre vérité qu'il ne jugea pas prudent de révéler.
C'est dans un sens mystique que Jacob se donna pour Esaii, auprès d'Isaac, parce qu'il avait acheté son droit d'aînesse ; il annonçait ainsi prophétiquement la substitution des Gentils, le peuple puîné, aux Juifs le peuple aîné (i).
D'autres personnages nous sont montrés, non] comme possédant une vertu parfaite, mais comme] animés de dispositions vertueuses, faisant paraître des sentiments nobles et généreux, qui les portaieni au delà de leurs obligations rigoureuses jusqu'au! plus sublime dévouement. C'est ainsi que Judith estj louée, non certes parce qu'elle mentit et trompa] Holopherne, mais parce que, brûlant de zèle pourj sa patrie, elle ne craignit pas de s'exposer aux plus| grands périls pour la délivrer (2).
Si donc, dans aucun cas et pour aucun motif, le] mensonge ne peut changer de nature et devenir! licite, il constitue toujours une faute; faute d'ordi-j naire légère quand il s'agit du mensonge officieu: et joyeux, et grave quand il s'agit du mensongel pernicieux. Le péché mortel est proprement celui qui répugne à la charité, parce que cette vertu donne! la vie à l'âme en l'unissant à Dieu. Or, le mensongel peut être contraire à la charité de trois manières :
I. Cf. s. Augustin, De mendacio et Contra mendaciam. — ; 2. Sum. theoL, W II««, Q. ex, a. 3, ad 3.
LE MENSONGE 6/il
par lui-même, par sa fin, par accident. — Par ^mî- /neme, dansla fausse énonciation qu'il renferme. Si cette fausse énonciation concerne les choses divines, elle est contraire à l'amour de Dieu, parce qu'elle cache ou corrompt la vérité dont il est l'auteur ; elle n'est pas uniquement opposée à la vertu de vérité ou de véracité, mais encore à celles de foi et de religion ; et le mensonge est alors très grave. Quand renonciation fausse concerne des choses dont la connaissance est un bien pour l'homme, parce qu'elle constitue la science et la règle des mœurs, le mensonge, causant un préjudice par l'erreur qu'il fait naître dans l'esprit, est contraire à l'amour du prochain, il est par conséquent un péché mortel. Si l'erreur produite ne concerne que des choses dont la connaissance est indifterente, il est, sous ce rapport, simplement véniel. — Par sa fui, le mensonge peut être contraire à la charité dans plusieurs cas : lorsqu'il fait injure à Dieu, c'est une faute grave, parce qu'il est opposé à la vertu de religion ; lorsqu'il cause du dommage au prochain, soit dans sa personne, soit dans sa réputation, soit dans sa fortune, il est encore une faute mortelle, parce que c'est un péché grave que de nuire au prochain ; tel est le cas du mensonge pernicieux, non celui des mensonoes joyeux ou officieux. — Enfin par accident, le mensonge peut blesser la charité à raison du scandale qu'il donne ou du dommage qu'il cause ; alors, quand la crainte de donner le mauvais exemple et d'offenser la moralité publique n'empêche pas de trahir publiquement la vérité, le mensonge est encore gravement coupable (i). „
(( Tromper mcme par un mensonge joyeux ou officieux, encore que cela n'entraîne ni perle, ni pro-