INJURES CONTRE LA REPUTATION
timents, et cela en présence même du personnage que l'on traite injustement par le manque de respect qui lui est dû. Or, ce manque de respect, entendu au sens formel, c'est-à-dire avec l'intention de porter atteinte à l'honneur ou de nuire, est contraire à la charité et à la justice, et constitue une faute grave. Mais adresser à quelqu'un une parole d'outrage ou de contumélie, sans intention de porter atteinte à son honneur, et plutôt pour le corriger ou dans un but semblable, peut très bien ne constituer qu'un péché véniel et même ne pas comporter de péché du tout. Qui ne voit cependant la discrétion qu'on doit apporter en pareil cas.^ On ne doit user de semblables procédés, observe saint Thomas (i), qu'avec beaucoup de modération et de discernement ; car Toutrage pourrait être tellement grave qu'il portât atteinte à l'honneur de celui qui en est l'objet, alors même que ce ne serait là qu'une simple imprudence ; et dans ce cas il pourrait y avoir péché mortel, sans qu'il y eût intention d'infliger un déshonneur.
Sans doute, quand on est l'objet d'un pareil manque de respect, on peut repousser cette injure, soit pour le bien de celui qui s'en est rendu coupable et pour réprimer son audace, soit aussi pour défendre sa propre dignité et maintenir l'autorité dont on est investi ; mais, ajoute saint Thomas (2), on doit être disposé dans son cœur à supporter toute sorte d'injures quand on voit que cela est utile pour son propre salut et pour celui des autres.
E. — Injure contre la réputation. — On peut atteindre la réputation du prochain, c'est-à-dire la bonne opinion que se font les hommes de sa vie et
ï. Sum. Iheol. II» II''®, Q. lxxii. a. a.— a, Ibid., a. 3^
648 Le CATIEGHISME ROMAIN
de ses mœurs, parle jugement téméraire, la médisance et la calomnie.
Le jugement téméraire est l'assentiment donné, sur des indices légers, à la pensée qui attribue au prochain une faute ou un défaut. Quand l'assentiment est donné avec pleine advertance, et relativement à un mal grave du prochain, le jugement téméraire est communément un péché mortel contre la justice. Car, jusqu'à preuve évidente du contraire, le prochain a droit à l'estime ; et c'est lui faire une injure grave que de le regarder comme improbe sans motif sufQsant. De là le conseil évangélique : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés (i). )) « Ne jugez de rien avant le temps, disait saint Paul (2), jusqu'à ce que vienne le Seigneur. y> C'est Dieu, en effet, qui seul a le droit déjuger, car seul il est le Maître et sait ce qui ce passe au fond des consciences. L'homme, en se permettant déjuger, use donc d'un droit qu'il n'a pas ; et il le fait sur de simples apparences, sur le rapport d'autrui, sur de simples soupçons, c'est-à-dire sur des données trop souvent trompeuses, fragiles et discutables, poussé presque toujours par des motifs personnels et intéressés, qui faussent son jugement (3). C'est un acte de présomption, contraire à la charité et à la justice, donc une faute, dont la gravité atteint parfois celle d'un péché mortel.
La médisance ne viole pas la vérité, puisqu'elle ne fait connaître que des vices ou des fautes véritables du prochain, mais elle blesse la charité et la justice, en révélant sans nécessité, et d'ordinaire avec malice, les fautes ou les vices cachés du prochain, loin des yeux et des oreilles de celui qui est ainsi
I. Matth. vu, I. — 2. I Cor., iv, 5. — 3. Cf. Bourdaloue, Sermon pour le vendredi de la v^ semaine, sur le jugement téméraire.