LA CALOMNIE
attaqué dans sa réputation. Nul vice n'est plus lâche ni plus odieux ; nul n'engage autant la conscience et n'impose autant l'obligation rigoureuse de réparer (i) ; malheureusement, en pratique, c'est celui à la réparation nécessaire duquel on songe et on s'applique le moins.
La calomnie est encore plus grave, car celle-ci se complique d'un mensonge, en imputant au prochain des vices qu'il n'a pas ou des fautes qu'il n'a pas commises. Plus encore que la médisance* elle impose le devoir de réparer le dommage causé à la ' réputation d'autrui. Intrinsèquement mauvaise, la calomnie est toujours illicite. Le 2 mars 1679, Innocent XI a condamné cette proposition : « Probabile est, non peccare mortaliter, qui imponit falsum crimen alicui, ut suam justitiam et honorem defendat (2). »
(( Outre le Taux tcnioignage, dit le Catéchisme Romain(S), ce huitième précepte défend encore le vice et l'habitude détestable de la détraction, cette peste d'où naissent des inconvénients et des maux plus nombreux et plus graves qu'on ne saurait le croire. Lancer secrètement la médisance et l'outrage contre quelqu'un, c'est une action criminelle condamnée à plusieurs reprises par l'Ecriture. « Le détracteur qui déchire en secret son prochain, je l'exterminerai (4). » « Frères, ne dites point du mal les uns des autres (5). » Les saints Livres nous offrent en outre des exemples pour mettre en lumière l'horreur de ce crime. Ainsi Aman, par ses accusations mensongères, parvint à enflammer tellement la colère d'Assuérus contre les Juifs, que ce roi ordonna le massacre de la nation entière. L'histoire sainte est remplie de semblables traits qu'on doit avoir soin de rappeler pour détourner les fidèles de ce vice abominable.
I. Cf. Bourdaloue, Sermon pour le xie dimanche après la Pentecôte, sur la médisance . — 2. Prop. 44 ; Denzinger, n. 1194 (1061). — 3. Cat. Rom., loc. cit., n. 16 sq. — 4- Rs., c, 5. —^ $. JaCi XV, II.
65o LE CATÉCHISME ROMAIN
(( Pour bien comprendre toute la portée de ce vice de la détraction, il faut savoir qu'on blesse la réputation du prochain, non seulement en recourant à la calomnie, mais encore en augmentant et en exagérant ses torts. Si quelqu'un a commis une faute secrète, qui ne puisse être connue sans causer un préjudice ou une flétrissure à sa réputation, celui qui la divulgue dans un lieu, dans un temps et à des personnes auxquelles il n'est pas nécessaire de la faire connaître, doit passer à bon droit pour un détracteur et un médisant.
(( De toutes les détractions, la plus coupable assurément est celle qui s'attaque à la doctrine catholique et à ceux qui la prêchent. Même faute chez ceux qui vantent les propagateurs de l'erreur et des mauvais principes.
(( A la même catégorie coupable appartiennent ceux qui, entendant la détraction et la médisance, non seulement n'en blâment pas les auteurs, mais se plaisent à les approuver. Commettre la détraction ou l'écouter sont deux fautes, dont la plus condamnable, d'après saint Jérôme (i) et saint Bernard (2), n'est pas facile à discerner. Car, disent-ils, il n'y aurait point de détracteurs, s'il n'y avait pas d'auditeurs complaisants.
(( Non moins coupables sont les brouillons (3) qui, par leurs artifices, divisent les hommes et les brouillent entre eux, qui sont heureux de semer des discordes, de miner par des rapports mensongers les liaisons et les sociétés les mieux établies, et de pousser les amis les plus unis à des haines perpétuelles, et même de les armer les uns contre les autres. Fléau que Dieu déteste, car il a dit : a Ta nira pas semant la diffamation parmi ton peuple (4). » Tel était le crime de la plupart des conseillers de Saûl, qui s'efTorçaient de le détacher de David et de l'armer contre lui.
(( Violant encore cette partie du précepte les adulateurs et les vils complaisants qui, avec des flatteries et des éloges simulés, s'insinuent dans l'esprit de ceux dont ils attendent la faveur, de l'argent ou de l'honneur, appe-
I. Epistola ad Nepoiianum. — 2. De consideratione, in fine. ^ 3. Cf. Sum. theol, II* ÏP^^ Q.lxxjv. — - 4. LeviL, 3f|x, 16.