‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 289 sur 312 · MOQUERIE, RAILLERIE, DERISION · texte numérisé non relu

MOQUERIE, RAILLERIE, DERISION

lant, comme il est dit clans le Prophète (i), « le mal bien, et le bien mal. » Ce sont des personnes à chasser de notre compagnie, comme le dit David : a Le juste me corrigera dans la miséricorde et me reprendra ; mais l'huile du pécheur ne parfumera pas ma tête (2). » Encore qu'ils ne médisent point du prochain, ils ne laissent pas de lui être très nuisibles, puisque, en le louant jusque dans ses fautes, ils lui fournissent un prétexte d'y persévérer pendant sa vie.

(( Mais une adulation détestable en ce genre, c'est celle qui se propose le malheur et la perte des autres. C'est ainsi que Salil, dans le désir d'exposer David à la fureur et aux traits des Philistins, le flattait en ces termes : « Voici que je te donneraipour femme ma Jille aînée Mérob; seulement montre-toi plein de vaillance et soutiens la guerre de Jéhovah (3). » C'est également ainsi que les Juifs adressaient à Notre Seigneur ces paroles insidieuses : (( Maître, nous savons que vous êtes vrai et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité (4). »

« Ce qu'il y a pourtant de plus pernicieux encore, ce sont ces discours qu'une misérable complaisance met quelquefois sur les lèvres des amis, des alliés, des parents, qui devant un malade atteint mortellement et près de rendre le dernier soupir, affirment qu'il n'est pas en danger de mourir, l'engagent à être gai et souriant, le détournent de la confession comme d'une pensée trop triste, et écartent de son esprit tout souci et toute pensée du péril extrême qu'il court.

(( Il faut donc fuir toute espèce de mensonge, surtout celui qui peut causer au prochain un dommage notable. Mais mentir contre la religion et les choses qui s'y rapportent, c'est commettre le mensonge le j^lus impie.

(( Dieu est encore grièvement offensé par les injures et les outrages répandus dans les libelles et dans les productions diffamatoires de ce genre (5). »

F. — Moquerie, raillerie, dérision, autant de

I. /s., V, 20. — Q. Ps., cxL, 5. — 3, I Reg.» xvni, 17. — 4. Matlh.f xxn, 16. — 5, Cat, liorri', loc cit., n. 17,

mots, dont la signification précise comporte de multiples nuances, mais qui servent à désigner l'acte par lequel on cherche à tourner le prochain en ridicule, à le blesser dans sa manière d'être ou d'agir, à le couvrir de confusion, à le faire rougir. Un tel acte n'est pas à l'abri de tout reproche; il constitue toujours une faute, le plus souvent légère, mais parfois aussi grave. 11 procède d'un esprit ou d'un cœur mal faits, qui poussent à des propos ou à des gestes irrespectueux par vanité ou orgueil, par jalousie ou envie, par malice ou méchanceté. Il roule toujours sur un mal quelconque ou sur un défaut.

Or, dit saint Thomas (i), un mal, quand il est grand, ne peut pas être un objet de plaisanterie : il doit nécessairement être pris au sérieux. Si donc on en fait matière de rire ou de jeu, c'est qu'on le regarde comme peu considérable. Mais un mal peut être aussi considéré sous un double rapport : en lui-même d'abord, et eu égard aux personnes ensuite. Si ce mal est peu considérable en lui-même, on ne commet, quand on en fait un objet de dérision ou de plaisanterie, qu'un péché véniel dans son genre. Mais quand on regarde ce mal comme peu considérable à raison de la personne, et qu'on y attache peu de prix, comme on ne le fait que trop souvent pour les défauts des enfants et des insensés, se moquer de quelqu'un dans ce sens ou le tourner en dérision, c'est le ravaler entièrement, et le traiter comme une personne tellement vile qu'on ne doive prendre aucun souci de son mal, puisqu'on y trouve, au contraire, une occasion d amusement. Il est évident que la dérision ainsi comprise est un péché mortel. Il y a là un déshonneur plus grand et un

I, Sum.theol.^ Il* Il«e, Q. lxxv, a. 2.

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