‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 29 sur 312 · I. La science et la religion, Paris, 1895, p. i5 sq · texte numérisé non relu

I. La science et la religion, Paris, 1895, p. i5 sq

6o LE CATÉCHISME ROMAIN

ses et des châtiments rabaisse et souille la morale. La religion, en donnant à l'homme l'appui de la grâce et en le jetant entre les bras de la Providence, supprime toute initiative pour le bien et rend l'âme absolument inapte à la lutte pour la vie. En fixant l'attention de l'homme sur l'au-delà, elle le rend indifférent pour les affaires de ce monde. Et en revêtant la forme d une Eglise, elle impose des dogmes à Tesprit et le prive dès lors de tout stimulant pour la recherche de la vérité.

Nous avons déjà dit ce qu'il faut penser du reproche formulé contre les sanctions de la morale chrétienne. Ajoutons que la foi en la Providence est une force pour la morale. Gomment Fhomme, en effet, pourrait-il lutter continuellement pour la pratique de la vertu, s'il n'avait pas confiance dans le triomphe définitif du bien sur l'erreur.^ Et comment pourrait-il entretenir cette espérance s'il ne croyait à l'existence d'un Dieu chargé de corriger les difformités morales de la vie présente et d'assurer le triomphe du bien.^ La religion est une source d'action ; l'histoire du christianisme prouve que les hommes les plus pénétrés des sentiments religieux ont créé dans l'Eglise et la société des œuvres solides et durables, auxquelles on ne peut rien comparer (i), ni dans le passé, ni dans le présent. Ces arguments de fait suffisent pour tout esprit droit et loyal, mais il n'y a pas de pires sourds que ceux qui ne veulent rien entendre, ni de pires aveugles que ceux qui ne veulent rien voir.

I. C'est la réponse du protestant Pfleiderer, professeur à Berlin, l'un des derniers tenants de l'école de Tubingue, dans sa conférence sur la religion et la morale de son livre Religion und Religionen, Munich, 1906. — Hermann, Beitrdge zur Weiierentwitklung der christUchen Religion, Munich, igoS, proteste contre la laïcisation de la morale, et, quoique imbu de kantime, il proclame que la morale ne peut ni se constituer ni subsister sans la foi en un Dieu personnel, source de tout bien.

IMPUISSANCE d'une MORALE SANS RELIGION 6l

Qu'on rapproche, d'autre part, l'action d^une morale qui ne serait pas religieuse de l'efficacité de celle qu'enseigne l'Eglise. A la réserve de quelques cas exceptionnels que peuvent offrir certains esprits d'élite qui, sans être religieux, pratiquent cependant la morale, grâce au milieu dans lequel ils vivent, à l'atmosphère chrétienne qu'ils respirent, à la tradition tout imprégnée de christianisme dont ils sont les bénéficiaires, et qui, par là même appartiennent vraisemblablement à l'âme de l'Eglise, on peut dire que, pour la grande masse, la morale purement rationnelle est impuissante à produire des fruits certains, étendus et durables. Car oii la prendre cette morale non religieuse, à qui la demander? Il y en a tant qui la prônent, et ils s'entendent si peu !

(( Chacune des philosophies n'a même pas le don de convaincre son auteur assez pour régler sérieusement sa pratique ; c'est sur autre chose qu'il vit, et cette autre chose, c'est généralement quelque reste plus ou moins frelaté de christianisme ; quant à sa philosophie : snobisme, métier, amusement d'artiste en concepts ou de baladin d'idées. C'est là ce qui fait l'impuissance constatée de nos éducateurs oftîciels à donner aux jeunes Français une réelle formation morale. Où donc en prendraientils les principes ? On n'apprend aux élèves que ce que l'on sait; on ne peut leur distribuer que ce qui existe, et ce qui existe, c'est le chaos. On tend donc à perpétuer le chaos, à le diffuser, à le faire pénétrer dans les foules, où règne encore, de parles traditions chrétiennes, un reste d'harmonie morale. Le jour où cette chose qui ne s'est jamais vue dans le monde, je veux dire la philosophie régnant seule, s'installerait, on verrait le résultat. Jamais l'image mythologique n'aurait été plus vraie : les Ténèbres, fdles du Chaos, régneraient sur les âmes...

« A l'heure qu'il est, on a pu faire voir en n'invoquant que la plus stricte observation sociologique, que le désarroi moral, où manifestement nous vivons, a pour cause primordiale le relâchement des anciennes disciplines

religieuses. Cette vérité ira de plus en plus en se manifestant. Dieu veuille qu'elle soit reconnue en notre pays avant que ne soient amoncelées les ruines ! En ce qui concerne notamment la vie intime, dont l'importance sociale est de toutes la plus considérable, qui dira l'intluence de la religion, et le néant à peu près complet de tout le reste ? Que ceux qui fréquentent les âmes se lèvent pour dire si la pureté des mœurs chez les jeunes gens, la fidélité et la fécondité dans le mariage sont observées dans les cas difficiles en dehors des secours proprement religieux. D'une façon générale, il faut dire et ne se lasser de répéter que la religion, — Taine disait le christianisme, — est vraiment la « paire d'ailes » indispensable...

« Ce qu'il faut dire, à un point de vue absolu et qui voudrait atteindre la vérité intégrale, c'est que la vraie morale humaine, celle qui comprend la religion à son sommet comme partie principale et partout comme inspiratrice, la vraie morale, dis-je, n'a jamais été réalisée pleinement dans le monde qu'en la personne du Christ, et qu'elle ne sera jamais enseignée efficacement que par Celui qui a dit avec une autorité souveraine : «Vous n'avez qu'un Maître, c'est moi (i), » et par son Eglise, l'Eglise catholique.

2. // n'y a pas de morale scientifique. On a cru, on a répété que la science, désormais apte à tout, allait remplacer la religion et donner une morale; c'est la plus étrange aberration du xix" siècle. La science est une chose et la morale en est une autre ; la science constate des faits, en dégage les lois qui les régissent, en vertu de ce principe toujours sousentendu que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, dans les mêmes circonstances, partout oi^i règne le déterminisme ; mais dans le domaine de la liberté, qui est celui de l'activité humaine, le déterminisme absolu n'existe pas ; il faut nécessairement tenir compte de ce fait que

I. Sertillangcs, Morale et religion, dans la Revue du clergé français, 1907, t. lu, p, 280-284.

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