JUSTICE DANS LES JUGEMENTS
crit, c'est que les tribunaux rendent des jugements équitables et conformes aux lois, et que les hommes n'accaparent pas les causes et n'empiètent point sur les juridictions. Car il ne serait pas permis, comme le dit l'Apôtre, (( de juger le serviteur d' autrui (i), » de peur de porter une sentence sans connaissance de cause. Ce fut là le crime de ce conseil des prêtres et des scribes qui condamnèrent saint Etienne ; ce fut aussi celui des magistrats de Pliilippes, dont l'Apôtre a dit : « Après nous avoir publiquement battus de verges, sans jugement, nous qui sommes Romains, on nous a jetés en prison, et ntaintenant on nous fait sortir en secret (2). »
2. (( Il ne faut ni condamner les innocents, ni absoudre les coupables, ni se laisser in/hiencer par l'argent, la faveur, la haine ou l'amitié. Telle était, en effet, la recommandation de Moïse aux anciens, qu'il établissait juges du pe\iple: « Ecoutez les débats de vos frères, et jugez selon la justice les différends quils pourront avoir entre eux ou avec l'étranger. ]'ous n'aurez point égard, dans vos jugements, à l'apparence des personnes ; vous écouterez les petits et les grands, n'ayant peur d'aucun homme, car le jugement est de Dieu (3). »
3. « Pour les accusés et criminels, Dieu veut qu'ils avouent la vérité lorsqu'ils sont interrogés selon les formes de la justice. Leur aveu est un hommage et une manifestation à la louange et «à la gloire de Dieu, d'après le sentiment de Josué lui-même qui, dans ses exhortations à Acham pour l'amener à confesser la vérité, lui dit : a Mon fils, donne gloire, je te prie, à Jéhovali, le Dieu dîsraël, et rends-lui hommage {l\). »
4. « Ce précepte concerne surtout les témoins. Le curé aura soin d'en parler avec diligence, car le but de ce précepte n'est pas seulement d'interdire le faux témoignage, mais encore d'obliger à l'aveu de la vérité. — Dans les affaires humaines, la véracité du témoignage est
I. Rom. XIV, 4- — 2. Act., XVI, 87 ; Cat. Rom,, loc. cit., n. 20-ai. — 3. Deut., I, 16 ; Cat. Rom., loc. cit., n. 22. — 4* Jos., VII, i() ; Cal. Rom., loc. cit. n. 23.
de la dernière importance ; car il y a un grand nombre de choses que l'on serait condamne à ignorer si on ne les connaissait sur la foi des témoins. Rien n'est donc plus nécessaire que la véracité de ces témoignages dans ce qu'il ne nous est ni donné de connaître par nousmêmes, ni permis d'ignorer. Saint Augustin disait : (( Celui qui tait la vérité et celui qui énonce un mensonge sont tous deux coupables : celui-là parce qu'il ne veut pas être utile, celui-ci parce qu'il cherche à nuire (i). » On peut parfois taire la vérité, mais c'est en dehors des tribunaux. En justice, au contraire, dès que le témoin est légitimement interrogé par le juge, il est tenu de révéler la vérité tout entière ; mais il doit bien prendre garde que trop de confiance en sa mémoire ne lui fasse affirmer comme certain ce dont il n'est pas sûr (2). »
5. « Les défenseurs et les avocats ne refuseront ni leurs services, ni leur appui, aux parties qui en auront besoin ; ils protégeront gratuitement les pauvres ; ils ne se chargeront pas des mauvaises causes ; ils ne prolongeront point les procès par chicane et ne les entre tiendront pas par avarice. Quant aux honoraires de leur office et de leurs soins, ils le régleront sur le droit et l'équité (3). »
6. « Les accusateurs et demandeurs ne doivent pas se laisser entraîner, par l'alfcction, la haine ou d'autres passions, à intenter des actions sur d'injustes imputations {[\). >>
IL Dans les relations ordinaires de la vie. — Puisqu'il faut éviter toutes les fautes dont il a été question dans la première partie de ce commandement, le moyen qui paraît obvie, outre la charité et la justice qui doivent présider à tous nos rapports avec le prochain, c'est, évidemment, l'amour intransigeant de la vérité et la détestation absolue du mensonge.
I. Texte attribué par Gratien à saint Augustin, mais à tort. : — 2. Cat. Rom., loc. cit., n. 24-26. — 3. Ibid., n. 27« — 4. Ibid., n. 28.
i. V amour et le culte de la î^^'n'M. Notre Seigneur Fa dit: « Que voire langage soit: cela est, cela n'est pas (i). )) Donc, (( d'après l'ordre de Dieu, les personnes pieuses doivent toujours être sincères et vraies dans leurs entretiens et leurs discours, et ne jamais rien dire qui puisse nuire à la réputation d'autrui, pas même contre ceux dont elles croiraient avoir à se plaindre ; car il ne faut pas oublier qu'ils ont des rapports étroits d'union comme des membres f[ui appartiennent au môme corps (2). ))
•2. La détestation du mensonge. — Honte et malheur du mensonge. « Dans les saints Livres, le démon est appelé père du mensonge ; le diable « nest point demeuré dans la vérité ; il est menteur et le père du mensonge (3). » Celui qui ment contracte donc une triste ressemblance avec le prince des ténèbres ; il n'est pas ami de la lumière, il ne marche pas comme un fils de la lumière ; il déserte la cause de Dieu, qui est celle de la vérité et de la véracité, et s'expose ainsi à ne point faire partie du royaume de la vérité et de la lumière ; car le mensonge entraine à sa suite une quantité de maux sans nombre, dont le Catéchisme Romain rappelle les principaux.
Le mensonge est une source de désavantages et de calamités. 1° (( Pour établir combien l'homme faux et menteur offense Dieu gravement, et à quel degré il encourt la haine divine, il faut citer ce passage de Salomon :
a II y a six choses que hait Jéhovah,
Il y en a sept quil a en horreur :
Les yeux altiers, la langue menteuse,
Les mains qui font couler le sang innocent.
Le cœur qui médite des projets coupables.
Les pieds empressés à courir au mal,
Le faux témoin qui prof ère des mensonges,
Et celui qui sème la discorde entre frères (4). »
(( Qui pourra dès lors mettre k l'abri des derniers châtiments celui qui est dans un état particulier de haine envers Dieu ?
I. Maith.,\, 37, — 2. Cai. Rom», toc. cit., n. 28. — 3. Joan,, Yin, 44. — 4. Prov.y VI, 16-19.
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2° « Quoi de plus odieux et de plus infâme que de (( bénir par la langue le Seigneur et Père et de maudire par elle les hommes qui ont été faits à r image de Dieu, comme si de la même ouverture la source fait jaillir le doux et Vamer (i) ? » En effet, cette même langue qui, tout à l'heure, louait Dieu et le glorifiait, le deshonore ensuite et le couvre d'opprobre par le mensonge, autant qu'il est en elle. iVussi les menteurs sont-ils exclus de la béatitude céleste. Car, à cette question de David au Seigneur : « Jéhovah, qui habile dans la tente? » Dieu répond : « Celui qui marche dans Vinnocence, qui pratique la justice, et qui dit la vérité dans son cœur. Il ne calomnie point avec sa langue (2). »
3° « Le plus grand inconvénient du mensonge, c'est qu'il constitue une maladie spirituelle presque incurable. En effet, le péché commis par des assertions fausses contre le prochain, ou par un préjudice porté à son honneur et à sa réputation, n'est remis que si le détracteur répare le tort causé. Mais comme cette réparation coûte beaucoup à tous les hommes, retenus qu'ils sont parla honte et un faux point d'honneur, on ne peut s'empêcher de regarder comme presque voué aux peines éternelles de l'enfer celui qui est coupable de ce péché. Qu'on n'aille pas se figurer, en effet, qu'on peut obtenir le pardon de ses dénigrements et de ses difiamations, tant qu'on n'aura pas satisfait à celui dont on a blessé l'honneur et ruiné la réputation, soit publiquement et en justice, soit dans les conversations privées et familières (3). »
4° (( Ces inconvénients s' étendent plus loin encore et retombent sur le reste des hommes. Car la fausseté et le mensonge détruisent la bonne foi et la vérité, ces liens essentiels de la société humaine, sans lesquels la vie n'est que confusion et les hommes ne semblent guère différer des démons (4)- ^>
5° « Le curé prémunira aussi les fidèles contre la loquacité ou le bavardage. Les fuir, c'est éviter les autres pé-
I. Jac.y ni, 9 sq. — 2. Ps.y xiv, 1-3 ; Cat, Rom,» toc. cit*, n. 39. — 3. Ibid,, n. 3o. — 4. Ibid., n. 3i.
PAS d'excuses COiNTRE LE MENSONGE ÔBq
•chés et se préserver grandement contre le mensonge, qu'évitent difficilement les bavards (i). »
Pas d'excuses contre le mensonge. — i^ « Le curé détruira Terreur, de ceux qui s'excusent sur la légèreté des conversations, et qui soutiennent le mensonge comme les prudents, qui ont pour principe, disent-ils, de mentir à propos. 11 dira, chose très vraie, que « les affections de la ohair, c'est la mort (2). 0 II exhortera ses auditeurs à mettre leur confiance en Dieu, dans les difficultés et les angoisses, et à ne point recourir à l'artifice du mensonge. Car ceux qui usent de ce subterfuge, montrent assez qu'ils sappuient sur leur propre prudence plutôt qu'ils ne mettent leur espoir dans la providence divine.
2^ « A ceux qui excusent leur propre mensonge par le mensonge dautrui, il faut rappeler qu'il n'est pas permis à l'homme de se venger lui-même, qu'il ne faut pas rendre le mal pour le mal, mais au contraire vaincre le mal par le bien : que fut-on autorisé à user de représailles, il ne conviendrait pas de se venger à son propre détriment; et qu'en tout cas le tort qu'on se fait en mentant est très grave.
3° « A ceux qui allèguent V infirmité et la fragilité humaines, il faut rappeler l'obligation de recourir au secours de Dieu et de ne pas céder à la faiblesse de la nature.
4® « Si Von oppose Ihabilude, il faut représenter qu'à l'habitude de mentir on doit opposer l'habitude contraire de dire toujours la vérité d'autant plus que pécher par habitude c'est pécher plus gravement.
5<* « Si, ce qui n'est pas rare, on cherche à se justifier par V exemple des autres, (\m mentent et se parjurent à tout propos, il faut faire observer que, loin d'imiter les méchants, on doit les reprendre et les corriger, et que, si l'on ment soi-même, on aura bien moins d'autorité pour les corriger ou les reprendre.
6*^ c( Quant à ceux qui s'excusent en prétextant quil
leur a été souvent nuisible de dire la vérité, il faut leur
. montrer que c'est là plutôt une accusation qu'une excuse,