‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 293 sur 312 · LE JUGEMENT TEMERAIRE · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT TEMERAIRE

Défaut d autorité . « Il n'y a que Dieu qui, essentiellement et par lui-même, ait une légitime autorité pour juger les hommes, parce qu'il n'y a que Dieu qui soit le créateur, et par conséquent le souverain et le maître des hommes : vérité incontestable, et si universelle que Jésus-Christ même, en qualité d'homme, n'aurait pas le pouvoir de juger le monde, comme nous apprenons de l'Evangile qu'il doit le juger, si ce pouvoir ne lui avait été donné de son Père... Que faisons-nous quand nous, nous donnons la liberté déjuger le prochain? Nous attentons sur l'autorité de Dieu, nous entreprenons sur ses droits, nous nous donnons ou nous prétendons nous donner un pouvoir qu'il s'est réservé, et qui lui est propre ; ce que Jésus-Christ ne fera que comme délégué de son Père céleste, nous le faisons de notre chef ; ce que Dieu par privilège lui a accordé comme à son fils, nous l'usurpons impunément et sans titre. Et voilà, dans la doctrine de saint Paul, le premier principe sur quoi est fondée la témérité de la plupart des jugements des homjiies. Car qui êtes-vous, disait ce grand Apôtre, pour juger et pour condamner le serviteur d'autrui ? S'il tombe ou s'il demeure ferme, ce n'est point à vous d'en connaître, c'est à celui dont il dépend, et qui comme maître est son juge. C'est-à-dire, selon la paraphrase de saint Chrysostome, pourquoi jugez-vous de ce qui ne vous regarde pas, et pourquoi vos vues s'étendent-elles hors des limites où l'ordre de la Providence et votre condition vous renferment ? Cet homme, dont vous censurez la ( enduite, et dont vous condamnez peut-être, non seulement les actions, mais les intentions, est-il votre sujet ? Avez-vous dans le monde quelque supériorité sur lui ? Pvendrez-vous compte de sa vie? En devez-vous répondre à Dieu ? Si cela est, je consens que vous en jugiez ; et mon soin alors serait de vous apprendre la manière dont il faudrait procéder, l'esprit et la charité qu'il y faudrait apporter, les mesures de prudence qu'il y faudrait garder. Mais puisque vous reconnaissez vous-même qu'il n'est rien de tout cela et que la persoiine dont vous formez ce jugement désavantageux n'est point soumise

à votre direction, que vous n'en êtes point chargé, et que, ni devant Dieu, ni devant les hommes, vous n'en devez point être responsable, pourquoi de vousmême vous ingérer dans sa cause ? Abandonnez-le à son juge naturel, et respectez dans votre frère le droit qu'il a de n'être jugé que de Dieu, ou du moins de ceux que Dieu a commis pour veiller sur lui. S'il fait bien, vous pouvez par là participer à son mérite ; et s'il fait mal, le blâme n'en retombera pas sur vous. Mais si vous le condamnez, quoi qu'il fasse, vous vous rendez vous-même criminel; car s'il fait le mal même pour lequel vous le condamnez, vous commettez une autre injustice envers Dieu, parce que, en le condamnant et en le jugeant, vous vous attribuez le pouvoir de Dieu. » Bourdaloue, Sur le jugement téméraire, Sermon pour le vendredi de la F® semaine, Exorde et première partie.

2. La médisance. — « Il est beaucoup plus difficile de se taire que de parler. L'un procède d'une discrétion sage, d'une retenue modeste et humble, d'une cliarilé compatissante aux faiblesses d'autrui et d'un empire absolu sur soi-même ; au lieu que l'autre, en mille rencontres, n'est l'effet que d'une impétuosité naturelle, et souvent d'une passion maligne et d'une envie sécrète de censurer... On parle pour décrier le prochain et le couvrir de confusion ; on parle pour en railler, pour le condamner, pour relever ses défauts, pour noircir sa réputation, pour le perdre enfin dans l'estime publique... Mon étonnement est que cette passion (de la médisance) étant d'une part la plus lâche et la plus odieuse, et de l'autre ayant pour la conscience les plus étroits et les plus terribles engagements, ce soit toutefois celle que nous craignons le moins, et qui nous devient ainsi plus ordinaire. Car enfin, pour peu que nous soyons sensibles à l'honneur, sans grâce et même sans christianisme, nous fuyons naturellement ce qui porte avec soi un caractère de lâcheté, et qui peut nous attirer la haine des hommes ; et pour peu d'ailleurs que nous ayons de religion et que nous soyons touchés de zèle sur l'affaire du salut, nous devons conséquemment éviter ce qui nous le

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