‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 294 sur 312 · LA MEDISANCE ET LA CALOMNIE · texte numérisé non relu

LA MEDISANCE ET LA CALOMNIE

rend plus difficile et ce qui l'expose à un péril plus certain. Mais, par une conduite tout opposée, la médisance est de tous les péchés celui dont nous nous préservons avec moins de précaution, et voilà encore une fois ce qui me surprend...

(( Ce qui met le comble à la lâcheté de ce vice, c'est que, non content de vouloir plaire et de s'ériger en censeur agréable, il veut même passer pour honnête, pour charitable, pour bien intentionné ; car voilà un des abus les plus ordinaires... On a trouvé le moyen de consacrer la médisance, de la changer en vertu, et même dans une des plus saintes vertus, qui est le zèle de la gloire de Dieu; c'est-à-dire qu'on a trouvé le moyen de déchirer et de noircir le prochain, non plus par haine ni par emportement de colère, mais par maxime de piété et pour l'intérêt de Dieu. Il faut humilier ces gens-là, dit-on, et il est du bien de l'Eglise de flétrir leur réputation et de diminuer leur crédit. Car cela s'établit comme un principe ; là-dessus on se fait une conscience, et il n'y a rien que l'on ne se croie permis par un si beau motif. On invente, on exagère, on empoisonne les choses, on ne les rapporte qu'à demi, on fait valoir ses préjugés comme des vérités incontestables, on débite cent faussetés, on confond le général avec le particulier ; ce qu'un a mal dit, on le fait dire à tous ; et ce que plusieurs ont bien dit, on ne le fait dire à personne ; et tout cela, encore une fois, pour la gloire de Dieu. Car cette direction d'intention rectifie tout cela. Elle ne suffirait pas pour rectifier une équivoque, mais elle est plus que suffisante pour rectifier la calomnie quand on est persuadé qu'il y va du service de Dieu. )) Bourdaloue, Sur la médisance, Sermon pour le Xl^ dimanche après la Pentecôte. Exorde et première partie.

3. Réparation nécessaire du tort causé par la médisance et la calomnie. — « Toute injustice envers le prochain est d'une conséquence dangereuse pour le salut, mais, de toutes les espèces d'injustice, il n'y en a aucune dont l'engagement soit plus terrible devant Dieu que celui de la médisance (et de la calomnie). Premièrement, parce qu'il a pour terme la plus délicate et la plus

importante réparation, qui est celle de l'honneur (et de la réputation). Secondement, parce que c'est celui dont l'obligation souffre moins d'excuses, et est moins exposée aux vains prétextes de l'amour propre. Enfin, parce qu'il s'étend communément à des suites infinies, dont il n'y a point de conscience, quelque libertine qu'elle puisse être, qui ne doive trembler...

« Un honneur (ou une réputation) que la médisance (ou la calomnie) a flétri ne peut être lavé de cette tache qu'aux dépens d'un autre honneur (ou d'une antre réputation), comme un intérêt ne peut être compensé que par un autre intérêt. Vous avez blessé la réputation de cet homme, il est juste qu'il vous en coûte à proportion, de la vôtre, dans la satisfaction que vous lui ferez. Cette satisfaction vous humiliera ; mais en cela même consiste le paiement de la dette que vous avez contractée. Car payer en matière d'honneur (ou de réputation), c'est s'humilier ; et il est autant impossible de réparer la médisance (ou la calomnie) sans subir d'humiliation, que le larcin sans se dessaisir et se dépouiller de la possession. Vous essuieriez par là un peu de honte; combien vos discours libres et piquants ont-ils causé de confusion à la personne que vous avez décriée ! On rabattra de l'estime qu'on faisait de votre probité :. cette estime de probité ne vous est plus due, mais vous la devez à ceux que vous avez offensés ; et l'ordre de Dieu est que vous leur en fassiez comme un sacrifice, en vous exposant, s'il est nécessaire, au mépris des hommes. Vous avancez une calomnie : il faudra expressément vous rétracter. Vous excédez dans un récit : il faudra reconnaître sans équivoque que vous avez exagéré. Vous empoisonnez par un air malin ce qui ne vous plaît pas : il faudra là-dessus, et sur tout le reste, rendre justice et faire connaître la vérité. En mille conjonctures cela est affligeant, j'en conviens ; mais au moins, dit Guillaume de Paris, le pécheur y trouve- t-il un avantage plein de consolation pour lui, savoir, que ce qui lui paraît affligeant, s'il a le courage de s'y résoudre, est aussi la marque la plus évidente qu'il puisse avoir dans cette vie, et de l'efficace de sa contrition, et de la validité iQ ga pénitence, » Ibid,^ seconde partie.

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Leçon XVIir

Neuvième et dixième Commandements

I. Observations préliminaires. — II. Ce que Dieu défend. — III. Ce que Dieu prescrit

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